‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 543 sur 588 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

un peu de temps, parce qu'ils se tourneront bientôt contre elle. Tout cela va être éclairci.

Enfin si nous lisons avec saint Hippolyte : Avec la béfe, à la téte du verset suivant, en sorte que les dix rois aient un méme dessein, non-seulement entre eux, mais encore avec la béte et avec l'Empire romain, il faudra rapporter cela au temps où ils étoient unis, comme on va voir.

13. Ceux-ci ont un même dessein. C'est le dessein de s'établir dans les terres de l'Empire romain, et c'est une suite du caractère que nous venons de remarquer. Les rois dont il s'agit ne sont pas des rois comme les autres, qui cherchent à faire des conquétes sur l'Empire pour en agrandir leur royaume; ce sont tous rois sans royaume, du moins sans aucun siége déterminé de leur domination, qui cherchent à s'établir et à se faire un royaume dans un pays plus commode que celui qu'ils ont quitté. On ne vit jamais à la fois tant de rois de ce caractère qu'il en parut dans le temps de la décadence de l'Empire romain, et voilà déjà un caractère bien particulier de ce temps-là : mais les autres sont beaucoup plus surprenans.

Et ils donneront leur force et leur puissance à la bête : leurs armées seront à la solde de Rome et dans l'alliance de ses empereurs. C’est le second caractère de ces rois destructeurs de Rome, et la marque de la décadence prochaine de cette ville autrefois si triomphante , de se trouver enfin réduite à un tel point de foiblesse, qu'elle ne puisse plus composer d'armées que de ces troupes de barbares, ni soutenir son empire qu'en ménageant ceux qui le venoient envahir.

Ce temps de foiblesse est très-bien marqué dans ces paroles de Procope : « Alors la majesté des princes romains étoit si affoiblie, qu'apres avoir beaucoup souffert des barbares, elle ne trouvoit point de meilleur moyen de couvrir sa honte qu'en se faisant des alliés de ses ennemis et en leur abandonnant jusqu'à l'Italie, sous le titre spécieux de confédération et d'alliance. Procop., de Bell. Goth., lib. I, init. Le méme auteur a remarqué qu'il y avoit déjà longtemps qu'on étoit tombé dans cette foiblesse, « puisque dès le temps du roi des Goths Alaric, on avoitreçu dans l'alliance les

Syriens, les Alains et les Goths; ce qui fit, dit-il, qu'on eut beaucoup à souffrir d'Alaric, » ibid. En effet on fit avec lui divers traités, tous malheureux, pour l'empécher de prendre Rome, 02. X. AL. On l'entretenoit encore d'espérances , pendant que la puissance romaine tomboit en morceaux. Saint Jéróme nous représentant les ennemis innombrables qui la déchiroient un peu avant la prise de Rome , n'osoit nommer les Goths, que l'on comptoit encore parmi les amis, Z'pist. 1x ad Ageruch. Honorius avoit consenti qu'ils se missent en possession de la Gaule et de l'Espagne ; et enfin faute d'avoir tenu ce traité, Rome périt, Jorn., de Reb. Goth.

Il étoit bien visible que par ces honteux, mais nécessaires ménagemens, Rome ne se sauvoit pas; elle ne faisoit qu'un peu différer sa perte, et mettoit cependant ses ennemis dans son sein. Valens ressentit le mauvais effet d'un si foible et si dangereux conseil. Les Goths qu'il avoit reçus dans une province romaine, le firent périr; cependant il est certain qu'on les y avoit mis pour le garder; et c'est pourquoi saint Ambroise écrivoit à l'empereur Gratien : « Comment a-t-on pu croire que l'Empire romain püt être en sûreté sous une telle garde ? » Ambr., de Fid. ad Grat., lib. II, sub fin. Outre les Alains et les Goths, on trouve encore dans Procope, parmi les alliés des Romains, « les Hérules et les Lombards, » tbid., IE, IIT, c'est-à-dire les maîtres futurs de Rome et del'talie. Sous Théodose le Grand et sous ses enfans, nous voyons les Francs , nos ancétres, tenir un rang considérable dans l'armée romaine sous la conduite d'Arbogaste, leur chef, qui pouvoit tout dans l'Empire, Zoz., IV, etc. Les Alains et les Huns servoient contre Radagaise dans l'armée d'Honorius, sous la conduite de Stilicon, id., lib. V; Oros., VIT, c. xxxix. Uldis, roi des Huns, est allié des Romains, Sozom. VIII, 5. (a) Les mêmes agirent encore contre Alaric, Zoz., VI. Les Vandales furent recus par Constantin dans la Pannonie et y demeurèrent très-obéissans aux empereurs, Jorn., de Reb. Goth. Les Francs, les Bourguignons , les Saxons,

(a) La phrase qu'on vient de lire ne se trouve pas dans l'édition princeps ; mais elle a été consignée, comme devant y être insérée , à la fin des Avertisse-

mens aux protestans , dans la revue que Bossuet fit alors de plusieurs de ses : ouvrages.

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