L'APOCALYPSE, CHAPITRE XXII
A7. Et l'Esprit et l'Epouse disent : Venez. C'estlesprit qui prie en nous, selon saint Paul, Rom., vin, 26, 27; et l'esprit de la prophétie qni parle à saint Jean dans tout ce Livre, c'est cet esprit qui dit : Venez, et qui nous fait désirer avec une ardeur immense le règne de Jésus-Christ. L'Epouse : L'Eglise ne cesse d'appeler l'Epoux par ses gémissemens ; comme l'Epouse dans le Cantique dit sans cesse : « Venez, mon bien-aimé. » Que celui qui écoute, dise : Venez. Que le fidèle imite le langage de la prophétie et de l'Epouse.
18. Je proteste à tous ceux qui entendent... C'est un avertissement à celui qui copiera cette prophétie, de le faire soigneusement et religieusement, à cause de l'importance des prédictions et de la curiosité de l'esprit humain, qui le porte à trop vouloir pénétrer dans l'avenir.
20. Celui qui rend témoignage de ces choses, dit : c'est Jésus- Christ qui a envoyé son ange, comme il le dit ci-dessus, verset 16, « pour rendre ce témoignage aux églises. » Out, je viendrai bientôt. Jésus-Christ répond au désir de l'Esprit et de l’ d qui l'avoient appelé.
+ Amen : venez, Seigneur Jésus. L'ame fidèle ne cesse de l'inviter et de désirer son royaume. Admirable conclusion de l'Ecriture, qui commence à la création du monde, et finit à la consommation du règne de Dieu, qui est aussi appelé la nouvelle création.
Dieu fasse la grace à ceux qui liront cette prophétie, d'en répéter en silence les derniers versets et de goûter en leur cœur le plaisir d'étre appelés de Jésus et de l'appeler en secret.
NSAAAAAANAAA VAAAAAAANSAAAAAAAAAAA: MAAAAAANAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA AAAAAAAAAAAA NAAAAA
I. — Pourquoi cet abrégé : l'Apocalypse est une espèce d'histoire de l'Eglise, j divisée en trois temps.
Comme nous nous sommes arrétés à chaque partie de l'Apocalypse, ou pour prendre de temps en temps quelque repos dans cette espèce de voyage, ou plutôt pour considérer, à mesure que nous avancions, le progrés que nous avions fait, il faut encore nous arréter à la fin de toute la course, puisque c'est aprés avoir vu tout ce divin Livre que nous pouvons nous en former une idée plus juste par une pleine compréhension de tout l'ouvrage de Dieu qui nous y est représenté.
En voici donc l'abrégé. Jésus-Christ paroit : les églises sont averties : c'est Jésus lui-même qui leur parle par saint Jean pour leur apprendre leur devoir, et en méme temps son Saint-Esprit leur fait des promesses magnifiques. Jésus-Christ appelle saint Jean pour lui découvrir les secrets de l'avenir , et ce qui devoit arriver à son Eglise, depuis le temps oü il lui parloit jusqu'à la fin des siècles et à l'entier accomplissement de tout le dessein de Dieu *. Il y a trois temps de l'Eglise bien marqués : celui de son commencement et de ses premieres souffrances, celui de son régne sur la terre , celui de sa dernière tentation ?, lorsque Satan déchainé pour la dernière fois, fera un dernier effort pour la détruire ?; ce qui est suivi aussitót par la résurrection générale et le jugement dernier *. Après quoi il ne reste plus qu'à nous faire voir l'Eglise toute belle et toute parfaite dans le recueillement de tous les Saints et le parfait assemblage de tout le corps dont Jésus-Christ est le chef 5. .
1 Apoc., 1, 11, II.— ? Chap. 1v, jusqu'au xx.— ? Chap. xx.— * Chap. xx, 11, 12. — 5 Chap. XXI, XXII.
IL. — Premier temps. Les commencemens de l'Eglise. Deux ennemis abattus au milieu de ses souffrances, les Juifs et les gentils : ces deux ennemis marqués trés-distinctement par saint Jean. :
Dans le premier temps, qui est celui du commencement de l'Eglise et de ses premieres souffrances, toute foible qu'elle paroit dans une si longue et si cruelle oppression , saint Jean nous en découvre la puissance en ce que tous ses ennemis sont abattus , c'est-à-dire les Juifs et les gentils : les Juifs au commencement , et les gentils dans la suite de cette prédiction jusqu'au chapitre xx .
Ces deux ennemis sont marqués très-distinctement par saint Jean : les Juifs, lorsqu'il nous fait voir le salut des douze mille de chaque tribu d'Israël, pour l'amour desquels on épargnoit tout le reste de la nation; d’où vient aussi qu'en tous ces endroits il n'est nulle mention d'idoles, parce que les Juifs n'en connoissoient pas et ne péchoient en aucune sorte de ce côté-là; et les gentils aussitôt après, à l'endroit où il fait venir avec des armées immenses les rois d'Orient et les peuples d'au delà de l'Euphrate ?, qui est aussi celui où pour la première fois il est parlé « d'idoles d'or et d'argent ?, » et où les gentils sont repris, parmi les plaies que Dieu leur envoie, de ne s'étre pas corrigés d'adorer les ceuvres de leurs mains et les démons, non plus que des autres crimes que le Saint-Esprit nous représente partout comme des suites inséparables de l’idolâtrie *.
