‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 544 sur 588 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

les Goths sont dans l'armée d'Aétius , général romain, au rang des troupes auxiliaires contre Attila, ?d., ibid. Et pour nous attacher aux Goths, à qui appartient principalement ou la gloire ou le déshonneur d'avoir vaincu Rome et désolé son Empire, on les voit dans les armées de Constantin, de Julien l'Apostat, de Théodose le Grand, de son fils. Arcadius, Jorn., de Reb. Goth. ; Oros., VIL xxxv ; Zoz., IT; Procop., de Bell. Vand., lib. I, init. Onles voit dans celles d'Honorius, dont ils détruisirent l'empire; et il n'y a rien de plus exprés que ce que dit Paul Orose, que Rome fut prise par « Alarie, qui étoit l'un de ses comtes, » c’est-à-dire l'un des principaux officiers de son Empire, Paul. Oros., IT, m. Ce méme Alaric, le vainqueur de Rome, qui commanda sous Honorius, dont il abattit l'empire, avoit déjà commandé sous Théodose dans la guerre contre Eugène. Ayant méme été honoré en cette occasion des dignités romaines, Soz., VIII, xxv, il fut créé capitaine et général par Honorius, ozo-«y, Sozom. IX, rv. Ce qui montre que les armées de ce roi goth , aussi bien que celles des autres, étoient devenues romaines. (a) Synèse, dans son discours à Arcade, lui représente les inconvéniens d'avoir tant de barbares à la solde des Romains. Il étoit donc très-véritable que Rome, dans un certain temps marqué de Dieu, devoit étre soutenue par ceux qui la devoient détruire à la fin, comme il sera dit versets 16, 17.

Prédire cet état de Rome de si loin, comme fait saint Jean, c'étoit après avoir vu les premières causes de sa chute dans la prise de Valérien, en pénétrer tous les progrés et voir enfin la disposition la plus prochaine de sa perte.

44. Ceux-ci combattront contre l'Agneau; mais l'Agneau les vaincra. L'auteur du septième siècle, dont nous avons déjà parlé, dit sur ce verset : «Ils ont combattu contre l'Agneau, parce qu'ils ont fait mourir le peuple de Dieu : mais l'Agneau les vaincra, parce que ces peuples se sont soumis pour la plupart au joug de Jésus-Christ. » Voici un troisième caractère de ces rois : d'abord

(a) Le passage commençant par ces mots : Ayant méme été honoré, et finissant par ceux-ci : Efoient devenues romaines, à été ajouté à l'édition princeps, comme on l'a dit à la page précédente. - i :

ils seront tous idolàtres, et à la fin ils deviendront chrétiens; et les Goths, qu'il faut principalement regarder pour les raisons qu'on a vues, n'avoient pas seulement été idolâtres, mais encore de cruels persécuteurs : témoin cet Athanarie, roi des Goths, paien, sous qui un nombre infini de chrétiens recut la couronne du martyre, comme le rapporte saint Augustin, de Civit. Dei, XVIII, zur, Paul Orose, VII, xxxur.

Les voilà donc qui combattent l'Agneau. Apprenons des mémes auteurs comme l'Agneau les a vaincus : c'est, dit Orose , «qu’en s'établissant dans l'Empire, ils ont appris le christianisme dans son sein, et qu'on a vu les églises de Jésus-Christ remplies de Huns, de Suèves, de Vandales, de Bourguignons et de tant de sortes de peuples , à la confusion de ceux des Romains qui demeuroient obstinés dans leur erreur au milieu des chrétiens, » Oros., ibid. , 1x1. Saint Augustin dit souvent la méme chose.

Il est vrai qu'une partie de ces barbares furent ariens : mais il y eut parmi eux une infinité de catholiques. Les Bourguignons l'étoient d'abord, quoiqu'aprés ils se soient pervertis. Pour les Francois, on sait combien véritable a été leur conversion. Celle des Saxons n'a pas été moins sincére en Angleterre. Tous les Goths se convertirent à la fin *; et avant méme qu'ils fussent catholiques, c'étoit déjà un commencement de la victoire de l'Agneau, de les avoir mis au nombre des chrétiens.

16. Les dix cornes... haïront la prostituée : c'est Rome, dit notre auteur du septième siècle , « qui étoit encore la prostituée dans les réprouvés qu'elle contenoit en son sein. » Ajoutons à cette raison qu'elle étoit encore la prostituée aprés méme que Constantin y eut érigé l'étendard de la croix, puisqu'on y voyoit encore les idoles de tous cótés. Ce fut une des raisons de bátir Constantinople , parce qu'aprés avoir détesté les idoles, Constanlin voulut avoir une ville où il n’y en eût plus, Oros., VII, xxvii ; Zoz., lib. II. C'étoit mériter plus que jamais le nom de prostituée, que d'aimer toujours ses idoles, malgré l'exemple et les défenses de ses empereurs; que de s'y livrer de nouveau à la première occasion, comme il arriva sous Julien; que de soupirer toujours

1 Paul. Oros., VII, xiv; ibid., Xxxi1; Soz., VII, xxx.

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