Voyez la note 3 de la page
S (a). Le prétendu orang-outang , décrit par Tyson, est le chimpanzé. (Voyez la note 1 de la page 2S.) La description, reproduite ici par Buffon, est donc celle du chimpanzé. — Torrs les détails de cette description ne sont pas exacts.
une exaclitude scrupuleuse, et qui nous ont donné les résultats des comparaisons qu’ils ont faites de toutes les parties de son corps avec celui de l’homme. J’ai cru devoir traduire de l’anglais, et présenter ici cet article de leurs ouvrages, afin que tout le monde puisse mieux juger de la ressemblance presque entière de cet animal avec l’homme; j’observerai seulement, pour une plus grande intelligence de cette note, que les Anglais ne
la figure de l’oreille qui ressemble plus à celle de l’homme , à l’exceptiou que la partie cartilagineuse est mince comme dans les singes ; 4» par les doigts qui sont proportionnellement plus gros que ceux des singes; 5° en ce qu’il est à tous égards fait pour marcher debout, au lieu que les singes et les guenons ne sont pas conformés à cette fin; G<> en ce qu’il a des fesses plus grosses que tous les autres singes; 7® en ce qu’il a des mollets aux jambes ; 8® en ce que sa poitrine et ses épaules sont plus larges que celles des singes; 9“ sou talon plus long; 10® en ce qu’il a la membrane adipeuse, placée comme l’homme sous la peau; 11® le péritoine entier et non percé ou allongé , comme il l’est dans les singes ; 12® les intestins plus longs que dans les singes ; 13® le canal des intestins de différent diamètre , comme dans l’homme et non pas égal ou à peu près égal comme il l’est dans les singes; 14® en ce que le cæcum a l’appendice vermiculaire comme dans l’homme , tairdis que cet appendice vermiculaire manque dans tous les autres singes, et aussi en ce que le commencement du colon n’est pas si prolongé qu’il l’est dans les singes ; 15® en ce que l’insertion du conduit biliaire et du conduit pancréatique n’ont qu’un seul orifice commun dans l’homme et l’orang-outang, au lieu que ces insertions sont à deux pouces de distance dans les guenons ; 16® en ce que le colon est plus long que dans les singes ; 17® en ce que le foie n’est pas divisé en lobes comme dans les singes , mais entier et d'une seule pièce comme dans l’homme ; 18® en ce que les vaisseaux biliaires sont les mêmes que dans l’homme ; 19® la rate la même; 20® le pancréas le même; 21® le nombre des lobes du poumon le même ; 22® le péricarde attaché au diaphragme comme dans l’homme et non pas comme il l’est dans les singes ou guenons ; 23® le cône du cœur plus émoussé que dans les singes ; 24® en ce qu’il n’a point d’abajoues ou poches au bas des joues comme les autres singes et guenons ; 25® en ce qu’il a le cerveau beaucoup plus grand que ne l’ont les singes, et dans toutes ses parties exactement conformé comme le cerveau de l’homme ; 26® le crâne plus arrondi et du double plus grand que dans les guenons; 27® toutes les sutures du crâne semblables à celles de l’honune : les os appelés ossa triquetra Wormiana se trouvent dans la suture lamhdo'ide, ce qui n’est pas dans les autres singes ou guenons ; 28® il a l’os cribriforme et le crista gain, ce que les guenons n’ont pas; 29® la selle, sella equina, comme dans l’homme, au lieu que dans les singes et guenons cette partie est plus élevée et plus proéminente ; 30® le processus pterygoides comme dans l’homme, cette partie manque aux singes et guenons ; 31® les os des tempes et les os appelés ossa hregmatis comme dans l’homme ; ces os sont d’une forme différente dans les singes et guenons ; 32® l’os zygomatique , petit , au lieu que dans les singes et guenons cet os est grand ; 33® les dents sont plus semblables à celles de l’homme qu’â celles des autres singes, surtout les canines et les molaires; 34® les apophyses transverses des veitèijres du cou , et les sixième et septième vertèbres ressemblent plus à celles de l’homme qu’à celles des singes et des guenons ; 35® les vertèbres du cou ne sont pas percées comme dans les singes pour laisser passer les nerfs * , elles sont pleines et sans trou dans l’orang-outang comme dans l’homme ; 36® les vertèbres du dos et leurs apophyses sont comme dans l’homme ; et dans les vertèbres du bas, il n’y a que deux apophyses inférieures , au lieu qu’il y en a qiiatre dans les singes; 37® il n'y a que cinq vertèbres lombaires comme dans l’homme, au lieu que dans les guenons il y en a six ou sept; 38® les apophyses épineuses des vertèbres lombaires sont droites comme dans l’homme ; 39® l’os sacrum est composé de cinq vei*tèbres comme dans l’homme , au lieu que dans les singes et guenons il n’est composé que de trois ; 40® le coccyx n’a que quatre os comme dans l’homme, et ces os ne sont pas troués, au lieu que dans les
1. [a] Les vertenres du cou sont percées , non pour laisser passer les nerfs , mais Tartère vertébrale; et , pour le passage de cette artère, elles sont percées dans V homme et l’orang-outang, comme dans les guenons et les singes.