Voilà donc les deux sortes d'ennemis dont l'Eglise avoit encore à souffrir, bien distinctement marqués. Les Juifs, qui ne cessoient par leurs calomnies d'irriter les persécuteurs, comme saint Jean l'avoit remarqué dés le commencement de son Livre , lorsqu'il écrivoit aux Eglises 5, et les gentils ou les Romains, qui, ne songeant qu'à accabler l'Eglise naissante , alloient plus que jamais l'opprimer « par toute la terre * » qui étoit soumise à son empire, comme le méme saint Jean l'avoit dit aussi au méme endroit.
Hi VIT, VIN; chap. Ix, 14, jusqu'au chapitre xx. —? Chap. Ix, 14 et suiv. — ? Chap. ix, 20, 21. — * Rom., 1, 21, etc. — 5 Apoc., 11, 9. — 6 Apoc., 111, 10.
Ill. — Les sauterelles, ou les hérésies entre ce qui regarde les Juifs et ce qui regarde des gentils.
Entre ces deux ennemis, incontinent aprés les Juifs et avant que d'avoir nommé les gentils et les idoles, nous trouvons dans les sauterelles mystiques * une autre sorte d'ennemis d’une espèce particulière, où nous avons entendu les hérésiarques placés à la suite des Juifs dont ils ont imité les erreurs, et devant les gentils qu'à la vérité ils ne sembloient pas attaquer directement, comme devoient faire ces rois d'Orient qu'on voit paroitre au méme chapitre, mais qui ne laissoient pas de leur nuire beaucoup en obscurcissant le soleil, c'est-à-dire avec la gloire de Jésus-Christ, les lumières de son Evangile et de son Eglise; par où s'augmentoit l'endurcissement des gentils, qui, selon que l'a remarqué saint Clément d'Alexandrie , disoient en parlant des chrétiens : «Il ne faut pas les en croire , puisqu'ils s'accordent si mal entre eux , et qu'ils sont partagés en tant d'hérésies; ce qui retarde, » poursuit ce grand homme, « les progres de la vérité , à cause des dogmes contraires que les uns produisent à l'envi des autres ?. »
IV. — Saint Jean passe aux violences et anx punitions de l'empire persécuteur : les Perses montrés comme ceux d'oü devoit venir le premier coup.
Il étoit bon une fois de faire voir que l'Eglise triomphoit de cet obstacle, comme de tous les autres. Saint Jean aprés l'avoir fait d'une maniere aussi vive que courte et tranchante , s'attache ensuite à représenter les persécutions romaines comme l'objet dont les hommes étoient le plus frappés, pour faire éclater davantage la force de l'Eglise en montrant la violence de l'attaque , et afin aussi de faire admirer les sévères jugemens de Dieu sur Rome persécutrice, avec l'invincible puissance de sa main qui abattoit aux pieds de son Eglise victorieuse une puissance redoutée de tout l'univers.
Tout le chapitre 1x , depuis le verset 44 jusqu'au chapitre xx, est donné à ce dessein. Pour préparer les esprits à la chute de ce grand Empire, saint Jean nous montre de loin les Perses, d'oü lui devoit venir le premier coup. Le caractère dont il se sert pour les
1 Chap. Ix, depuis le vers. 1 jusqu'au vers. 14. — 2 Sfrom., lib. VII,
désigner n'est pas obscur, puisqu'il les appelle les rois d'Orient et
leur fait passer l'Euphrate ‘, qui sembloit fait pour séparer l'Em-
pire romain d'avec eux. C'est là que le saint apótre commence à
montrer combien les Romains furent rebelles contre Dieu, qui les
frappoit pour les corriger de leur idolâtrie; ce qu'il continue à
faire voir en récitant les opiniâtres persécutions dont ils ne ces-
serent d'affliger l'Eglise.
V. — La persécution commence à paroitre au chapitre x1 avec la béte : la béte représentée aux chapitres xit1 et xvir, montre la persécution en général, et plus particulièrement la persécution de Dioclétien.
Elles commencent à paroitre au chapitre x1; et comme jusqu'ici on nous a donné des caractères bien marqués et bien sensibles des Juifs et des gentils, on ne nous en a pas donné de moins clairs pour désigner la persécution romaine. Le plus marqué de ces caractères a été celui de la bête, qu'on ne nous représente parfaitement que dans les chapitres xi et XVIT, mais que néanmoins on a commencé à nous faire voir dès le chapitre x1 comme celle qui mettoit à mort les élus de Dieu et les fidèles témoins de sa vérité. Il nous faut donc ici arréter les yeux sur les caractères de cette béte, que nous voyons beaucoup plus clairs et mieux particularisés que tous les autres.
