CHAPITRE XVII
réduire précisément au nombre de dix, encore qu'on les y püt à peu prés réduire par rapport aux royaumes fixes qu'ils ont. établis. Mais un des secrets de l'interprétation des prophétes, est de ne pas chercher de finesse oü il n'y en a point, et de ne se pas perdre dansles minuties, quand on trouve de grands caracteres qui frappent la vue d'abord. Nous avons déjà vu souvent que rien n'oblige aux nombres précis, que lorsqu'ils sont marqués dans la prophétie comme un caractère particulier ou dela chose ou du temps. Ici sans qu'il soit besoin d'un plus grand détail, c’est un caractère assez remarquable que d'un seul empire il se forme tant de grands royaumes en diverses provinces d'Espagne, en Afrique, dans la Gaule Celtique, dans l'Aquitanique, dans la Séquanoise, dans la Grande-Bretagne, dans la Pannonie, dans l'Italie et ailleurs; et que l'Empire romain soit abattu dans sa source, c'est-àdire en Occident où il est né, non point par un seul prince qui commande en chef, comme il arrive ordinairement, mais par l'inondation de tant d'ennemis qui agissent tous indépendamment les uns des autres.
Ces rois qui démembrent l'Empire romain, ont quatre caractères marqués dans toutes les histoires; et si nous les entendons, il n'y aura plus de difficulté dans la prophétie de saint Jean.
Dix rois qui mont pas encore recu leur royaume : soit qu'on entende cet encore du temps oü saint Jean écrivoit, ou de celui dans lequel nous l'avons vu situé, c'est-à-dire en l'an 312, et du temps que Constantin donna la paix, ces rois destrueteurs n'avoient encore rien dans l'Empire : ainsi le royaume qu'ils y devoient avoir ne leur étoit pas encore donné; méme à vrai dire ils n'avoient aucun royaume fixe, mais ils sortoient tous de leur pays, ou en tout cas des lieux oü ils étoient, pour chercher avec tout leur peuple à s'établir ailleurs et dans un empire étranger. C'est le premier caractère de ces rois : et il va être expliqué encore plus clairement. a
Mais ils recevront comme vois la puissance à la méme heure aprés la bête, comme s'il y avoit erä s 65v» ; mais le grec porte : vera cei (mg, Cum bestiä, « avec la bête. » Saint Irénée, André de
Césarée avec Aréthas et Primase lisent comme le grec !, et c'est une grande autorité pour l'antiquité de cette lecon. J'en trouve une autre dans saint Hippolyte ? : car en lisant comme le grec, usc 26) dpi, « avec la bête, «il le détache du verset 12, pour le mettre à la téte du verset 13; en sorte que les rois ne recoivent pas la puissance avec la béte, mais ils ont avec elle un méme dessein.
Outre cette diversité du texte, il y en a encore pour la version de ces paroles du grec : uiay 6x; la Vulgate traduit unà horá , «à la même heure; en méme temps; » d'autres traduisent : « Pour une heure, pour un peu de temps, » comme s'il y avoit zo; uiav po». Chacune de ces versions a ses défenseurs, et parmi les catholiques et parmi les protestans. Toutes deux sont rapportées comme indifférentes dans la Bible des Elzevirs. Mais l'ancien traducteur de saint Irénée, qui est peut-étre lui-méme et qui en tout cas est devenu original, tourne und. horá , V, xxvi : et l'autorité d'un si grave et si ancien auteur confirme beaucoup la Vulgate. Primase tourne aussi de méme, lib. in Apocal. .
Je m'en tiendrois volontiers à la lecon, aussi bien qu'à la version de saint Irénée et de Primase, à cause de l'antiquité et de l'autorité de ces deux auteurs, et particulièrement du traducteur de saint [rénée.
Pour le sens, il importe peu de quelle manière on lise et on traduise. Ces dix rois viendront comme en mme temps dans l'empire de l'Occident, pour y régner avec la bête, c'est-à-dire avec Rome, qui ne perdra pas tout à coup toute sa puissance; et ce sens, qui est le plus autorisé, est en méme temps le plus naturel : mais si l'on veut suivre la lecon : Aprés la bête, on dira qu'aprés que la béte, c'est-à-dire Rome, aura recu le grand coup dans sa prise par Alaric, les rois se jetteront sur elle comme en méme temps et par un commun effort, pour envahir ses provinces ; ce qui est très-véritable.
Il est vrai aussi que ces rois s'entendront avec Rome, comme la suite le fera paroitre, et régneront avec elle; mais ce sera pour
! ]ren., V, Xxv1; Prim., X in Apoc.; hic And, Cæs., et Areth., Atc. — ? Hipp. Gud., cap. XXXVIII, p. 54.