CHAPITRE XX
règne avec ses Saints, comme il est porté, Apoc. , n, 26; m, 21 ; vit, 15, 16, 17 ; xiv, 4, 5. Et c'est manifestement, comme on a vu, du règne pris en ce sens que se doit entendre le chapitre Xx, en y joignant, comme il a aussi été remarqué, la manifestation de la gloire de Jésus-Christ et de ses Saints sur la terre, et la dernière consommation du règne de Dieu à la fin des siècles, lorsque tous ses ennemis seront à ses pieds et tous ses élus recueillis.
Quant à l'opinion de ceux qui veulent que les mille ans s'accomplissent longtemps avant la fin des siècles, et qu'ils soient méme déjà accomplis, j'y ai consenti à condition que ce seroit sans préjudieier au dernier et parfait accomplissement, qui est celui qu'on vient de voir: ce qui peut-étre n'empéche pas qu'il n'y ait encore d'autres termes prévus par le Saint-Esprit, où cette prédiction recevra quelque sorte d'accomplissement.
Grotius et quelques autres font commencer les mille ans du règne de Jésus-Christ avec ses martyrs en l'an 313, lorsque Constantin fit cesser les persécutions et qu'il établit la paix de l'Eglise par cent glorieux édits. Ils remarquent que depuis ce temps le diable a eu moins de puissance pour tromper les hommes ; mais que mille ans après, le treizième siècle étant écoulé, la puissance Ottomane commenca à se déclarer sous Orcam, fils d'Ottoman, et à peu prés dans le même temps, les erreurs de Viclef suivies de celles de Jean Hus, des hussites et des luthériens, ravagerent l'Eglise.
Alors le règne des Saints jusqu'alors si respecté par tous les fidèles, qui reconnoissoient les miracles que Dieu faisoit pour les honorer, fut attaqué par ces hérétiques qui se moquèrent de ces miracles et de la vertu qu'on attribuoit à l'intercession des Saints; et c'est là qu'ils mettent le déchainement de Satan. Ils y rapportent aussi le grand schisme de l'Occident dans le quatorzième siècle, avec les malheurs dont il fut suivi: mais je trouve des événemens plus marqués longtemps avant cette date. La puissance des successeurs de Mahomet est bien plus considérable en toutes manières que ne le fut alors celle des Turcs; et les hérésies des Albigeois et des Vaudois-furent bien plus funestes à l'Eglise que celle de Viclef renfermée en Angleterre et en Bohême. Au surplus,
quoiqu'il soit vrai que ses disciples aient attaqué le regne des Saints, au sens que Grotius remarque très-bien, nous avons vu ailleurs * que Viclef et Hus en conservèrent l'invocation:et les reliques : mais les Albigeois les rejetèrent à l'exemple des manichéens, leurs prédécesseurs; et en cela ils furent imités par les Vaudois. Qu'il nous soit donc permis de reprendre de plus haut avec saint Jean le régne de Jésus-Christ, qui, à vrai dire, commence à sa mort et à sa résurrection. Dès lors Satan est lié, vaincu, désarmé, mené en triomphe, comme on vient de le marquer par l'Evangile et par saint Paul. Depuis ce temps la séduction de Satan est allée toujours en diminuant par la prédication de l'Evangile : ainsi Jésus-Christ régnoit et conquéroit les nations. Les martyrs régnoient avec lui en triomphant du monde, en convertissant les peuples, en faisant des miracles inouis jusqu'alors, et pendant leur vie et aprés leur mort. Mille ans durant l'Eglise n'a souffert. aucune diminution sensible; le nom chrétien et la communion catholique subsistoient toujours partout où l'Evangile avoit été préché. L'Afrique avoit encore des églises chrétiennes. L'Orient n'avoit pas encore rompu avec l'Occident, et cependant les pays du Nord venoient en foule. La discipline se soutenoit, quoiqu'elle souffrit quelque affoiblissement, et on travailloit perpétuellement à lui rendre toute sa vigueur par les canons. Les maximes du moins étoient en leur entier, comme on le pourroit montrer par les conciles qui se tenoient alors, où l'on trouve dans le gouvernement ecclésiastique cette ancienne séve et cette ancienne vigueur du christianisme; et les règles n'avoient point encore été affoiblies par tant de dispenses et par tant d'interprétations relàchées : témoin les collections de Réginon, d'Atton de Verceil, de Burchard et les autres. Sur la fin, et dans le dixième siècle, l'Eglise romaine souffrit un grand obseurcissement par la tyrannie des seigneurs romains, qui mettoient par force leurs enfans et leurs créatures dans la chaire de saint Pierre : mais tout cela étoit un effet dela violence plutót que de la séduction; et Dieu, pour montrer qu'il tenoit encore Satan enchainé, ne lui permit pas alors de séduire les peuples, ni de faire naître en ce siècle aucune hérésie. 1 Variations, liv. Xl.