On est aceoutumé par la prophétie de Daniel à reconnoitre les grands empires sous la figure de quelques fiers animaux : il ne faut donc pas s'étonner si on nous représente l’Empire romain sous cette figure, qui n'a plus rien d'étrange ni de surprenant pour ceux qui sont versés dans les Ecritures. Mais le dessein de saint Jean n'est pas de nous marquer seulement un grand et redoutable empire : c'étoit aux saints principalement et aux fidèles de Jésus- Christ qu'il étoit redoutable. Saint Jean nous le montre donc comme persécuteur et avec son idolàtrie, parce que c'étoit pour l'amour d'elle qu'il tourmentoit les enfans de Dieu.
Pour mieux entendre ce caractère d'idolàtrie et de persécution que saint Jean a donné à la béte, il la faut considérer avec la prostituée qu'elle porte sur son dos, au chapitre xvi, car la prostitution est dans l'Ecriture le caractère de l'idolàtrie et le sym-
1 Chap. IX, 14 ; xvi, 12,
bole d'une abandonnée à l'amour de plusieurs faux dieux, comme d'autant d'amans impurs qui la corrompent. L'apótre joint à ce caractère celui de la cruauté et de la persécution , en faisant « la femme enivrée du sang des Saints et des martyrs de Jésus! ; » en sorte qu'on ne peut douter que ce qu'il veut nous représenter sous la figure de la béte, ne soit d'abord et en généralla puissance romaine idolâtre, ennemie et persécutrice ; à quoi aussi convenoient parfaitement les noms de blasphème sur les sept têtes de la béte, c'est-à-dire, comme saint Jean l'explique lui-méme, sur les sept montagnes de Rome?; et ses fureurs contre les Saints, et sa couleur de sang, et tout son air cruel et sanguinaire. C'est aussi pour cela «que le dragon roux ,» c’est-à-dire le diable, «qui vouloit engloutir l'Eglise ?, avoit donné à la bête sa grande puissance *, » et lui avoit inspiré sa haine contre les fidéles. On avouera qu’il n'étoit pas possible de nous peindre la persécution avec de plus vives couleurs. Mais outre la persécution en général, que l'apótre nous rend si sensible, nous avons vu qu'il se réduit à des idées encore plus particulières , en s'attachant spécialement à représenter la persécution de Dioclétien, qu'il a choisie entre toutes les autres pour la décrire avec un soin si particulier, parce qu'elle devoit être la plus violente comme la dernière, et que c'étoit au milieu de ses violences que l'Eglise devoit commencer à étre élevée par Constantin au comble de la gloire.
Le caractere le plus spécifique de cette cruelle et derniere persécution est d'avoir été exercée au nom de sept empereurs : c'est aussi pour cette raison que saint Jean lui donne sept têtes, qui sont bien à la vérité , comme on a vu qu'il l'explique, les sept montagnes de Rome; mais qui sont aussi, comme il ajoute, sept de ses rois. C'étoit la seule persécution qui eüt cette marque : les caractères particuliers des trois empereurs qui furent les principaux auteurs de la persécution, nous ont aussi été marqués fort historiquement, comme on a vu ; et parce qu'il y en avoit un des sept qui étoit aussi un de ces trois qui devoit prendre l'empire par deux fois, c’est-à-dire Maximien , surnommé Herculius; il y a
1 Apoc., Xi, 6. —? Apoc., XIII, 1 ; XVII, 3, 9. — 8 Apoc., XII, 3, 4. — * Apoc., SITIS 04 292 XVIe
aussi un des sept rois qui nous est montré en méme temps comme
étant tout ensemble un huitième roi et un des sept ! : ce qui étoit
précisément choisir dans l'histoire ce qu'il y avoit de plus précis ,
n'y ayant point dans toute la suite de l'Empire romain un carac-
tere semblable.
On voit done ce que c'est que la béte : Rome comme persécutrice en général et avec une désignation plus particuliére , Rome exercant la dernière et la plus impitoyable persécution.
VI. — Désignation particulière de Dioclétien , et son nom dans l’Apocalypse : que ce n'est point par une rencontre fortuite qu'il s'y trouve : caractère de son premier collégue, Maximien Herculius.
On y a vu d'autres caractères de cette persécution que je ne répète pas; mais je ne puis oublier qu'elle portoit le nom de Dioclétien,.qui, comme premier empereur , étoit aussi le premier en téte dans l'édit des persécuteurs; ce qui fait aussi que saint Jean en nous voulant marquer le nom de la béte par ses lettres numérales, a marqué celui de Dioclétien dans le nombre de 666, comme on a vu ?.
Saint Jean a tout ici caractérisé d'une manière admirable. Car il nous a dit, non-seulement qu’il nous vouloit donner le nom d'un homme , mais aussi le nom d'une de ces bêtes mystiques, c'est-à-dire le nom d'un empereur; ce qui nous a conduit à un nom où nous est marqué Dioclétien, et où le nom qu'il avoit porté lorsqu'il étoit particulier, joint à celui d'Auguste qui le faisoit empereur, nous en donnoit un caractère incommunicable , non-seulement à tout autre prince , mais encore à tout autre homme.
