‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 524 sur 588 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

nonciation du jugement de Dieu sur l'Empire romain plein d'idolâtrie, en voici l'exécution, mais encore sous des idées générales de la moisson et de la vendange. « Jetez les faucilles, parce que la moisson est müre; descendez, parce que le pressoir est plein, » Joël, 1, 13, pour exprimer la vengeance de Dieu sur les ennemis de son peuple.

Et quelqu'un assis sur la nuée, semblable au Fils de l'homme. Le Fils de l'homme, c'est Jésus-Christ. Ceux qui veulent que ce soit ici un ange avec une figure humaine, seulement, ne songent pas que les anges qui paroissent dans tout ce Livre, ont pour la plupart la figure d'homme : mais pour montrer quelque chose d'extraordinaire, saint Jean ne dit pas, selon la coutume, que c’étoit un ange, mais il dit que c’étoit quelqu'un; ce qui joint avec le reste nous donne une idée plus haute.

Semblable au Fils de l'homme : c'est un caractère de Jésus-Christ dans cette prophétie, 1, 13. On sait aussi que Notre-Seigneur se donne trés-souvent ce nom dans son Evangile; ce qui a donné lieu à Daniel de parler de lui sous le méme titre : c'est à l'endroit oü il voit, comme saint Jean, « quelqu'un semblable au Fils de l'homme, qui paroit sur les nuées, et s'approche de l'Ancien des jours, qui lui donne l'empire souverain sur tous les peuples du monde, » Dan., vu, 13, 44. Saint Jean regarde manifestement à cette prophétie. Au reste, je ne veux point révoquer en doute que dans Daniel et dans saint Jean, si quelque chose leur apparoissoit au dehors, ce ne fussent en effet des anges; mais je veux dire seulement qu'ils portoient un caractère plus haut que celui du ministère angélique, et représentoient la personne de Jésus- Christ. e

Saint Jean lui donne en peu de mots et en deux ou trois grands traits, quelque chose de divin. Il est assis comme juge, Joël, cidevant cité : «Je serai assis pour juger,» ch. ur, 12, et Jésus- Christ se représente lui-même «assis sur le siége de sa majesté, » Matth., xxv, 31; c'est-à-dire sur une nuée, conformément à ce qu'il dit « qu'il viendra sur les nuées avec grande puissance et majesté,» Matth., xxiv, 30, comme aussi il vient de nous étre représenté par Daniel.

Sur la tête une couronne d'or : c'est la marque de son empire souverain. £n sa main une faulz tranchante : ce qui le fait voir prét à la vengeance. Il faut ici remarquer que c'est Jésus-Christ lui-méme qui va frapper : ce n'est point un ange comme ailleurs, c'est le Fils de l'homme; ce qui nous fait entendre le grand coup donné sur Rome avec toute la force d'une main divine.

45. Un autre ange :... Jetez votre faulz... le temps... est venu. Tout se fait en un temps certain et déterminé, et l'ange vient rendre compte au juge que tout est disposé.

46. Et la terre fut moissonnée. Rome, la reine des villes, est frappée : l'Empire romain est désolé par Alaric et les Goths.

17. Et un autre ange : un autre, par rapport à ceux dont il est parlé dans ce chapitre et dans toute cette prophétie. Ce n'est done pas ici le Fils de l'homme, c'est un ange qui doit frapper ; et ce coup ne doit pas étre si rude que le premier, encore qu'on y aille voir beaucoup de sang répandu.

48. Encore un autre qui avoit pouvoir sur le feu, qui allume les guerres et qui excite l'ardeur des combats. Il sort d'auprés de l'autel où étoient les charbons ardens, sup., vur, 5. £f vendangez les raisins... Ce pourroit être une autre peinture de la même

. action, comme ci-dessus, verset 14, dans Joël, si un autre exécuteur et un autre ordre que nous voyonsici paroitre, ne nous montroit aussi une autre action.

20. Et la cuve fut foulée hors de la ville. Tantót la ville se prend pour tout l'Empire romain, et tantôt pour Rome méme, sans y comprendre son empire, xvi, 9, 18. J'entends ici Attila, qui ravageant l'Italie et beaucoup d'autres provinces, épargna Rome par respect pour saint Léon.

Le sang... jusqu'aux brides des chevaux par l'espace de mille six cents stades , c'est environ soixante-sept lieues communes : exagération qui représente la grande quantité de sang répandu et l'étendue des pays ravagés ; ce qui convient parfaitement au temps d'Attila. Voilà donc ici deux grands fléaux dont Rome est frappée comme coup sur coup : le premier et le plus rude sur ellé-même et il fait tomber son empire sous Alaric en l'an 410; le sédditd, dans les provinces, où elle fut épargnée, mais tout le reste de

Page 1