CHAPITRE XX
je n'en dirai rien davantage ; et s’il reste quelque chose de plus à en expliquer, je le laisse à ceux qui en savent plus que moi; car je tremble en mettant les mains sur l'avenir. Tout ce que je crois pouvoir dire avec certitude, c'est que cette dernière persécution, quelle qu'en soit la violence, aura encore plus de séduction; car c'est aussi ce que saint Paul y remarque, II Thess., 1t, 9, 10, «des prodiges, des signes trompeurs, des illusions,» sans y parler d'autre chose. Saint Jean y remarque aussi la séduction, comme devant prévaloir, versets 3, 7, 9, sans parler de sang répandu, ainsi qu'il a fait dans tout le reste du livre ; et Jésus-Christ même : «Il y aura de grands prodiges et des miracles trompeurs, en sorte, s’il est possible, que les élus mêmes soient trompés.» Matth., XXIV, 94.
Je regarde donc dans l'Eglise deux sortes de persécutions, la premiére en son commencement et sous l'Empire romain, oü la violence devoit prévaloir; la seconde, à la fin des siècles, où sera le règne de la séduction‘; non pas que je veuille dire qu'elle soit sans violence, non plus que celle de Rome paienne, oü la violence dominoit, n'a pas été sans séduction : mais l'une et l'autre doit étre définie par ce qui y doit prédominer: et on doit attendre sous l'Antechrist les signes les plus trompeurs qu'on ait jamais vus, avec la malice la plus cachée, l'hypocrisie la plus fine et la peau de loup la mieux couverte de celle des brebis. Ceux qui se sont dits réformés, doivent prendre garde qu'avec la feinte douceur et les prétextes spécieux dont ils ont tàché au commencement de colorer leur violence et leur schisme, ils n'aient été les avant-coureurs de cette séduction.
Je crois encore savoir que cette dernière tentation de l'Eglise sera - courte, et que Dieu y donnera des bornes, comme nous avons remarqué qu'il a fait à toutes les autres? * ce que saint Jean a voulu nous expliquer, en disant que Satan seroit délié «pour un peu de temps,» verset 3; mais que cette persécution soit de trois ans et demi précisément, je n'ose ni le nier, puisque plusieurs Péres l'ont conjecturé ainsi, ni faire aussi un dogme certain de leurs conjectures. Jen reviens donc à laisser l'avenir entre les mains de Dieu
1 Apoc., xil. — ? Réflex. sur les perséc., n. 2.
et me contenter de ce que dit saint Jean, que cette tentation sera courte; et quand même il la faudroit réduire précisément aux termes de celle d'Antiochus, peut-étre faudroit-il penser encore que les trois ans et demi destinés à la persécution de ce prince, n'enregardent quele grand effort durant la profanation du temple, étant certain par les Machabées et par Josèphe, comme saint Jérôme le prouve *, et plus encore par Daniel?, qui le prophétise, que dans le fond il a tourmenté les Juifs bien plus longtemps. Peut-étre donc en faudroit-il à peu prés dire autant de l'Antechrist : mais qu'il en soit ce que Dieu sait. Que si je distingue sa persécution de celle de la béte, et sa séduction de celle du faux prophète, je ne fais que suivre saint Jean?, comme on a pu voir sur les versets 4 et 9; et attribuer à chacune des persécutions le caractére qui lui est propre, c'est-à-dire la violence à celle de la bête, comme il paroit dans tout le cours de l'Apocalypse*, et la séduction à celle de l'Antechrist.
Je n'en sais pas davantage; et sans aussi pénétrer plus avant, j'avertis ceux qui veulent trouver la persécution de l'Antechrist dans celle de la béte de l'Apocalypse, que pour parler conséquemment, ils sont obligés de dire que la persécution de l'Antechrist ne sera pas la derniére, puisqu'elle devance de mille ans, en quelque sorte qu'on les entende, celle de Gog et de Magog, comme on a vu: ce qu'ils ont aussi à ajuster avec les autres parties de la doctrine de l'Antechrist, et surtout avec ce que saint Paul nous a dit, que ce méchant seroit détruit par l'avénement glorieux de Jésus-Christ. |
Pour ne laisser au pieux lecteur, autant qu'il sera possible, aucune difficulté sur ce chapitre, je l'avertirai encore que le règne de Jésus-Christ dont il y est parlé, se prend en diverses manières dans ce divin livre : quelquefois en un sens moins étendu pour le temps du triomphe de l'Eglise après les persécutions de Rome lorsque les royaumes de la terre sont soumis à Jésus-Christ par les empereurs chrétiens, xi, 15; xir, 40; et quelquefois absolument, lorsque Jésus-Christ ressuscité entre en sa gloire, où il
1 Hier., VIII, XIV. — ? Dan., vim, 14, — ? Apoc., xitt, 4, 44. — — * Apoc. ,. XI, 2 5 XII, 4 et suiv.; XIII, etc.