Mais parce que le nombre mystique de 666 que saint Jean attribue ici au nom dela bête peut convenir à plusieurs noms, et qu'on en compte huit ou dix peut-étre oü il se trouve, pour ne donner aucun lieu à ce jeu frivole des esprits, nous avons vu qu'au méme passage oü saint Jean a marqué le nom de Dioclétien #, il y a joint d'autres caractères qui sont aussi particuliers à ce prince que son nom méme; de sorte que non-seulement on trouve dans l'Apocalypse le nom de Dioclétien, mais on y trouve
! Chap. xviL, 11. — ? Chap. xir, 18. — 3 Jbid., 16.
ABRÉGÉ. 894 que c'étoit le nom de cet empereur qu'il y falloit trouver , et que ce ne peut étre un autre nom que saint Jean ait voulu désigner , parce que ce devoit étre le nom de celui dont la derniére persécution est intitulée , et de celui qui auroit fait l'aetion unique à laquelle le saint apôtre fait une allusion manifeste dans ce passage ' ; ce qu'on peut voir aisément dans le commentaire. D’où aussi l'on peut conclure que si l'on a trouvé en ce lieu le nom de Dioclétien, ce n'est pas l'effet d'une rencontre fortuite, mais une chose qui devoit étre et qui étoit entrée nécessairement dans le dessein de notre apótre; par où aussi les protestans , qui ne veulent jamais rien voir que de confus et de vague, se trouveront confondus.
Le premier collégue de Dioclétien et le second empereur, qui étoit Maximien Herculius, ne nous a pas été moins bien désigné, puisqu'on lui a donné le caractére qui lui étoit le plus propre, c'étoit-à-dire celui de venir deux fois ? : et c'est avec raison que ce prince a été appelé la béte selon cette mystique signification, ce titre lui convenant plus particuliérement qu'aux cinq autres empereurs sous qui la persécution s'est exercée , parce que dans le caractère que saint Jean lui avoit donné, non-seulement il étoit une des sept tétes, c'est-à-dire un de ces sept princes, mais encore le corps de la béte, comme on a vu *.
VII. — La béte de saint Jean étoit une chose qui devoit venir aprés lui : ce qu'elle devoit faire et ce qui lui devoit arriver.
Nous avons déjà observé que cette béte mystique étoit marquée par saint Jean, non pas comme étant déjà de son temps, mais comme «devant » dans la suite «s'élever de l'abime *; » ce qui maintenant s'entendra mieux, et sur quoi il sera utile d'appuyer un peu. Car encore que l'Empire romain idolátre et persécuteur füt déjà au monde lorsque saint Jean écrivoit son Apocalypse, dansl'application particulière qu'il faisoit de la bête à la persécution de Dioclétien, elle n'étoit pas encore. Les sept tétes, c'éfoit-àdire les sept empereurs et toutle reste que saint Jean nous y a marqué avec une désignation particuliere, étoient encore à venir; et méme la persécution, quoique déjà commencée quelques an-
1 Chap. xut, 16, 17. — ? Ibid. — 8 Chap. xvi. — ^ Chap. X1; XII, 1; xvir, 8.
nées auparavant sous Néron et sous Domitien, étoit encore future dans sa plus longue durée et dans ses plus grandes fureurs ; ce qui donne lieu à saint Jean de nous parler de la béte, comme « devant encore s'élever. » Il la voit «sortir de l'abime : » il assiste à sa naissance et ne la fait paroitre au monde que pour donner la mort aux Saints'; ce qu'on ne peut trop observer, parce qu'outre que ces caracteres particuliers sont la vraie clef de la prophétie, c'est aussi un des passages qui doit porter un coup mortel au systéme des protestans ?, qui n'ont rien voulu voir de particulier, parce que leurs fausses idées du Pape antechrist ne subsistent que dans la confusion.
Aprés avoir observé le fond et les caractères de la bête, tels que saint Jean nous les a donnés, il faut voir encore ce qu'elle fera et ce qui lui doit arriver. Ce qu'elle fera, c'est de tourmenter l'Eglise ; et ce qui lui doit arriver, c'est après divers châtimens de périr à la fin à cause de son idolâtrie et du sang qu'elle avoit répandu : c’est ce que saint Jean nous a déclaré par des marques aussi sensibles que toutes les autres que nous avons vues.
VIII. — La persécution, comment décrite aux chapitres x1 et xit de l'Apocalypse.
La persécution en général est exercée par la bête, lorsqu'elle donne la mort aux Saints et qu'elle tient dans loppression la sainte cité, qui est l'Eglise, avec toutesles circonstances qu'on en a marquées ?. Mais au milieu de ces caractères généraux, saint Jean a toujours mêlé les caractères particuliers de la persécution de Dioclétien, à laquelle le Saint-Esprit l'avoit davantage attaché. C'est pourquoi dans le chapitre x1, on voit les gentils se flatter dela pensée d'avoir éteint le christianisme *, comme on en flatta Dioclétien : on voit dans ce méme temps le christianisme élevé au comble de la gloire *, comme il arriva au milieu de cette sanglante persécution, par les ordres de Constantin et par ses victoires.
