CHAPITRE XVIII
du milieu de Babylone, et que chacun sauve son âme ,» Jerem.; LI, 6. Tout cela ne signifie autre chose, sinon qu'il falloit sortir de Rome, ainsi qu'autrefois de Babylone, comme d'une ville pleine d'impiété et qui enfin alloit périr. De peur que vous m'ayez part à ses péchés; c'est-à-dire à la peine de ses péchés ou, si l'on veut, à sa corruption, à son luxe, à ses idolâtries, où elle tàchoit d'attirer tous ses habitans, comme on a vu, Hist. abr., n. 43, 14.
Et que vous ne soyez enveloppés dans ses plaies. Yl falloit que les anciens Juifs sortissent de Babylone pour n'étre pas enveloppés dans son supplice. Saint Jean applique à Rome cette parole , comme les autres qui ont été dites pour Dabylone.
Dieu en fit sortir son peuple en plusieurs manières. Premièrement, en retirant de cette vie ceux à qui il vouloit épargner la douleur de voir périr une telle ville. Ainsi saint Jéróme a dit du pape saint Anastase, que « Rome ne le put posséder longtemps, et que Dieu l'avoit enlevé du monde, de peur que la capitale de l'univers ne füt abattue sous un si grand évéque, »Hier., Epist. xvi.
Secondement, dans les approches de la prise de Rome, une secrète providence en éloigna plusieurs gens de bien, et entre autres le pape Innocent, « qu'elle fit sortir comme autrefois le juste Lot de Sodome, de peur qu'il ne vit la ruine d'un peuple livré au péché, » Aug., de Excid. Urb., vu; Oros., VIT, xxxix. Nous avons vu aussi sainte Mélanie avec plusieurs grands de Rome, en sortir dans le méme temps par une espèce de pressentiment de la ruine de cette grande ville, Hist. Lausiac., c. 148; Préface, n. 8. Longtemps auparavant, Dieu avoit mis dans le cœur à sainte Paule et à beaucoup d'illustres Romains, de se retirer à Bethléem avec leur famille. Hieron., Epist. vii. Et en général nous apprenons de Paul Orose qu'un grand nombre de chrétiens se retirèrent de Rome, suivant ce précepte de l'Evangile : « Quand ils vous poursuivront dans une ville, fuyez en une autre : ce que ceux qui ne croyoient pas à l'Evangile ne firent point, et se trouvèrent accablés, » Paul. Oros., VII, xui, xux.
Troisièmement dans le sac de la ville, Dieu prépara un asile hors de Rome, dans l'église de Saint Pierre, à tous ceux qui s'y réfugièrent, car Alaric l'avoit ainsi ordonné; et encore que les
paiens aient profité de cette ordonnance, on ne doute point qu'elle ne fût faite principalement pour les chrétiens. Aug., de Civit., lib. I, 1v; Oros., VII, xxx. L'Egypte, l'Afrique, tout l'Orient et principalement la Palestine, tout l'univers enfin fut rempli de chrétiens sortis de Rome, qui trouvèrent un refuge assuré dans la charité de leurs frères, comme le raconte saint Jérôme, Epist. xit, ad. Gaud ; Procem. in Ezech., lib. IL, vir.
Quatriémement pour ce qui est des élus de Dieu qui moururent dans cette guerre, ce fut ceux-là, dit saint Augustin, qui sortirent le plus glorieusement et le plus sûrement de Babylone, puisqu'ils furent éternellement délivrés du règne de l'iniquité, et furent mis en un lieu où ils n'eurent plus à craindre aucun ennemi, ni parmi les démons, ni parmi les hommes. Aug., de Urb. excid., v1.
5. Ses péchés sont montés jusqu'au ciel. Le grec: L'ont suivie jusqu'au ciel. Is l'ont poursuivie jusqu'au jugement de Dieu, comme nous lisons de Babylone : « Son jugement est monté aux cieux, » Jerem. , 1x, 9.
6. Rendez-lui comme elle vous a rendu. Claudius II tailla en pièces trois cent vingt mille Goths, et coula à fond deux mille de leurs vaisseaux. Toutes les provinces furent remplies d'esclaves de cette nation, Trebell. Pol. in Claud.; et du temps méme de la prise de Rome, aprés la défaite de Radagaise, le nombre des esclaves goths fut infini : « On les vendoit comme des bétes, et on en avoit, dit Orose, des troupeaux entiers pour un écu , » Oros., VII, xxxvi. Ainsi c'est avec raison qu'on dit aux Goths : Faites à Rome comme elle vous a fait, outre qu'il les faut ici regarder comme les vengeurs de l’injure commune de toutes les nations.
7. Elle dit en son cœur : Je suis reine... C'est ce qu'Isaie faisoit dire à Babylone: « Je dominerai éternellement : il n'y a que moi sur la terre, et je ne saurai jamais ce que c’est qu'affliction , » Isa. xvvn,, 7, 8. Rome vantoit à son exemple l'éternité de son empire; et un des blasphémes que les saints Pères lui reprochent, étoit de s'étre appelée la ville éternelle! : titre qu'on trouve encore dans une inscription qui fut faite six ou sept ans avant sa prise, à l'occasion de ses murailles rebáties ?. |
' Hier.; Ep. 1t, ad Alg., qu. xi. — ? Ap. Bar. t. V, an. 403.