I . Voyez la note 2 de la page 455 du 11» volume
DES MULETS
produiront plus difficilement entre eux que l’âne et la jument, qui sont parents d’espèce au second degré. Et, par la même raison, le mulet et la mule produiront moins aisément entre eux qu’avec la jument ou avec L’âne, parce que leur parenté d’espèce n’est qu’au troisième degré, tandis qu’entre eux elle est au quatrième ; l’infécondité qui commence à se manifester ici dès le second degré doit être plus marquée au troisième, et si grande au quatrième qu’elle est peut-être absolue.
En général, la parenté d’espèce e&t un de ces mystères profonds de la nature que l’homme ne pourra sonder qu’à force d’expériences aussi réitérées que longues et difficiles. Comment pourra-t-on connaître autrement que par les résultats de l’union mille et mille fois tentée des animaux d’espèce différente, leur degré de parenté? l’âne est-il parent plus proche du cheval que du zèbre'? le loup est-il plus près du chien que le renard ou le chacal^? A quelle distance de l’homme mettrons-nous les grands singes^ qui lui ressemblent si parfaitement par la conformation du corps''? toutes les espèces d’animaux étaient-elles autrefois ce qu’elles sont aujourd’hui? leur nombre n’a-t-il pas augmenté ou plutôt diminué''? les espèces faibles n’ontelles pas été détruites par les plus fortes, ou par la tyrannie de l’homme, dont le nombre est devenu mille fois plus grand que celui d’aucune autre espèce d’animaux puissants? quels rapports pourrions-nous établir entre cette parenté des espèces et une autre parenté mieux connue, qui est celle des dilTéren tes races dans la même espèce? la race, en général, ne provient-elle pas, comme l’espèce mixte, d’une disconvenance à l’espèce pure dans les individus qui ont formé la première souche de la race? il y a peutêtre dans l’espèce du chien telle race si rare qu’elle est plus difficile à procréer que l’espèce mixte provenant de l’âne et de la jument. Combien d’autres questions à faire sur cette seule matière, et qu’il y en a peu que nous puissions résoudre ! que de faits nous seraient nécessaires pour pouvoir prononcer et même conjecturer ! que d’expériences à tenter pour découvrir ces faits, les reconnaître ou même les prévenir par des conjectures fondées! cependant, loin de se décourager, le philosophe doit applaudir à la nature, lors même qu’elle lui paraît avare ou trop mystérieuse, et se féliciter de ce qu’à mesure qu’il lève une partie de son voile elle lui laisse entrevoir une immensité d’autres objets tous dignes de ses recherches. Car ce que nous connaissons déjà doit nous faire juger de ce que nous pourrons connaître; l’esprit humain n’a point de bornes, il s’étend à mesure
I 1. Vâne produit avec le cheval et le zèbre. (Voyez la note 4 de la page 4S5 du II® volume.)
! 2. Le chien produit avec le chacal et le loup , et ne produit point avec le renard. (Voyez la note 2 de la page 456 du 11® volume.)