Au chapitre xit paroit le dragon qui donne sa force à la bête, et la femme en travail, * c'est-à-dire l'Eglise souffrante. C'est la per-
. ! Chap. x1; xir, 1; XVI, 8. — ? Voyez ci-dessous dans l'Avertissement. sur l'Accompl. des proph., n. 90 et 21. — 3 Chap. x1, 2, 1. — * 1bid., 9. — 5 Ibid., 1, 12, etc. — 5 Chap. xit, 2, 3; xui, 2.
' ABRÉGÉ. 593 sécution en général. Mais nous sommes bientót conduits au particulier de Dioclétien, lorsque la femme étant prête de mettre au monde un enfant mâle et dominant !, c'est-à-dire le christianisme vigoureux et vainqueur sous Constantin, le diable redouble ses efforts pour le détruire; et comme là on voit le dragon faire trois divers efforts, on voit aussi la persécution s'élever à trois reprises plus marquées sous trois princes, plus frémissante sous Dioclétien et sous Maximin, plus languissante sous Licinius, et en état de tomber bientót aprés.
IX. — La béte blessée à mort, ressuscite sous Julien l'Apostat.
Voilà ce que fait la béte : tant qu'il lui reste quelque force. Mais saint Jean nous la représente en un autre état où elle avoit recu un coup mortel ?, où elle étoit morte, où pour vivre elle avoit besoin d’être ressuscitée : c'est ce qui est aussi arrivé à l’idolâtrie détruite dans les sept tétes. Tous les persécuteurs étant à bas, et de tous les empereurs, Constantin, un si zélé enfant de l'Eglise restant seul, l'idolátrie étoit morte par la défense de ses sacrifices et de son culte; et il n’y avoit plus pour elle de ressource, si Julien l'Apostat ne l’eût fait revivre. Saint Jean, comme on voit, continue toujours à s'attacher aux grands événemens. Il n’y a rien de plus marqué que la mort de l'idolàtrie sous un prince qui l'abolit par ses édits, ni rien aussi de plus sensible que d'appeler résurrection la force et l'autorité que lui rend un autre prince. Voilà qui est grand en général, mais le particulier est encore plus surprenant. Car on voit la béte aux abois, comme saint Jean l'avoit marqué par la blessure d'une de ses têtes *, qui étoit Maximin, le sixième persécuteur, et parce que la septième tête, qui ne paroissoit pas encore, devoit périr sitót aprés, comme il arriva à Licinius, C'est ainsi que la bête mourut ; c'est ainsi que l'idolátrie fut abattue, et l'image est toute semblable à l'original.
Pour la béte ressuscitée *, c'est-à-dire l'idolátrie reprenant l'autorité sous Julien, elle nous est clairement marquée par l'orgueil de ce prince, par ses blasphémes étudiés contre Jésus-Christ et 1 Chap. xit, 4, 13, 17, — 3 Chap. xi, 3. — 5 Ibid, — + Chap. xri, 3, 5, 1, 8. |
ses Saints; par le concours de tout l'Empire réuni sous cet empereur contre l'Eglise; parla haine du christianisme qui le fit rentrer dans les desseins de Dioclétien pour l'opprimer ; par l'imitation del'Agneau et de quelques vertus chrétiennes que ce faux sage affecta; par les prestiges de ces philosophes magiciens qui le gouvernoient absolument ; par les illusions de sa fausse philosophie, et par la courte durée de cette nouvelle vie de l'idolátrie, où la femme ne se cacha point, comme elle avoit fait dans les autres persécutions, et où l'Eglise retint tout son culte. Qu'on me donne d'autres caractères du règne de Julien l'Apostat, et qu'on m'en fasse un tableau plus au naturel et plus vif.
X.— La seconde bête et l'esprit de séduction dans l'idolátrie persécutrice : le caractère particulier que saint Jean donne à la seconde bête, directement opposé
à celui de l'homme de péché de saint Paul, avec lequel les protestans le
veulent confondre. j
Ce n'étoit pas assez de marquer la violence de la béte, c'est-àdire de l’idolâtrie persécutrice : nous n'en eussions pas vu la séduction et les artifices, si saint Jean ne nous eüt décrit la seconde bête mystique :, c’est-à-dire la philosophie pythagoricienne , qui soutenue de la magie, faisoit concourir à la défense de l'idolátrie ses raisonnemens les plus spécieux avec ses prodiges les plus étonnans. C'est ce que nous avons remarqué dans les figures de saint Jean : c'est ce que nous avons vu accompli dans l’idolâtrie, en la regardant tant dans sa premiére vigueur sous Dioclétien que dans sa vie réparée par Julien l'Apostat.
