‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 100 sur 392 · Ù 5 OU · texte numérisé non relu

Ù 5 OU

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DES MULETS

Yoilà l’ordre ‘ dans lequel la nature nous présente les différents degrés de la fécondité des animaux quadrupèdes. On voit que cette fécondité est d’autant plus petite que l’animal est plus grand. En général, cette même échelle inverse de la fécondité relativement à la grandeur se trouve dans tous les autres ordres de la nature vivante ; les petits oiseaux produisent en plus grand nombre que les grands; il en est de même des poissons, et peut-être aussi des insectes. Mais en ne considérant ici que les animaux quadrupèdes, on voit dans la table qu’il n’y a guère que le cochon qui fasse une exception bien marquée à cette espèce de règle; car il devrait se trouver, par la grandeur de son corps, dans le nombre des animaux qui ne produisent que deux ou trois petits une seule fois par an, au lieu qu’il se trouve être en effet aussi fécond que les petits animaux.

Celte table contient tout ce que nous savons sur la fécondité des animaux dans les espèces pures. Mais la fécondité dans les animaux d’espèces mixtes demande des considérations particulières; celte fécondité est, comme je l’ai dit, toujours moindre que dans les espèces pures. On en verra clairement la raison par une simple supposition. Que l’on supprime, par exemple, tous les mâles dans l’espèce du cheval et toutes les femelles dans celle de l’âne, ou bien tous les mâles dans l’espèce de l’âne, et toutes les femelles dans celle du cheval, il ne naîtra plus que des animaux mixtes, que nous avons appelés mulets et bardots, et ils naîtront en moindre nombre que les chevaux ou les ânes, puisqu’il y a moins de convenances, moins de rapports de nature entre le cheval et l’ânesse ou l’âne et la jument qu’entre l’âne et l’ânesse ou le cheval et la jument. Dans le réel, c’est le nombre des convenances ou des disconvenances qui constitue ou sépare les espèces, et puisque celle de l’âne se trouve de tout temps séparée de celle du cheval, il est clair qu’en mêlant ces deux espèces, soit par les mâles, soit par les femelles, on diminue le nombre des convenances qui constituent l’espèce. Donc les mâles engendreront et les femelles produiront plus difficilement, plus rarement en conséquence de leur mélange ; et même ces espèces mélangées ne produiraient point du tout si leurs disconvenances étaient un peu plus grandes. Les mulets de toute sorte seront donc toujours rares dans l’état de nature, car ce n’est qu’au défaut de sa femelle naturelle qu’un animal de quelque espèce qu’il soit recherchera une autre femelle moins convenable pour lui, et à laquelle il conviendrait moins aussi que son mâle naturel. Et quand même ces deux animaux d’espèces différentes s’approcheraient sans répugnance et se joindraient avec quelque empressement dans les temps du besoin de l’amour, leur produit ne sera ni aussi certain ni aussi fréquent que dans l’espèce pure, où le nombre beaucoup

1. Plusieurs détails de cette table ont besoin d’être rectifiés; j’ai fait cette rectification, dans mes notes précédentes , pour tous les animaux sur la reproduction desquels j’ai pu recueillir do nouveaux renseignements.

DES MULETS

plus grand de ces mêmes convenances fonde les rapports de l’appétit physique et en multiplie toutes les sensations. Or ce produit sera d’autant moins fréquent dans l’espèce mêlée que la fécondité sera moindre dans les deux espèces pures dont on fera le mélange; et le produit ultérieur de ces animaux mixtes provenus des espèces mêlées sera encore beaucoup plus rare que le premier, parce que l’animal mixte, héritier, pour ainsi dire, de la disconvenance de nature qui se trouve entre ses père et mère, et n’étant lui-même d’aucune espèce, n’a parfaite convenance de nature avec aucune. Par exemple, je suis persuadé que le bardot couvrirait en vain sa femelle bardot et qu’il ne résulterait rien de cet accouplement; d’abord par la raison générale que je viens d’exposer, ensuite par la raison particulière du peu de fécondité dans les deux espèces dont cet animal mixte provient , et enfin par la raison encore plus particulière des causes qui empêchent souvent l’ânesse de concevoir avec son mâle, et à plus forte raison avec un mâle d’une autre espèce ; je ne crois donc pas que ces petits mulets provenant du cheval et de l’ânesse puissent produire entre eux, ni qu’ils aient jamais formé lignée, parce qu’ils me paraissent réunir toutes les disconvenances qui doivent amener l’infécondité. Mais je ne prononcerai pas aussi affirmativement sur la nullité du produit de la mule et du mulet, parce que des trois causes d’infécondité que nous venons d’exposer la dernière n’a pas ici tout son effet; car la jument concevant plus facilement que l’ânesse, et l’âne étant plus ardent , plus chaud que le cheval , leur puissance respective de fécondité est plus grande et leur produit moins rare que celui de l’ânesse et du cheval ; par conséquent le mulet sera moins infécond que le bardot; néanmoins je doute beaucoup que le mulet ait jamais engendré avec la mule*, et je présume, d’après les exemples même des mules qui ont mis bas, qu’elles devaient leur imprégnation à l’âne plutôt qu’au mulet. Car on ne doit pas regarder le mulet comme le mâle naturel de la mule, quoique tous deux portent le même non, ou plutôt n’en diffèrent que du masculin au féminin.

Pour me faire mieux entendre, établissons pour un moment un ordre de parenté dans les espèces, comme nous en admettons un dans la parenté des familles. Le cheval et la jument seront frère et sœur d’espèce, et parents au premier degré. Il en est de même de l’âne et de l’ânesse; mais si l’on donne l’âne à la jument, ce sera tout au plus comme son cousin d’espèce, et cette parenté sera déjà du second degré; le mulet qui en résultera, participant par moitié de l’espèce du père et de celle de la mère, ne sera qu’au troisième degré de parenté d’espèce avec l’un et l’autre. Dès lors le mulet et la mule, quoique issus des mêmes père et mère, au lieu d’être frères et sœurs d’espèce ne seront parents qu’au quatrième degré, et par conséquent

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