‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 569 sur 588 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

ce qu'ils croient tous unanimement, a suivi l'interpréte qui a mal traduit : Pour moi et tous les chrétiens, nous croyons et la résurrection générale, et le régne de mille ans, selon que les prophétes le reconnoissent ; ce qui fait tomber la foi également sur le régne de mille ans et sur la résurrection, contre la vérité de l'original. C'est donc en particulier le sentiment de saint Justin et de plusieurs autres, que les prophètes ont prédit ce règne de Jésus- Christ sur la terre : mais il paroit clairement que les autres orthodoxes n'en étoient pas d'aecord. Et en effet outre que ce sentiment ne se trouve ni dans saint Clément d'Alexandrie, ni dans saint Cyprien, ni dans Origene, et qu'au contraire les principes que ces Pères posent sont contraires à ce système, on sait d'ailleurs qu'il a été expressément combattu par Caius et par saint Denys d'Alexandrie, une des plus vives lumières du troisième siècle, comme il paroit par Eusébe et par saint Jérôme t.

Au reste il est aisé de voir que le xx* chapitre de l'Apocalypse, qui a donné lieu à l'erreur, doit étre pris en un sens spirituel. Cette première résurrection que saint Jean y attribue aux martyrs, ne regarde visiblement que les ames seules qui vont commencer avec Jésus-Christ une vie nouvelle incontinent aprés la mort corporelle , comme il résulte de nos remarques sur les versets 4, 5, 6, 12, 13. Et du reste les ministres mêmes, qui après tant d'éclaircissemens de la doctrine de ce chapitre donnés par saint Augustin et les autres Péres, ne rougissent pas d'en revenir à ces restes du judaisme, ont si bien senti l'absurdité de faire attaquer par des nations assemblées un peuple ressuscité, et une ville où Jésus-Christ régneroit avec une si claire manifestation de sa gloire, qu'ils ont été contraints d'abandonner en ce point la lettre qui les a trompés : car au lieu que s'il falloit entendre à la lettre ce régne de Jésus-Christ sur la terre avec ses martyrs, il faudroit dire que tous les martyrs, « du moins les anciens , » comme parle M. Jurieu ?, ressusciteront avant tous les autres morts : ce ministre, qui a rougi de faire attaquer par des mains mortelles tant de Saints ressuscités et glorieux, laisse en doute

1 Euseb., III, xxvii, xxix ; VII, xxiv ; Hier., De Scrip. Ecc., in Dionys. Alex., et Pref, in lib. XVIII, £n Esa.— ? Jur. Acc..des Proph., p. IL, chap. xxi et xxu.

s'il ne faut pas se réduire à ressusciter les apôtres, quoique saint Jean n'en parle pas plus que des autres, et qu'au contraire il fasse revivre en méme temps tous les décollés , c’est-à-dire, comme on a vu, tous les martyrs : et au lieu qu'il faudroit aussi, pour suivre la lettre, faire demeurer Jésus-Christ avec ses martyrs, puisque c'étoit avec eux qu'il devoit régner sur la terre; ce ministre, qui n'a pas osé soutenir qu'on püt attaquer Jésus-Christ dans sa majesté et dans sa gloire, trouve bon qu'après une apparition éclatante, il se retire dans les cieux , aprés néanmoins en avoir Ôté avec les apôtres un des plus beaux ornemens et les chefs du troupeau racheté. Mais où prend-il ces distinctions ? Dans le sens spirituel qu'il rejette ou dans le sens littéral, où il n'y en a aucun vestige? Il n'y a que ces interprétes licencieux qui en nous vantant lEcriture, se donnent la liberté d'en prendre et d'en laisser ce qu'il leur plait, et de tourner le reste à leur fantaisie. Mais oü est-ce que ce ministre a trouvé qu'il y ait trois avénemens de Jésus-Christ, et plus d'un avénement glorieux? Les anciens millénaires du moins n'en reconnoissoient qu'un seul avec l'Ecriture; et aprés étre descendu en sa gloire, Jésus-Christ demeuroit mille ans sur la terre, d’où il ne retournoit au ciel qu'aprés avoir jugé les vivans et les morts. Mais le ministre sans se soucier ni des Ecritures, ni des Pères, qu'il fait semblant de vouloir suivre, fait aller et venir Jésus-Christ comme il lui plait : et que devient donc ce passage qui nous est tant objecté par les ministres, que « il faut que le ciel contienne Jésus-Christ, jusqu'à ce que toutes choses soient rétablies? » Act., nr, 21. Le ministre en à trouvé le dénouement : c'est qu'il n'y aura qu'une petite interruption qui ne méritoit pas d'étre comptée, quelque extraordinaire et quelque éclatante qu'on la figure d’ailleurs '. Mais après tout que gagne-t-on en se jouant ainsi de l'Ecriture? Il en faut toujours venir à la question : Si l'on peut trouver vraisemblable que des mortels viennent attaquer une ville que Jésus-Christ protégera si visiblement, où aprés avoir paru de la manière du monde la plus éclatante, il laissera pour la gouverner douze hommes ressuscités , immorteéls , invulnérables, et en un mot af- 1 Jur., Acc. des Proph., p. II, chap. xxu.

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