‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 538 sur 588 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

soldats, et ce fut à ce méme Dieu que Licinius rendit graces à Nicomédie de la victoire quil remporta sur Maximin, Lact., de Mort. persecut., xvii, xuvm. Licinius demeura en cet état tant que Maximin fut au monde; de sorte qu'il n'y a rien de plus précis que de dire, comme fait saint Jean, qu'alors les cinq premieres têtes, c'est-à-dire les cinq premiers empereurs sous qui la persécution s'étoit exercée, étant passés, et Licinius le septième n'étant pas encore venu, il n'y avoit que le sixième, c'est-à-dire Maximin, en état de persécuter l'Eglise.

Ce temps étoit précisément l'an 342 de Notre-Seigneur, où Maxence fut défait par Constantin et la croix érigée au milieu de Rome par ce prince victorieux. Dieu, qui introduit ses prophétes dans les temps futurs, les y place en tel endroit qu'il lui plait. Quand il est question de prédire la ruine de Babylone, les prophétes paroissent assister, tantót à la marche de Cyrus son vainqueur, tantót au siége, tantót au pillage. En un endroit de sa prophétie, Isaie voit marcher Sennachérib, et lui marque tous ses logemens ; en l'autre, il le voit défait dans la terre sainte, et la Judée délivrée de son joug ‘. Les prophètes voient Jésus-Christ tantót naissant, tantót dans sa passion et dans les souffrances, et tantôt aussi dans sa gloire ?. Le Saint-Esprit qui les pousse, les situe comme il veut, et il nous faut mettre avec eux dans cette méme situation pour les entendre. Mettre l'apótre saint Jean au temps que nous venons de marquer, c'étoit justement le mettre dans le plus beau temps de la victoire de Jésus-Christ : dans le temps oü Galére Maximien venoit de publier sa rétractation et son édit favorable aux chrétiens : dans le temps oü Constantin et Licinius s'étoient déclarés en leur faveur : c’est le temps que saint Jean avoit si bien vu et si clairement marqué dans les chapitres précédens, dans le chapitre xr, lorsque les témoins qu'on croyoit morts pour jamais, avoient entendu cette voix d'en haut, qui leur disoit : « Montez ici, » montez au comble de la gloire; dans le chapitre xir, lorsque Satan perdit la bataille contre les anges et que précipité du ciel en terre, une voix fut entendue, qui disoit :

1 [sa., X, 28; XIV, 25; XUI, XIV ; Ser, L, 51, etc. — ? Jsa., 1x, 6; LI; Ps, XXI, CIX, etc.

« C'est maintenant qu'est établi le règne de notre Dieu et la puissance de son Christ, » xit, 9, 40.

Il sera maintenant aisé d'entendre la partie du verset 8 de ce chapitre, que nous avons remis à expliquer jusqu'à ce que nous eussions vu celui-ci, c'est-à-dire le 40.

8. La bête que tu as vue, étoit et m'est plus : car saint Jean, qui avoit vu d'abord la bête entière avec ses sept têtes, les vit ensuite passer les unes aprés les autres, selon que les persécuteurs devoient paroitre plus tôt ou plus tard. Il en vint donc au point où il n'y avoit qu'une tête, cinq autres étant tombées et la septième ne paroissant pas encore. La bête alors lui dut paroitre comme n'étant plus; car à voir combien promptement étoient tombées les cinq autres têtes, il étoit aisé de juger que la sixième ne dureroit guère et que la bête tiroit à sa fin : c’est pourquoi aussi l'ange lui dit dans ce méme verset, selon une lecon du grec : Et elle va à sa perte; ce qui convient aussi parfaitement à la fin de ce verset, selon le grec : car, au lieu que la Vulgate porte simplement que la bête étoit et n’est plus, le grec ajoute : Quoiqu elle soit, ou, elle est pourtant, pour faire entendre à saint Jean que dans la langueur oü elle lui paroissoit, si elle étoit en quelque facon par un reste de vie, il la pouvoit regardér comme n'étant plus, puisque méme on lui déclaroit que la septième tête, c'est-à-dire le septième persécuteur qui devoit venir, dureroit peu, comme nous allons voir.

10. Et quand il sera venu, ce septième persécuteur, Licinius : ll faut qu'il demeure peu :il avoit été faitempereur enl'an CCCVII. Il avoit régné glorieusement dix ou douze ans. Quatre ou cinq ans après qu'il se fut élevé contre Constantin et contre l'Eglise, il fut battu et périt, et ce fut environ l'an CCCXXIII, Euseb., X, vri, Ix, de Vit. Const., xuix etseq.; II, 1 et seq.; Chron., an. 320, 324. Cette persécution dura seulement trois ou quatre ans, et on la peut compter pour courte à comparaison de la grande qui avoit duré dix ans. Au reste il ne sert de rien de demander si Licinius avoit persécuté auparavant, car déjà on n'en voit rien : tout ce qui paroit de lui avant le temps dont nous parlons est favorable aux chrétiens; etle Saint-Esprit, pour ainsi parler, s'attache à

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