On entendra mieux encore la seconde bête, en comprenant le caractére qu'ellea dans saint Jean *, qui est de faire adorerla première, c'est-à-dire d'attacher les hommes à l'ancienne idolâtrie : de sorte que la première bête paroit dans l' Apocalypse comme le Dieu qu'on adoroit, et la seconde comme son prophète qui la faisoit adorer; d’où vient aussi qu'elle est appelée le faux prophète. En quoi saint Jean nous a fait voir le vrai caractère de cette philosophie magicienne , dont tous les raisonnemens et tous les prestiges aboutissoient à faire adorer les dieux que l'ancienne idolátrie avoit inventés.
1 Chap. XIII, 11 et suiv. — ? Ibid., 12.
Telle est donc la seconde bête; et c’est faute d’avoir bien compris ce caractère que saint Jean lui donne, qu'on a voulu la confondre avec l'homme de péché de saint Paul ‘, encore que son caractère d'être le prophète d'une divinité qu'elle annoncoit, soit directement opposé à celui qu'attribue saint Paul à son homme de péché, qui s'éléve au-dessus de tout ce qu'on nomme Dieu et qu'on adore. |
On peut encore remarquer ici un caractère particulier de l'idolàtrie romaine. C'est que partout elle fait adorer la bête et son image, c'est-à-dire Rome et ses empereurs, dont les images , comme on a vu, étoient proposées aux martyrs pour être l'objet de leur culte, autant ou plus que celles des dieux immortels : caractère d'idolátrie qu'on voit répandu partout dans l'Apocalypse ?, et que Julien y fait revivre avec tous les autres.
XI. — La durée des persécutions, et ses trois ans et demi , que saint Jean dit expressément que ce temps est court: les deux marques, celle de Dieu et celle de la béte.
Ainsi la persécution a été caractérisée en toutes manières, par la qualité de ses auteurs, par sa violence, par ses artifices, par la
“nature du culte auquel on vouloit forcer le genre humain. Mais
un des plus beaux et des plus particuliers caractéres que nous en ayons dans saint Jean 5, est celui qui marque les bornes que Dieu lui donnoit par une providence particulière et un secret ménagement de ses élus, comme il avoit fait autrefois à celle d'Antiochus. Nous avons vu en effet que malgré la haine immortelle de Rome contre l'Eglise, il étoit ordonné de Dieu que ses violences se relàcheroient de temps en temps et reviendroient aussi à diverses reprises toutes courtes; ce que saint Jean a marqué dans ce temps mystique de trois ans et demi pour les raisons et à la manière que nous avons vu.
Que dans ce temps toujours consacré aux persécutions et toujoursle méme en quelque sorte qu'il soit expliqué, par jour , par mois ou par années , le dessein du saint apótre fut de nous marquer un temps court; il le déclare en termes formels, lorsque représentant le dragon irrité de n'avoir plus « que peu de temps »
11I Thess., 11. — ? Apoc., XIII, 4; 12, 14. — ? Apoc., X , 2, 35 xit, 6; XIII, 5.
à tyranniser les fidèles, il détermine aussitôt après, et dans le versetsuivant, ce « peu de temps » à ces « trois ans et demi !, » qu'on voit revenir si souvent : ce qui dans la suite nous découvrira la prodigieuse illusion des protestans, qui veulent que ce peu de temps soit 1260 ans entiers : et non-seulement un petit reste de temps que le démon déjà terrassé voyoit devant lui, mais encore son temps tout entier et toute la durée de son empire.
SaintJean nous fait voir encore que ce temps revenoit souvent, comme étant le commun caractère de toutes les reprises de persécution. C'est pourquoi nous avons vu qu'il revient deux fois dans la persécution qui précède la mort de la bête, et une troisième fois sous la bête ressuscitée?; ce qui montre plus clair que le jour que ce temps n'est pas la mesure d'une seule et longue persécution qui dure.prés de treize siécles, comme l'ont songé les protestans, mais la marque des différentes reprises des persécutions romaines toutes courtes, et bientót suivies d'un adoucissement que Dieu procuroit.
Durant ce temps, c'est un beau contraste et quelque chose de ravissant dans le tableau de saint Jéan, de voir d'un cóté les fidèles, et de l’autre les idolâtres, avec une double marque pour les” distinguer les uns des autres : d'un cóté, la marque de Dieu sur les élus; et de l'autre, le caractère de la bête sur les impies; c'està-dire pour les fidéles, avec la foi au dedans, la profession du christianisme, et pour les autres, l'attachement déclaré à l'idolàtrie : ceux qui portent la marque de Dieu, ornés de toutes sortes de vertus et de graces; et ceux qui portent celle de la béte, se plongeant eux-mémes dans l'aveuglement et dans le blasphéme, pour ensuite être abandonnés à la justice divine.
XII. — La béte punie, et l'empire persécuteur démembré : la domination et la chute de Rome, dans une méme vision de saint Jean comme dans un méme tableau.
