‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 537 sur 588 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

trait de l'amour impur qu'elle vouloit inspirer. Les anges et les saints sont habillés avec dignité, mais plus simplement. L'Eglise est représentée par une femme revétue du soleil , environnée de lumière et de gloire : elle a des ailes quand elle veut fuir; tout y est céleste : ici on voit proprement la parure d'une prostituée : En sa main un vase d'or, selon ce qui est écrit : «Babylone est une coupe d'or qui enivre toute la terre ; toutes les nations ont bu de son vin, c'est pourquoi elles sont enivrées, » Jerem., 11, 7. Par ce vin de Babylone, il faut entendre les erreurs et les vices dont elle empoisonnoit toute la terre.

5. Sur son front : Mystère : comme s'il disoit : C'est ici un personnage mystique : sous le nom de la prostituée, c'est Babylone; et sous le nom de Babylone, c'est Rome. C'est le sens le plus naturel : mais on peut encore entendre, si l’on veut, que Rome avoit ses mystères dans sa religion, sur lesquels sa domination étoit fondée. Elle étoit consacrée à Mars par sa naissance, ce qui la rendoit, disoit-on, victorieuse : dédiée par des auspices favorables, ce que les anciens appeloient Urbem auspicató conditam. Elle avoit ses divinations, et surtout elle avoit les livres sibyllins, livres secrets et mystérieux oü elle croyoit trouver les destinées de son empire. La grande Babylone : Babylone dans l'Ecriture, c'est «la terre des idoles; c’est la montagne empestée qui corrompt la terre,» Jerem., 1x, 25, 47, 52. Ses idoles, ses enchantemens, 'ses maléfices, ses divinations sont marqués dans tous les prophétes, et en particulier /sa., xLvir, 9, 42. On voit donc bien pourquoi saint Jean représente Rome sous le nom de Babylone, dont elle avoit tous les caracteres ; dominante comme elle, comme elle pleine d'idoles et de divinations, et persécutrice des Saints qu'elle tenoit captifs.

6. Je fus surpris d'un grand étonnement. ll ne savoit ce que vouloit dire un si nouveau et si étrange spectacle. Peut-être aussi fut-il étonné de voir que celle qu'on lui montroit si riche et si dominante, alloit étre en un moment précipitée.

8. La bête que tu as vue étoit et n’est plus. Ce n'est pas du temps de saint Jean que cela s'entend : on ne pouvoit pas dire alors que la béte n'étoit plus, puisqu'on dit au contraire «qu'elle devoit

s'élever de l'abime, et ensuite aller à sa perte. » On voit donc bien que l'ange parloit à saint Jean, non par rapport au temps où il vivoit, mais par rapport à un certain temps oü il le situe et auquel convient ce qu'il lui dit. Or le temps qui convient le mieux à toute l'analogie de la prophétie de cet apótre, est celui que nous verrons verset 10, où le règne de l'idolàtrie commence à cesser. La bête qui étoit et qui m'est plus : cette bête, c'est, comme on a dit souvent et comme on va voir encore, home paienne avec son idolâtrie. Le grec ajoute : Et toutefois elle est, ou quoiqu'elle soit : ce qui sera examiné ci-dessous aprés le verset 10, lorsqu'on reprendra le verset 8.

9. Les sept tétes sont sept montagnes... 40. Et sept rois. Il faut voir sur tout ceci ce qui est dit chapitre xir, 1.

10. Cinq sont tombés. Ainsi le nombre de sept est dans les sept tétes un nombre précis, puisque saint Jean les compte et les voit passer les unes aprés les autres.

Cinq sont tombés : l'un est encore et l'autre n’est pas encore venu. Voici un dénouement manifeste de la prophétie. Le Saint- Esprit situe saint Jean à l'endroit de la persécution oü de sept empereurs idolâtres sous lesquels elle avoit été exercée, et que nous avons vus, xii, 4, cinq étoient passés ou tombés, comme on voudra le traduire, c'est à savoir, Dioclétien, Maximien, Constantius Chlorus, Galére Maximien et Maxence. Un étoit encore, c'étoit Maximin. Le septième w'étoit pas encore venu; c'étoit Licinius, qui étoit bien déjà empereur, mais qui n'avoit pas pris encore ce caractère qui lui est propre, d'avoir exercé en particulier, aprés tous les autres, une persécution dont il fut le seul auteur. Alors donc, et dans le temps où saint Jean s'arréte ici, c'est-à-dire au temps de Constantin, de Licinius et de Maximin, Licinius étoit si éloigné de ce caractère particulier de persécuteur, qu'au contraire il étoit d'aecord avec Constantin; et les édits qu'on publioit en faveur des chrétiens, se faisoient en commun par ces deux princes, Lact., de Mort. persecut., xvni; Euseb., X, v, etc. Loin d'être persécuteur, Licinius fut honoré durant ce temps de la vision d'un ange. La prière que lui dicta ce bienheureux esprit pour invoquer le vrai Dieu, fut mise entre les mains de tous les

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