sont pas réduits comme nous à un seul nom pour désigner les singes; ils ont, comme les Grecs, deux noms différents , l’im pour les singes sans queue®, qu'ils appellent ape, et l’autre pour les singes à queue qu’ils appellent tnonketj. J’ai toujours traduit le mot monkey par celui de guenon^ et le mot ape par celui de singe; et ces singes, que Tyson désigne par le mot ape, ne peuvent être que ceux que nous avons appelés le pithèque et
singes et guenons le coccyx est composé d’un plus grand nomtre d’os , et ces os sont troués ; 41“ dans l’orang-outang, il n’y a que sept vraies côtes {costæ veræ), et les extrémités des fausses côtes {nothœ) sont cartilagineuses, et les côtes sont articulées au corps des vertèbres; dans les singes et guenons, il y a huit vraies côtes, et les extrémités des fausses côtes sont osseuses , et leur articulation se trouve placée dans l’interstice entre les vertèbres ; 42“ l’os du sternum dans l’orang-outang est large comme dans l’homme, et non pas étroit coinme dans les guenons; 43“ les os des quatre doigts sont plus gros qu’ils ne le sont dans les singes ; 44“ l’os de la cuisse, soit dans son articulation, soit à tous autres égards, est semblable à celui de l'homme ; 45“ la rotule est ronde et non pas longue, simple et non pas double comme elle l’est dans les singes; 46“ le talon, le tarse et le métatarse de l’orang-outang sont comme ceux de l’homme ; 47“ le doigt du milieu dans le pied n’est pas si long qu’il l’est dans les singes ; 48“ les muscles obliquus înferior capilis , pyrifonnis et biceps femoris sont semblables dans l’orangoutang et dans l’homme, tandis qu’ils sont différents dans les singes et guenons , etc.