Ainsi nous avons l'idée des persécutions de la béte, c'est-à-dire de Rome l’ancienne, par tous les moyens qu'on peut souhaiter. Mais pour ne rien oublier de ce qui devoit lui arriver, aprés nous lavoir montrée comme dominante et persécutrice, il falloit en-
. 1 Chap. xir, 13, 14. .— ? Chap. xit, 6, 14; xim, 5.
ABRÉGÉ. 597 core la faire voir abattue et punie de ses attentats. Saint Jean ne pouvoit le faire d'une manière plus sensible, qu'en rappelant comme il fait à notre mémoire dans le chapitre xvr le premier coup qu'elle recut du côté de l'Orient sous Valérien!, et nous la montrant aussitót aprés dans le chapitre xvir, entre les mains des dix rois qui la pillent, qui la désolent, qui la rongent, qui la consument, qui l'abattent avec son empire, que nous voyons tomber dans saint Jean ?, comme il est tombé en effet par une dissipation et par un démembrement entre plusieurs rois; en sorte qu'il ne reste plus qu'à déplorer sur la terre son malheur?, et à louer Dieu dans le ciel de la justice qu'il a exercée sur elle*: ce que saint Jean a fait d'une manière si claire et avec des caractères si précis des rois qui l'ont dépouillée, qu'après avoir un peu démélé les figures de son style mystique, c'est-à-dire avoir entendu la langue que parlent les prophétes, nous avons cru lire une histoire.
Dans ce grand tableau de saint Jean, la figure de la prostituée est une des plus merveilleuses, puisqu’avec toute la parure et tous les autres caractères qui lui sont donnés, elle marque aussi clairement qu'on le pouvoit souhaiter, une ville redoutée de tout l'univers, abandonnée à l'idolátrie, persécutrice des Saints*; en sorte qu'il ne restoit plus qu'à nommer Rome. Afin de mieux ramasser toutes les idées, le saint apótre nous la montre dans une méme vision comme dominante et comme abattue, comme criminelle et comme punie, faisant éclater sa cruelle domination dans les sept têtes de la bête qui la porte, et dans les dix cornes de la méme bête la cause de sa chute inévitable.
XIII. — Le règne de l'Eglise, combien vivement marqué : la dernière tentation de l'Eglise et le temps de l'Antechrist : comparaison du xx* chapitre de l'Apocalypse avec celui de saint Paul, II TAes. , 11.
Voilà done le premier temps de l'Apocalypse qui exprime le commencement de l'Eglise et ses premières souffrances. C'étoit là le grand objet de saint Jean, qui occupe aussi seize chapitres : les deux autres temps, c'est-à-dire celui du régne de l'Eglise et
.* Chap. xvi, 12. — ? Chap. xvrr, 7 et suiv. —? Chap. xvitt, — * Ibid., 19. — 5 Chap. xvir. — 6 Ibid., vers. 1 et suiv.; vers. 12 et suiv.
celui de sa dernière persécution, sont tracés en deux ou trois coups de pinceau, mais les plus vifs qu'on püt souhaiter et les plus significatifs. Car déjà, pour ce qui regarde le règne de l'Eglise, elle reçoit une assurance certaine qu'il sera long, ce qu'on nous figure par les mille ans‘; qu'il sera tranquille, ce qu'on nous montre par lenchainement de Satan, qui n'aura plus la liberté comme auparavant de susciter des persécutions universelles; enfin qu'il sera le règne de Jésus-Christ et de ses martyrs, dont la gloire seroit si grande par tout l'univers, et la puissance si reconnue, à cause qu'ils auront vaincu la bête et son caractère, Rome et son idolâtrie; avec méme une désignation particulière du supplice usité parmi les Romains?, afin que tout füt marqué par les caractéres des temps et par les circonstances les plus précises.
La derniere tentation de l'Eglise n'est pas moins marquée, quoiqu'en trés-peu de paroles. Car saint Jean, qui n'ignoroit pas ce qu'en avoit dit saint Paul plus expressément, s'est contenté d'en marquer en gros les caractéres, en nous faisant voir Satan déchainé*, comme saint Paul nous avoit montré toute sa puissance déployée; en caractérisant cette tentation par la séduction plutôt que par la violence, comme saint Paul avoit fait*; en nous marquant comme lui la courte durée de cette séduction; et comme lui, qu'elle finiroit par le dernier jugement et l'éclatante arrivée de Jésus-Christ dans sa gloire : de sorte que ce sera la fin de l'Eglise sur la terre et sa dernière tentation; ce qui suffit pour nous faire entendre qu'elle sera en méme temps la plus terrible, comme celle où le diable déchainé fera son dernier effort, et que Jésus- Christ aussi viendra détruire en personne par la lus grande manifestation de sa puissance.
