L’OURS BLANC
l’ours blanc [suite).
Si le dessin de l’ours blanc de mer, qui m’a été envoyé d’Angleterre par feu M.Collinson, est exact, il paraît certain que l’ours de mer est fort dilférent de celui de terre, et qu’on peut le regarder comme formant une espèce particulière*. La tête surtout est si longue, en comparaison de celle de l’ours ordinaire, que ce caractère seul suffirait pour en faire deux espèces distinctes; et les voyageurs ont eu raison de dire que ces ours sont faits tout autrement que les nôtres; qu’ils ont la tête beaucoup plus longue et le cou aussi plus long que les ours de terre; d’ailleurs dans ce dessin de l’ours de mer il paraît que les extrémités des pieds sont fort différentes de celles des pieds de l’ours de terre; celles-ci tiennent quelque chose de la forme de la main humaine, tandis que l’extrémité des pieds de l’ours de mer est faite à peu près comme celle des grands chiens ou des autres animaux carnassiers de ce genre; d’ailleurs il paraît, par quelques relations, qu’il y a de ces ours de mer beaucoup plus grands de corps que nos plus grands ours de terre. Gérard de Veira dit positivement qu’ayant tué un de ces ours , et ayant mesuré la longueur de la peau après l’avoir écorché, elle avait vingttrois pieds de longueur, ce qui serait plus du triple de celle de nos plus grands ours de terre “. On trouve aussi dans le recueil des voyages du Nord que ces ours de mer sont bien plus grands et bien plus féroces que les autres. Mais il est vrai que dans ce même recueil on trouve que, quoique ces ours soient faits tout autrement que les nôtres et qu’ils aient la tête et le cou beaucoup plus longs, le corps plus délié, plus effilé et plus agile, ils sont néanmoins à peu près de la même grandeur que nos ours**.
Tous les voyageurs s'accordent à dire qu’ils diffèrent encore de l’ours commun, en ce qu’ils ont les os de la tête beaucoup plus durs, et si durs en effet que, quelque coup de massue qu’on puisse leur donner, ils ne paraissent point en être étourdis, quoique le coup soit assez fort pour assommer un bœuf, et à plus forte raison un ours ordinaire. Les relateurs conviennent aussi que la voix de ces ours marins ressemble plutôt à l’aboiement d’un chien enroué, qu’au cri ou au gros murmure de l’ours ordinaire. Robert Lade assure qu’aux environs de la rivière de Rupper on tua deux ours de mer d’une prodigieuse grosseur, et que ces animaux affamés et féroces avaient attaqué si furieusement les chasseurs, qu’ils avaient tué plusieurs sauvages et blessé deux Anglais. On trouve, pages 34 et 35 du
a. Trois navigations admirables faites par les Hollandais au septentrion. Paris , 1599 , ' p. 110 et 111.
b. Recueil des voyages du Nord. Rouen, 1716, t. II, p. 115 et suiv.