‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 116 sur 392 · SUITE DES CHIENS MÉTIS · texte numérisé non relu

SUITE DES CHIENS MÉTIS

M. Leroy, lieutenant des chasses et inspecteur du parc de Versailles, par sa lettre du 13 juillet 1778, me fait part des observations qu’il a faites sur le chien-loup que je lui avais envoyé. « J’ai, dit-il , à vous rendre compte « des chiens-loups que vous m’avez confiés ; d’abord ils ont produit « ensemble comme ils avaient fait chez vous. J’en ai donné deux à M. le « prince de Condé; M. d’Amezaga doit les avoir suivis, et il pourra vous « dire ce qu’ils ont fait. J’en ai gardé un pour voir s’il deviendrait propre à « quelque usage. Dans son enfance, on l’a laissé libre dans une maison et « dans un grand enclos; il était assez familier avec les gens de la maison, se « nourrissait de tout, mais paraissait préférer la viande crue à tout le reste. « Sa figure ressemblait beaucoup à celle du loup, à la queue près, qui était « plus courte, mais qui était tombante comme celle des loups. Il avait sur- « tout dans la physionomie ce torvus qui appartient particulièrement au « loup. Sa manière de courir et de marcher était absolument semblable à « celle de cet animal. Lorsqu’il était appelé par quelqu’un de ceux avec « lesquels il était le plus familier, il ne venait jamais directement à lui, à « moins qu’il ne fût exactement sous le vent; sans cela, il allait d’abord

CHIENS-MULETS

« prendre le vent, et ne s’approchait qu’après que le témoignage de son nez « avait assuré celui de ses yeux. En tout, il n’avait rien de la gaieté folâtre « de nos jeunes chiens, quoiqu’il jouât quelquefois avec eux; toutes ses « démarches étaient posées et annonçaient de la réflexion et de la méfiance. « Il avait à peine six mois, qu’on fut obligé de l’enchaîner, parce qu’il « commençait à faire une grande destruction de volailles. On avait essayé « de le corriger; mais, outre qu’il n’était ni aisé ni sûr de le saisir, le châ- « liment ne produisait en lui que de l’hypocrisie. Dès qu’il n’était pas « aperçu, son penchant à la rapine agissait dans toute son énergie; parmi « les volailles, il préférait surtout les dindons. Lorsqu’on le tint attaché, sa « férocité ne parut pas s’augmenter par la perte de sa liberté. Il ne devint « pas non plus propre à la garde; il aboyait rarement, ses aboiements « étaient courts et ne marquaient que l’impatience; il grondait seulement « quand il était approché par des inconnus , et la nuit il hurlait souvent. « A l'âge d’un an je l’ai fait mener à la chasse, et comme il paraissait hardi « et tenace, j’ai voulu essayer s’il donnerait sur le sanglier; mais son « audace lui a été funeste, il a succombé à la première épreuve; on l’a lâché « avec d’autres chiens sur un sanglier qu’il a attaqué de front, et qui l’a (( tué tout raide. Voilà l’histoire de cet individu.

« J'ai marié son père, l’un de ceux que vous m’aviez donnés, avec une « jeune louve que nous avions à la ménagerie; comme il était plus fort « quelle, il a commencé par s’en rendre le maître, et quelquefois il la « mordait très-cruellement, apparemment pour l’assujettir. La bonne intel- « ligence s’est ensuite rétablie ; lorsque la louve a eu environ dix-huit « mois, elle est devenue en chaleur, elle a été couverte, et il en est venu « trois petits qui tiennent beaucoup moins du chien que les individus de la «première production; entre autres choses, le poil est pareil à celui du « louveteau. Une chose assez rare, c’est que cette louve étant pleine, et à « un mois près de mettre bas, elle a souffert le mâle; il l’a couverte enpré- « sence d’un des garçons de la ménagerie qui est digne de foi. Il dit qu’ils « sont restés attachés un moment ensemble, mais beaucoup moins longtemps

« que ne restent nos chiens Je fais élever séparément deux de ces lou-

« veteaux, pour voir si l’on pourra en tirer quelque parti pour la chasse; « je les ferai mener de bonne heure en limiers, parce que c’est de cette « seule manière qu’on peut espérer d’eux quelque docilité. Je donnerai le « troisième pour mari à la louve, afin que l’on voie quel degré d’influence « conservera sur la troisième génération la race du grand-père, qui était un U chien. »

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