XIV. — Pourquoi des trois temps de l'Eglise, le premier dépeint plus au long, et les deux autres tracés si rapidement,
- Voilà les trois temps de l'Eglise : le premier, qui est celui des commencemens représenté trés-au long et sous une grande multiplicité de belles images, comme celui qui alloit venir et contre
! Chap. xx, vers. 4, jusqu'au 7. — ? Ibid., 4, et la note dess. — ? Apoc., xx, 1. — * II Thess., 11. :
lequel par conséquent les fidèles avoient besoin d'être le plus prémunis; et les deux autres tracés en deux mots, mais trés-vivement et pour ainsi dire de main de maitre. C'étoit aussi la main d'un apótre, ou plutót la divine main, dont il est dit « qu'elle écrivit vite ‘, » dont les traits ne sont pas moins forts ni moins marqués pour étre tirés rapidement; qui sait donner toute la force qu'il faut à ses expressions, en sorte que trés-peu de mots ramassent, quand il lui plait, le plus de choses.
XV. — Satan vaincu et par quel degrés; c'est le sujet de l' Apocalypse.
Au reste, je n'ai pas besoin de répéter que la défaite entière de Satan est au fond le grand ouvrage que saint Jean célèbre. Ce vieux serpent nous est montré dans l Apocalypse comme celui qu'il falloit abattre avec son empire, et tout le progrès de sa défaite nous est marqué dans ces trois temps qu'on vient de voir. Car à la fin du premier temps, qui étoit celui de la première persécution, ses deux grands organes, la bête et le faux prophète, sont jetés dans l'étang de feu et de soufre? : là il paroit enchaîné, afin que l'Eglise règne plus tranquillement à couvert des persécutions universelles, jusqu'aux environs des derniers temps. A la fin de ce second temps Satan sera déchainé et plus furieux que jamais; ce qui fera le troisieme temps, court dans sa durée, mais terrible par la profondeur de ses illusions : lequel étant écoulé, Satan ne sera plus enchainé comme auparavant pour un certain temps, mais à jamais et sans rien avoir à entreprendre de nouveau, plongé dans l'abime où étoient déjà la bête et le faux prophète, autrefois ses deux suppôts principaux et les deux premiers instrumens des persécutions universelles.
Que si l'on veut commencer l'enchainement de Satan au temps oü nous avons vu que saint Jean nous a marqué en un certain sens le regne de Jésus-Christ et celui de ses martyrs sur la terre, par la gloire qu'ils y ont reçue dans toute l'Eglise, on le peut, et. les temps peut-être seront plus distinctement marqués : ce qui n'empéchera pas qu'en un autre sens l'enchainement de Satan ne
1 Psal. XLIV, 2. — ? Chap. xix, 20.
commence, selon la remarque de saint Augustin que j'ai suivie, dès la prédication et dès la mort de Jésus-Christ, qui en effet est le moment fatal à l'enfer, encore que toute la suite de ce premier coup ne paroisse que longtemps apres.
XVI. — La suite toujours visible de l'Eglise , trés-clairement marquée dans l'Apocalypse.
Voilà donc toute l'histoire de l'Eglise tracée dans l'Apocalypse, avec ses trois temps ou ses trois états; et ce que je trouve de plus instructif, c'est que saint Jean a été soigneux de nous marquer la suite toujours visible de l'Eglise. Dans la première persécution, rien ne peut faire taire ses deux témoins, c’est-à-dire ou son clergé et son peuple, ou en quelque sorte qu'on le veuille entendre, le témoignage éclatant qu'elle rend à la vérité : et lorsque le monde pense l'avoir fait périr entièrement, loin d'avoir été détruite par les tourmens, comme on pensoit, elle paroit un moment après plus forte et plus glorieuse que jamais. Que si elle étoit contrainte de cacher son culte, ce qui quelquefois la faisoit paroitre au monde qui la haissoit comme entiérement opprimée, elle y: avoit ses pasteurs, comme autrefois les [sraélites durant leur pèlerinage avoient Moise et Aaron, et comme sous Antiochus les Juifs avoient Matliathias et ses enfans. Elle y alloit comme à un lieu préparé de Dieu pour sa retraite, qui lui étoit bien connu et où les persécuteurs savoient bien eux-mêmes qu'elle étoit, puisqu'ils l'y alloient chercher pour la tourmenter davahtage?. Après cet état elle règne ?, et sa gloire est portée jusqu'au ciel durant mille ans, c'est-à-dire durant tout le temps que le monde dure; et si elle est à la fin encore opprimée, elle n'en est pas moins visible, puisque toujours attaquée, elle soutient toutes les attaques‘. Ce n'est pas une troupe d'invisibles dissipés decà et delà sans se connoitre; c'est une cité bien-aimée qui a son gouvernement, c'est un camp: bien ordonné qui a ses chefs*; et lorsque ses ennemis paroissent: en état de l'anéantir par leur grande et redoutable puissance , ils sont eux-mêmes consumés par le feu venu du ciel, où la
1 Voyez chap. xx, vers. 2.— ? Chap. x1. — ? Chap. xir.— ^ Chap. xx, 2, 1.— 5 Jbid., 8. '
ABREGÉ. 604 cité enfin est transportée pour étre éternellement hors de toute atteinte.