‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 550 sur 588 · EXPLICATION DU CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU CHAPITRE XVIII

Chute et désolation de Rome sous Alaric.

4. Je vis un ange... ayant une grande puissance; et la terre fut éclairée. C'est celui qui va annoncer le grand ouvrage de la vengeance prochaine, qui éclatera comme le soleil par toute la terre.

9. Elle est tombée la grande Babylone; tiré d'Isaie, xxr, 9, et de Jérémie, LL, 8.

Elle est devenue la demeure des démons. Dans le style de l'Eeriture, les lieux désolés sont représentés comme abandonnés, nonseulement aux oiseaux de mauvais augure, mais encore aux

(a) Grec : La fumée. À

spectres et aux démons, Jerem., Li, 37; /[sa., xur, 21,22; xxxiv, 14; qui sont facons de parler tirées du langage populaire.

On dira que Rome ne fut pas si entierement désolée par TAF, qu'on ne la voie réparée bientôt après : mais Babylone elle- -même, qui est choisie par le Saint-Esprit pour nous représenter la chute de Rome, aussi bien que son impiété et son orgueil, n’a pas été détruite d’une autre sorte. Après sa prise et son pillage sous Cyrus, on la voit encore subsister jusqu'au temps d'Alexandre avec quelque sorte de gloire, mais qui n’étoit pas comparable avec celle qu'elle avoit eue auparavant. Ce qui fait que les prophètes la regardent comme détruite, c'est à cause qu'elle fut en effet saccagée, et qu'il n'y eut jamais aucune ressource à la perte qu'elle fit de son empire. Rome a été poussée bien plus loin, puisqu'en perdant son empire, elle est devenue le jouet des nations qu'elle avoit vaincues, le rebut de ses propres princes et la proie du premier venu, comme on a vu, Hist. abr., 44, 16.

Il est bon aussi de se souvenir combien grand fut le désastre de Rome ravagée par Alaric. Outre tout ce qu'on a rapporté de saint Augustin, de Paul Orose et de saint Jéróme, ce dernier nous la représente « comme devenue le sépulcre de ses enfans; comme réduite par la famine à des alimens abominables, et ravagée par la faim avant que de l'étre par l'épée; de sorte qu'il ne lui restoit qu'un petit nombre de ses citoyens, et que les plus riches, réduits à la mendicité, ne trouvèrent de soulagement que bien loin de leur patrie dans la charité de leurs frères. » Epist. xvi, ad Princip.; Proœm. Comm. in Ezech., lib. III, vu, ete. Voyez Préf., n. 10, et sur le chap. xvu, 16.

3. Toutes les nations ont bu du vin de la colére de sa prostitution. Hébraisme : c'est-à-dire, du vin de sa prostitution digne d'un châtiment rigoureux.

Ont bu du vin : ci-dessus, xvir, 2. Le vice et l'erreur enivrent comme un vin fumeux qui fait perdre la raison.

Les marchands de la terre se sont enrichis de l'excès de son luxe. Ce n'est pas seulement l’idolâtrie de Rome que Dieu punit, .€'est son luxe et son orgueil.

4. Sortez de Babylone, mon peuple. Ainsi dans Jérémie : « Fuyez

Page 1