L’orang-outang diffère de l’homme plus que des singes ou guenons : 1“ en ce que le pouce est plus petit à proportion que celui de l’homme , quoique cependant il soit plus gros que celui des autres singes ; 2“ en ce que la paume de la main est plus longue et plus étroite que dans l’homme ; 3“ il diffère de l’homme et approche des singes par la longueur des doigts des pieds ; 4“ il diffère de l’homme en ce qu’il a le gros doigt des pieds éloigné à peu près comme un ponce , étant plutôt quadrumane comme les autres singes que quadrupède; 5“ en ce qu’il a les cuisses plus courtes que l’homme ; 6“ les bras plus longs ; 7“ en ce qu’il n’a pas les bourses pendantes ; 8“ en ce qu’il a l’épiploon plus ample que dans l’homme ; 9“ la vésicule du fiel longue et plus étroite ; 10“ les reins plus ronds que dans l’homme et les uretères différents ; 11“ la vessie plus longue ; 12“ en ce qu’il n’a point de frein au prépuce ; 13“ les os de l’orbite de l’œil trop enfoncés ; 14“ en ce qu’il n’a pas les deux cavités au-dessous de la selle du turc ( sella turcica ) comme dans l’homme ; 13“ en ce que les p7-ocessus tyiastoides et slyloïdes sont très-petits et presque nuis; 16“ en ce qu’il a les os du nez plats ; 17“ il diffère de l’homme , en ce que les vertèbres du cou sont courtes comme dans les singes , plates devant et non pas rondes , et que lem’s apophyses épineuses ne sont pas fourchues comme dans l’homme ; 18“ en ce qu’il n’y a point d’apophyse épineuse dans la première vertèbre du cou ; 19“ il diffère de l’homme en ce qu’il a treize côtes de chaque côté, et que l’homme n’en a que douze; 20“ en ce que les os des îles sont parfaitement semblables à ceux des singes, étant plus longs, plus étroits et moins concaves que dans l’homme ; 21“ il diffère de l’homme , en ce que les muscles suivants se trouvent dans le corps humain et manquent dans celui de l’orang-outang, savoir, occipitales, frontales, dilatatores alarum nasi seu elevatores labii superioris , interspinales colü, gluta’i minimi, extensor digitorum pedis brevls et transversalis pedis ; 22“ les muscles qui ne paraissent pas se trouver dans l’orang-outang, et qui se trouvent quelquefois dans l’homme sont ceux qu’on appelle pyramidales , caro musculosa quadrata; le long tendon et le corps charnu du muscle palmaire; les muscles attollens et retrahens auriculam; 23“ les muscles élévateurs des clavicules sont dans l’orang-outang, comme dans les singes et non pas comme dans l’homme ; 24“ les muscles par lesquels l’orang-outang ressemble amx singes et diffère de l’homme sont les svâ\a.i\ts : longus colli , pectoralis , latissimus dorsi, glutæus niaximus et médius , psoas inagnus et parvus, iliacus internus et gastrocnemius hiternus; 25“ il diffère encore de l’honmie par Informe des muscles, deltoïdes , pronator radii teres et extenscr pollicis brevis. Anatomie de l'orang-outang , par Tyson. Londres , 1699, in-4“.
a. « Simiæ dividuntur in caudà carentes quæ simiæ simpliciter dicuntur et caudatas quæ « cercopitheci appellantur; quæ piioris generis sunt, anglicè apes dicuntur; quæ posterioris, « monkeys. » Ray, Syn. quad.,p. 149.
le ma(jot; et il y a même toute apparence que c’est au magot seul qu’on doit rapporter le nom ape ou singe de la comparaison de Tyson. Je dois observer aussi que cet auteur donne quelques caractères de ressemblance et de différence qui ne sont pas assez fondés : j’ai cru devoir faire sur cela quelques remarques; on trouvera peut-être que ce détail est long, mais il me semble qu’on ne peut pas examiner de trop près un être qui, sous la forme de l’homme, n’est cependant qu’un animal.
1” Tyson donne comme un caractère particulier à l’homme et à l’orangoutang, d’avoir le poil des épaules dirigé en bas, et celui des bras dirigé en haut; il est vrai que la plupart des quadrupèdes ont le poil de toutes les parties du corps dirigé en bas ou en arrière, mais cela n’est pas sans exception. Le paresseux et le fourmillier ont le poil des parties antérieures du corps dirigé en arrière, et celui de la croupe et des reins dirigé en avant : ainsi ce caractère n’est pas d’un grand poids dans la comparaison de cet animal à l’homme.
2° J’ai aussi retranché dans ma traduction les quatre premières différences , qui , comme celles-ci , sont trop légères ou mal fondées : la première, c’est la différence de la taille; ce caractère est très-incertain et tout à fait gratuit, puisque l’auteur dit lui-même que son animal était fort jeune; les seconde, troisième et quatrième ne roulent que sur la forme du nez, la quantité du poil et sur d’autres rapports aussi petits. 11 en est de même de plusieurs autres que j’ai retranchées, par exemple, du vingtunième caractère tiré du nombre des dents; il est certain que cet animal et l’homme ont le même nombre de dents, et que s’il n’en avait que vingthuit, comme le dit l’auteur, c’est qu’il était fort jeune, et l’on sait que l'homme dans sa jeunesse n’en a pas davantage.
