‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 106 sur 392 · Voyez la page 19C · texte numérisé non relu

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CHIENS-MULETS

que le mâle, qui semblait tenir plus qu’elle des caractères du loup; qu’ensuite on les a transférés en hiver au château de Florennes, qui appartient aussi àM. le marquis de Spontin, qu’ils y ont été bien soignés et sont devenus très-familiers; qu’enfin, le 30 décembre 1775, ces deux animaux se sont accouplés, et que la nuit du 2 au 3 mars la femelle a mis bas quatre jeunes, etc.

Ensuite M. le marquis de Spontin a eu la bonté de m’écrire de Namur, le 21 avril 1776, que dans le désir de me satisfaire pleinement sur les nouveaux procréés de ces animaux métis, il s’est transporté à sa campagne pour observer attentivement les différences qu’ils pouvaient avoir avec leurs père et mère. Ces jeunes sont au nombre de quatre, deux mâles et deux femelles; ces dernières ont les pattes de devant blanches, ainsi que le devant de la gorge, et la queue très-courte, comme leur mère; cela vient de ce que le mâtin qui a couvert la louve n’avait pas plus de queue qu’un chien d’arrêt. L’un des mâles est d’un brun presque noir; il ressemble beaucoup plus à un chien qu’à un loup, quoiqu’il soit le plus sauvage de tous. L’autre mâle n’a rien qui le distingue, et paraît ressembler également au père et à la mère ; les deux mâles ont la queue comme le père. M. le marquis de Spontin ajoute obligeamment : « Si vous vouliez , monsieur, « accepter l’otfre que j’ai l’honneur de vous faire de vous envoyer et faire « conduire chez vous, à mes frais, le père, la mère et deux jeunes, vous « m’obligeriez sensiblement : pour moi, je garderai les deux autres jeunes, « pour voir si l’espèce ne dégénérera pas , et s’ils ne reviendront pas de « vrais loups ou de vrais chiens. »

Par une seconde lettre datée de Namur le 2 juin 1776, M. le marquis de Spontin me fait l’honneur de me remercier de ce que j’ai cité son heureuse expérience dans mon volume de supplément à l’Histoire naturelle des animaux quadrupèdes, et il me mande qu’il se propose de faire la tentative de l’accouplement des chiens et des renards; mais que pour celle du loup et de la chienne, il en redouterait l’entreprise, imaginant que le caractère cruel et féroce du loup le rendrait encore plus dangereux que ne l'avait été la louve. « Le porteur de cette lettre, ajoute M. de Spontin , est « chargé de la conduite des deux chiens de la première génération, et de <( deux de leurs jeunes, entre lesquels j’ai choisi les plus forts et les plus « ressemblants tant au père qu’à la mère, que je vous envoie avec eux. Il « m’en reste donc deux aussi , dont l’un a la queue toute courte comme le ■:( chien l’avait, et sera d’un noir foncé. Il paraît être aussi plus docile et « plus familier que les autres; cependant il conserve encore l’odeur de « loup, puisqu’il n’y a aucun chien qui ne se sauve dès qu’il le sent, ce « que vous pourriez éprouver aussi avec ceux que je vous envoie. Le père

et la mère n’ont jamais mordu personne, et sont même très-caressants; « vous pourrez les faire venir dans votre chambre comme je faisais venir la

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« louve dans la mienne, sans courir le moindre risque. Le voyage pourra « les familiariser encore davantage; j’ai préféré de vous les envoyer, ne « croyant pas qu’ils pussent s’habituer dans un panier, n’ayant jamais été « enfermés ni attachés, etc. »

Ces quatre animaux me sont en effet arrivés au commencement de juin 1776, et je fus obligé d’abord de les faire garder pendant six semaines dans un lieu fermé; mais m’apercevant qu’ils devenaient plus farouches, je les mis en liberté vers la fin de juillet , et je les fis tenir dans mes jardins pendant le jour, et dans une petite écurie pendant la nuit. Ils se sont toujours bien portés, au moyen de la liberté qu’on leur donnait pendant le jour; et après avoir observé pendant tout ce temps leurs habitudes naturelles, j’ai donné à la ménagerie du Roi les deux vieux, c’est-à-dire le mâle et la femelle qui proviennent immédiatement du chien et de la louve, et j’ai gardé les deux jeunes, l’un mâle et l’autre femelle, provenant de ceux que j’ai envoyés à la ménagerie.

Voici l’histoire et la description particulière de chacun de ces quatre animaux.

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