‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 533 sur 588 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Maisilfaut toujours remarquer la coupe versée, c'est-à-dire la plaie commencée sous Valérien, qui est le temps dont saint Jean est occupé dans tout ce chapitre.

17. Le septième ange répandit sa coupe dans l'air, où il se fit une commotion universelle. Ce doit être la plus grande plaie, celle dont le bruit aussi bien que l'effet s'étend le plus loin. C'est del'air que partent les foudres; c'est là que se forment les tour- . billons et les tempétes : ici tout l'air est agité , et toute la terre est émue. C'est ce qui fut accompli, lorsqu'à la prise de Valérien toutes les nations barbares répandues dans l'Empire en ébranlèrent les fondemens, et portèrent le coup dont à la fin il fut renversé : c'est pourquoi

Une voix forte se fit entendre du temple, venant du trône, qui dit : C'en est fait : les Goths destinés de Dieu pour détruire l'Empire romain, y sont entrés à la téte de tous les barbares : c'est ce qui arriva sous Valérien, comme on a vu, Histoire abrégée, n. 9. Le Saint-Esprit qui voit les effets dans les causes et tout le progrès du mal dés son commencement, prononce : C'en est fait ; Rome est perdue.

48. Jl se fit des éclairs, des bruits et des tonnerres, et un grand tremblement de terre. Tout cela est l'effet d'une commotion universelle de l'air, e& marque aussi une grande et universelle commotion dans les esprits, et un grand changement dans l'univers.

19. La grande cité fut divisée en trois parties. Nous voilà par la suite des choses transportés du temps de Valérien à celui de la chute de Rome. C'est au pied de la lettre que l'empire d'Occident fut alors divisé en trois, Honorius à Ravenne, Attalus à Rome, Constantin dans les Gaules, Oros. , VIT, xr, xu; Zoz., V, VI. Quoiqu'il ne faille pas toujours s'attacher scrupuleusement aux nombres précis, il ne les faut pas refuser quand ils se présentent, et surtout quand ils font comme ici un caractere du temps.

Et les villes des nations tombérent. Les Goths prirent plusieurs places; les provinces de l'Empire furent en proie, les Gaules, les Espagnes, la Grande-Bretagne et les autres.

Dieu se ressouvint de la grande Babylone. En ce méme temps Rome fut prise par Alaric.

90: Toutes ‘les iles s’enfuirent , et les montagnes disparurent : tout le monde sembloit aller en ruine. C'est ainsi que les prophétes nous représentent la chute des grands empires , Ezech., xxv1, 15, 18: «Les îles seront ébranlées, on les verra s'émouvoir dans le milieu de la mer. » Ailleurs : «Les montagnes se sont ébranlées comme de la cire,» Psal. xcvt, 5. Nous avons vu un passage de saint Jérôme, où il dit « qu'avec Rome on crut voir périr tout l'univers, » Hieron., Progm in I lib. Comm. Ezech. Voyez Préf., n. 8.

91. Et une grande grêle, comme du poids d’un talent... C'est le poids terrible de la vengeance de Dieu et les coups de sa main toute-puissante. |

Et les hommes blasphémèrent. Les païens imputèrent encore ce dernier malheur aux chrétiens, et c'est ce qui donna lieu au livre de saint Augustin de la Cité de Dieu; Retract. de Civ., lib. I. C'est ce qui devoit commencer du temps de Valérien , et s'achever entièrement à la chute de Rome : mais cette chute devoit encore être précédée et accompaguée des événemens que le Saint-Esprit va découvrir au saint apótre dans le chapitre suivant.