3“ Le onzième caractère des différences de l’auteur est aussi très-équivoque ; les enfants ont les bourses fort relevées; cet animal, étant fort jeune, ne devait pas les avoir pendantes.
4“ Le quarante-huitième caractère des ressemblances, et les trente, trente-unième, trente-deuxième, trente-troisième et trente-quatrième caractères des différences ne désignant que la présence ou la figure de certains muscles qui, dans l’espèce humaine, varient pour la plupart d’un individu à l’autre, ne doivent pas être considérés comme des caractères essentiels.
5” Toutes les ressemblances et différences tirées de parties trop petites, telles que les apophyses des vertèbres, ou prises de la position de certaines parties, de leur grandeur, de leur grosseur, ne doivent aussi être considérées que comme des caractères accessoires, en sorte que tout le détail de cette table de Tyson peut se réduire aux différences et aux ressemblances essentielles que nous avons indiquées.
6“ Je crois devoir insister sur quelques caractères plus généraux, dont les uns ont été omis par Tyson, et les autres mal indiqués. 1“ L’orang-
outang est le seul ‘ de tous les singes qui n’ait point d’abajoues, c’est-à-dire de poches au bas des Joues; toutes les guenons, tous les babouins, et même le magot et le gibbon ont ces poches, où ils peuvent garder leurs aliments avant de les avaler : l’orang-outang seul a cette partie du dedans de la bouche faite comme l’homme. 2° Le gibbon, le magot, tous les babouins et toutes les guenons, à l’exception du doue, ont les fesses plates et des callosités sur ces parties; l’orang-outang est encore le seul qui ait les fesses renflées et sans callosités^; le doue les a aussi sans callosités^, mais elles sont plates et velues, en sorte qu’à cet égard le doue fait la nuance entre l’orangoutang et les guenons, comme le gibbon et le magot font cette même nuance à l’égard des abajoues, et le magot seul à l’égard des dents canines et de l’allongement du museau. 3° L’orang-outang est le seul qui ait des mollets ou gras de jambes et des fesses charnues ce caractère indique qu’il est de tous le mieux conformé pour marcher debout; seulement, comme les doigts de ses pieds sont fort longs, et que son talon pose plus difficilement à terre que celui de l’homme, il court plus facilement qu’il ne marché, et il aurait besoin de talons artificiels plus élevés que ceux de nos souliers si l’on voulait le faire marcher aisément et longtemps. 4“ Quoique l’orang-outang ait treize côtes ®, et que l’homme n’en ait que douze, cette différence ne l’approche pas plus des babouins ou des guenons qu’elle l’éloigne de l’homme, parce que le nombre des côtes varie dans la plupart de ces espèces, et que les uns de ces animaux en ont douze, d’autres onze et d’autres dix, etc. ; en sorte que les seules différences essentielles entre le corps de cet animal et celui de l’homme se réduisent à deux, savoir, la conformation des os du bassin et la conformation des pieds : ce sont là les seules parties considérables par lesquelles l’orang-outang ressemble plus aux autres singes qu’il ne ressemble à l’homme.
D’après cet exposé, que j’ai fait avec toute l’exactitude dont je suis capable, on voit ce que l’on doit penser de cet animal ; s'il y avait un degré par lequel on pût descendre de la nature humaine à celle des animaux, si l’essence de cette nature consistait en entier dans la forme du corps et dépendait de son organisation, ce singe se trouverait plus près de l’homme que d’aucun animal : assis au second rang des êtres, s’il ne pouvait commander en premier, il ferait au moins sentir aux autres sa supériorité, et s’efforcerait de ne pas obéir ; si l’imitation qui semble copier de si près la pensée en était le vrai signe ou l’un des résultats, ce singe se trouverait
1. V orang-outang (ou plutôt ici le chimpanzé) n’est pas le seul. Ni l’orang-outang , ni le chimpanzé, ni le gorille n’ont d’abajoues.