CHAPITRE XVII
aprés ces amans impurs et d'en oser demander la jouissance à ses princes; que de s'y abandonner à la dérobée, autant qu'elle pouvoit, et de persévérer dans ce dessein criminel jusque dans le temps de sa prise, comme on a vu.
Ils hairont la prostituée : ils la hairont d’abord, puisqu'ils viendront pour la piller et pour ravager son empire. Ils auront toujours cette haine dans leur cœur, puisqu'ils ne perdront jamais le dessein de profiter de ses pertes : néanmoins ils la soutiendront quelque temps pour les raisons qu'on a vues ; mais à la fin « ils la réduiront dans la dernière désolation, » lorsque Rome fut saccagée et tout l'Empire mis en proie. Is dévoreront ses chairs, ses trésors et ses provinces. Ef ils la feront brüler dans le feu : c'est le quatrième caractère de ces rois, d'avoir enfin mis sous le joug la ville la plus triomphante qui-fut jamais, et d'en avoir désolé l'empire qui n'avoit jamais vu son pareil depuis l'origine du monde. Au reste on n'a pas besoin d'attendre Totila pour trouver l'embrasement de Rome, comme font quelques interprétes , Grot., hic, etc. Sans descendre plus bas qu’Alaric, il avoit menacé Rome du feu, Zoz., V. A la fin il tint parole. Saint Augustin, aussi bien qu'Orose, tous deux auteurs du temps, nous marquent trop clairement l'embrasement parmi les maux que souffrit Rome, pour nous en laisser aucun doute. S. Aug., serm. de Excid. Urb.;vn; Oros., VII. C'est aussi ce qui fait dire à saint Jéróme : « La plus illustre des villes et la capitale de l'Empire romain a été consumée par un seul embrasement : ces Eglises , autrefois si saintes, sont tombées en cendres, » Epist. xu ad Gaudent. ll dit ailleurs que « les plus illustres de la noblesse de Rome virent alors leurs maisons pillées et brülées; que du milieu de la mer, sainte Probe, qui s'enfuyoit , contemploit sa patrie fumante, et que ses citoyens en virent les cendres, » De Virgin., ad Demetr. Notre auteur du septième siècle en expliquant ce verset , remarque « que ces rois hairent Rome, parce qu'ils prirent les armes pour renverser son empire, qu’ils en pillèrent les trésors, et qu’ils en brülèrent les villes. » Socrate écrit aussi qu'Alaric ayant pris Rome, les barbares brûlèrent une grande partie des admirables ouvrages de cette ville, en partagèrent les
richesses et firent mourir un grand nombre de sénateurs par divers genres de supplice. Ce qui sert à expliquer tout ce verset 16 (a).
A7. Car Dieu leur a mis dans le cœur. Voici le grand mot: c'est que Dieu gouverne les cœurs des) hommes, en sorte qu'ils n'avaneent qu'autant qu'il lui plait. C'est lui qui retenoit les Goths durant tout le temps qu'il vouloit laisser aux Romains pour faire pénitence; et quand ce temps fut écoulé, il lâcha la bride aux vainqueurs et marqua son doigt tout-puissant à la manière que nous avons vue. Hist. abrég., n. 44.
48. Et la, femme que tu as vue... Encore que l'ange ait fait voir assez clairement qu'il parloit de Rome , versets 9, 15, néanmoins aprés avoir montré clairement le supplice de cette ville superbe , il s'explique encore à la fin en paroles claires : « La femme, dit-il, est la grande ville qui régne sur les rois de la terre, » qui étoit du temps de saint Jean le caractère le plus manifeste et le plus certain de Rome.
La destinée en est done marquée très-distinctement dans ce chapitre. On voit la cause de sa chute dans la persécution dont on nous marque les circonstances les plus particulières dans la première partie du chapitre. Voilà le crime pour lequel elle est condamnée au dernier supplice; et on voit les moyens prochains de l'exécution dans les rois dont les caractères sont si bien marqués : rois qui viennent envahir l'Empire; rois qui le soutiennent, lorsque Dieu ne veut pas encore qu'il tombe; rois qui le font périr sans ressource, lorsque l'heure de Dieu est venue; rois premièrement ennemis de Jésus-Christ, et enfin ses disciples. Qu'on dise maintenant qu'il n'y a.point de Providence ni de pro phétie.
Pour moi, en lisant celle de saint Jean, j'y vois le caractère de toutes les autres prédictions prophétiques; je m'y sens conduire insensiblement du plus obscur au plus clair; des idées les plus générales et les plus confuses aux plus nettes et aux plus distinctes. C'est ainsi qu'on trouve les vérités découvertes peu à peu,
(a) Le passage, depuis Socrate écrit aussi qu'Alaric , jusqu'à la fin de l'alinéa, a été ajouté par l'auteur à l'édition princeps, comme on l'a dit p. 930.