On voit maintenant toute l'économie de celui-ci, et on peut entendre comment ces sept plaies sont appelées les plaies derniéres , xv, 1, par le rapport qu'elles ont avec la chute prochaine de Rome. Il faut toujours se souvenir que le premier coup qui en ébranla l'Empire, vint des Perses et du côté d'Orient, et que la plus grande plaie que Rome eüt recue de ce cóté-là lui arriva sous Valérien *, puisque ce fut proprement à cette occasion que l'Occident commenca à étre inondé par les barbares, et qu'il fallut en quelque sorte leur abandonner cette partie de l'Empire où Rome étoit,'en tournant vers l'Orient le fort des armes. Ce fut donc alors que fut frappé ce grand coup, dont le contre-coup porta si loin, et à la fin fit tomber Rome. C’est pourquoi nous avons vu que le Saint-Esprit, qui va toujours à la source, dès qu'il commence à parler des plaies arrivéesà l'Empire idolàtre, met en tête les armées immenses qui passent l'Euphrate, sup., 1x, 44, 45. Or, que ce füt la première plaie qui dût frapper directement l'Empire

! Voyez Hist. abr., n. 9. ,

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idolâtre, le Saint-Esprit a voulu le déclarer, en ce que c’est aussi la première fois où il est parlé d'idoles dans toute la prédiction de‘ saint Jean : « Et ils ne se repentirent pas, dit-il, d'avoir adoré les démons et les idoles d'or et d'argent, de pierre et de bois, qui ne peuvent ni voir ni entendre, » ibid., 90, 94. Nous avons encore observé ! que ceux dont les châtimens sont décrits dans les chapitres précédens étoient les Juifs, et qu'aussi il n'est point du tout parlé d'idoles, ni d’idolâtrie. Tout cela fait voir clairement que le dessein de saint Jean étoit de montrer la source des malheurs de l'Empire comme venue d'Orient ; et c’est pourquoi prêt à expliquer plus expressément la chute de Rome dans les chapitres xvir et xvur, il en revient encore là; il fait encore paroitre les rois d'Orient et l'Euphrate traversé, xvi, 12, et il donne tout un chapitre à faire voir les effets de ce funeste passage et tous les autres fléaux de Dieu qui l’accompagnèrent : où le lecteur doit prendre garde qu’à mesure qu’on avance dans ce chapitre, on trouve toujours l'Empire enfoncé dans de plus grands malheurs et la cause de ces malheurs mieux expliquée : c'est pourquoi apres avoir vu jusqu'au verset 10 et à la cinquième fiole, les trois fléaux ordinaires, la peste, la guerre et la famine, à la cinquième fiole on voit l'Empire attaqué dans sa tête, c'est-à-dire dans l'empereur méme, et de là un horrible obscurcissement de tout le corps, verset 10. Ensuite on en voit la cause dans les succès prodigieux des rois d'Orient et dans les batailles funestes à l'Empire qui devoit périr, versets 12, 13, 14, 45, 16. C'est ce que montre la sixième fiole; d’où suit enfin dans la septième cette commotion universelle del'air par où saint Jean finit son chapitre , et où il voit la ruine de Rome enveloppée, en sorte qu'il ne lui reste plus qu'à l'exprimer clairement, comme il fait dans les deux chapitres suivans. Pour mieux marquer la liaison de ce chapitre avec le 1x*, depuis le verset 10 et la sixième ,trompette, il a voulu que cette sixième trompette concourüt avec la sixième fiole : d'ou il ne faut point conclure que les fioles concourent toutes avec les trompettes, puisque, comme nous avons vu, les premieres trompettes regardent les Juifs, dont il n'est plus nulle mention dans

1 Voyez Explic.ides ch. vit, VIT.

toute la suite, et qu'il y a succession dans les trompettes, ce qui n’est point dans les fioles : de sorte que c'est assez d'avoir marqué le concours de la sixième trompette avec une des fioles pour le marquer avec toutes les autres; et c'est peut-être aussi pour cette raison que comme l'endurcissement et l'impénitence des idolâtres est marquée dans la sixième trompette, 1x, 20, 21, elle est aussi marquée dans tout ce chapitre, xvi, 9, 44, 21.

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