‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 108 sur 392 · DE LA. FEMELLE. PREMIÈRE GÉNÉRATION · texte numérisé non relu

DE LA. FEMELLE. PREMIÈRE GÉNÉRATION

Le naturel de cette femelle nous a paru tout différent de celui du mâle; non-seulement elle n’était pas féroce, mais elle était douce et caressante; elle semblait même agacer les personnes qu’elle aimait, et elle exprimait sa joie par un petit cri de satisfaction. Il était râre qu’elle fût de mauvaise humeur; elle aboyait quelquefois à l’aspect d’un objet inconnu, mais sans donner d’autres signes de colère : son aboiement était encore moins décidé que celui du mâle; le son ressemblait à celui de la voix d’un chien fort enroué. Souvent elle importunait à force d’être caressante; elle était si douce qu’elle ne se défendait même pas des mauvais traitements de son mâle ; elle se roulait et se couchait à ses pieds comme pour demander grâce. Sa physionomie, quoique fort ressemblante à celle de la louve, ne démentait pas ce bon naturel ; elle avait le regard doux, la démarche libre, la taille bien prise, quoique beaucoup au-dessous de celle du mâle, n’ayant que deux pieds neuf pouces depuis le bout du museau jusqu’à l’origine de la queue; sa hauteur était dans la même proportion, n’étant que de vingt et un pouces trois lignes depuis l’épaule jusqu’à l’extrémité du pied.

Elle avait beaucoup de rapport avec sa mère louve par la forme de la tête et la couleur du poil de cette partie; elle avait, comme la louve, le museau épais auprès des yeux, de manière que les angles en étaient beaucoup plus éloignés l’un de l’autre que dans le chien, et même que dans le mâle que nous venons de décrire : elle avait aussi, comme la louve, le front plat, le bout du nez un peu relevé, les orbites des yeux un peu inclinées, les oreilles courtes et toujours droites; mais elle tenait du chien par sa queue qui était courte et émoussée, au lieu que le mâle tenait sa queue de la louve. Elle avait les oreilles droites, larges à la base, et finissant en pointe sans se replier comme celles du mâle; ainsi elle ressemblait encore parfaitement à sa mère par ce caractère : elle était d’une grande légèreté, étant plus haute sur ses jambes à proportion que le mâle. Elle avait aussi les cuisses et les jambes plus fines; elle sautait à une hauteur très-considérable, et aurait aisément franchi un mur de six ou sept pieds; elle avait six mamelons sous le ventre. Au reste elle avait, comme le mâle, le bord

CHIENS-MULETS

des paupières, les lèvres et le bout du nez noirs; l’iris était jaunâtre, le tour des yeux fauve foncé, plus clair au-dessus des paupières supérieures; les joues et les mâchoires blanches : entre les deux yeux étaient des poils bruns qui formaient une pointe sur le sommet de la tête. Le poil du corps était noir, jaspé de gris par le mélange des poils blancs; le noir était plus marqué depuis les épaules jusqu’au croupion, en sorte que dans cet endroit cette femelle était plus noire que le mâle. Les côtés du corps et le cou jusqu’aux oreilles étaient de couleur grisâtre; les poils étaient blancs à la racine et noirs à leur pointe; le derrière des épaules et les faces du cou étaient fauves; le dedans des oreilles, le tour de la lèvre supérieure, toute la mâchoire inférieure, la poitrine, le ventre, le dessous de la queue et le tour de l’anus, étaient plus ou moins blancs, mais ce blanc était moins net et moins apparent que dans le mâle, et il était dans quelques endroits mêlé de jaune pâle ou de gris cendré. Le sommet et les côtés de la tête, le dessus du museau, le dehors des oreilles, la face extérieure des jambes, et le bas des côtés du corps, étaient roussâlres ou jaunâtres; le dedans des jambes était, comme le ventre, presque blanchâtre : elle n’avait pas, comme le mâle, des taches blanches sur les yeux ni sur le cou. Le tour des lèvres, les sourcils, les paupières, les moustaches, le bout du nez et tous les ongles étaient noirs; la queue ressemblait à celle du père chien; elle était toute différente de celle du mâle, qui, comme nous l’avons dit, ressemblait à la queue de la mère louve. Celle de cette femelle était courte, plate et blanche en dessous, couverte en dessus de poils noirs légèrement nuancés d’un peu de fauve, et terminée par des poils noirs.

En comparant la couleur du poil des pieds à celle des ongles dans ces deux individus mâle et femelle, il paraît que la couleur des ongles dépendait beaucoup de la couleur du poil qui les surmontait; je crois même que ce rapport est général et se reconnaît aisément dans la plupart des animaux. Les bœufs, les chevaux, les chiens, etc., qui ont du blanc immédiatement au-dessus de leurs cornes, sabots, ergots, etc., ont aussi du blanc sur ces dernières parties; quelquefois même ce blanc se manifeste par bandes, lorsque les jambes et les pieds sont de différentes couleurs. La peau a de même beaucoup de rapport à la couleur du poil, presque toujours blanche où le poil est blanc, pourvu qu’il le soit dans toute son étendue; car si le poil n’est blanc qu’à la pointe, et qu’il soit rouge ou noir à la racine, la peau est alors plutôt noire ou rousse que blanche.

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