LE PAPION^V OU BABOUIN PROPREMENT DIT
Dans l’homme la physionomie trompe, et la figure du corps ne décide pas de la forme de l’âme; mais dans les animaux on peut juger du naturel par la mine, et de tout l’intérieur par ce qui paraît au dehors : par exemple, en jetant les yeux sur nos singes et nos babouins, il est aisé de voir que ceux-ci doivent être plus sauvages, plus méchants que les autres; il y a les mêmes différences, les. mêmes nuances dans les mœurs que dans les ligures. L’orang-outang, qui ressemble le plus à l’homme, est le plus intel-
« ne nous aurait pas paru suffisant pour nous garantir de leurs insultes ; comme il nous aurait <( été inutile de les tuer, nous ne finres aucun usage de nos fusils : mais le capitaine s’étant avisé <( d’en coucher en joue im fort gros qui était monté au sommet d’un arhre, après nous avoir « longtemps fatigués à le poursuivre, cette espèce de menace, dont il se souvenait peut-être <( d’avoir vu quelquefois l’exécution sur quelques-uns de ses semblables, lui causa tant de « frayeur, qu’il tomba presque immobile à nos pieds, et dans l’étourdissement de sa chute nous « n’eùmes aucune peine à le prendre; cependant, lorsqu’il fut revenu à lui, nous eûmes « besûn de toute notre adresse et de tous nos efforts pour le conserver, en lui liant étroite- K ment les pattes ; il se défendait encore par ses morsures, ce qui nous mit dans la nécessité « de lui couvrir la tète et de la serrer avec nos mouchoirs. » Voyage traduit de l'anglais, t. I, p. 80 et 81.
a. Papion, mot dérivé de papio, nom de cet animal en latin moderne, et que nous avons adopté pour le distinguer des autres babouins. — Papio. Gessner. Icon. quad., p. 76, fig. ibid. — Nota. 1» Cette figure donnée par Gessner a été copiée par Aldrovande, Quad. digit., p. 260, et par Jonston, Quad., tab. lxi, sub tiomine papio primus. — Nota. 2» Gessner s’est beaucoup trompé en prenant cet animal pour l’hyène. — Sphinx. Simia semicaudata, ore vibrissato, unguibus acuminatis. Linn., Syst. nat., edit. X, p. 25. — Nota. M. Linnæus s’est trompé en donnant des moustaches comme caractère distinctif à cet animal; c’est probablement d’après la figure de Gessner qu’il a pris cet indice, et cette figure pèche en cela, car, dans le réel, le babouin n’a point de moustaches.
’’ Simia sphynx (Linn.). — Le papion (Cuv. ). — Ordre des Quadrumanes ; famille des Singes proprement dits; genre Cynocéphales (Cuv.).
LE PAPION
ligent, le plus grave, le plus docile de tous; le magot, qui commence à s’éloigner de la forme humaine, et qui approche par le museau et par les dents canines de celle des animaux, est brusque, désobéissant et maussade ; et les babouins, qui ne ressemblent plus à l'homme que par les mains, et qui ont une queue, des ongles aigus, de gros museaux, etc., ont l’air de bêtes féroces, et le sont en effet. Celui que j’ai Vu vivant n’était point hideux , et cependant il faisait horreur ; grinçant continuellement les dents, s’agitant, se débattant avec colère, on était obligé de le tenir enfermé dans une cage de fer, dont il remuait si puissamment les barreaux avec ses mains qu’il inspirait de la crainte aux spectateurs; c’est un animal trapu, dont le corps ramassé et les membres nerveux indiquent la force et l'agilité, qui, couvert d’un poil épais et long, paraît encore beaucoup plus gros qu’il n’est, mais qui, dans le réel, est si puissant et si fort qu’il viendrait aisément à bout d’un ou de plusieurs hommes, s’ils n'étaient point armés “ : d’ailleurs, il paraît continuellement excité par cette passion, qui rend furieux les animaux les plus doux ; il est insolemment lubrique, et affecte de se montrer dans cet état, de se toucher, de se satisfaire seul aux yeux de tout le monde; et cette action, l’une des plus honteuses de l’humanité et qu’aucun animal ne se permet, copiée par la main du babouin , rappelle l’idée du vice et rend abominable l’aspect de cette bête, que la nature paraît avoir particulièrement vouée à cette espèce d’impudence; car dans tous les autres animaux, et même dans l’homme, elle a voilé ces parties; dans le babouin, au contraire, elles sont tout à fait nues et d’autant plus évidentes que le corps est couvert de longs poils; il a de même les fesses nues et d’un rouge couleur de sang, les bourses pendantes, l’anus découvert, la queue toujours levée; il semble faire parade de toutes ces nudités, présentant son derrière plus souvent que sa tête, surtout dès qu’il aperçoit des femmes, pour lesquelles il déploie une telle effronterie qu’elle ne peut naître que du désir le plus immodéré Le magot et quelques autres ont bien les mêmes incli-
a. C’est à cette espèce qu’il faut rapporter l’animal appelé tré Iré tré tré à Madagascar i ; il est { dit Flacourt) gros comme un veau de deux ans, il a la tète ronde et une face d’homme, les pieds de devant et de derrière comme un singe, le poil frisotté, la queue courte, les oreilles comme celles de l’homme; il ressemble au tanach décrit par Ambroise Paré : c’est un animal solitaire, les gens du pays en ont grand’pcur. Voyage à Madagascar, p. 151.
h. « Papio, animal ad lihidinem pronum, cùm mulieres videt alacritatem suam ostendit
« Papio quem vidi vivum, ad nutum haud secus, atque caput reliqua animalia, anum vertebat « frequentius populo ostentans. » Gessner. Icon. quad., p. 77. — Il y a aux Philippines des babouins très-lubriques qui ne permettent pas aux femmes de s’éloigner de leurs maisons Voyage de Gemclli-Carreri , t. V, p. 209. — Les babouins n’ont point de poils sur les fesses' elles sont si pleines de cicatrices et d’égratignures qu’il semble n’y avoir pas même de peau ■ ce sont des animaux d’une lasciveté inexprimable. Description du cap de Bonne-Espérance, p.rr Kolbe, t. III, p. ,59. — Papio, animal libidinosum, fœminis facilè vim infert. Linn. Syst. nat., edit. X, p. 25.
1 (n). Le papion n’est point à Madagascar. (Voyez la note de la page 6. )
LE PAPION
nations, mais comme ils sont plus petits et moins pétulants , on les rend modestes à coups de fouet, au lieu que le babouin est non-seulement incorrigible sur cela, mais intraitable à tous autres égards.
Quelque violente que soit la passion de ces animaux, ils ne produisent pas dans les pays tempérés ‘ ; la femelle ne fait ordinairement qu’un petit qu’elle porte entre ses bras et attaché, pour ainsi dire, à sa mamelle ; elle est sujette comme la femme à l’évacuation périodique, et cela lui est commun avec toutes les autres femelles de singes qui ont les fesses nuesj au reste, ces babouins, quoique méchants et féroces, ne sont pas du nombre des animaux carnassiers; ils se nourrissent principalement de fruits, de racines et de grains; ils se réunissent ® et s’entendent pour piller les jardins; ils se jettent les fruits de main en main et par-dessus les murs, et font de grands dégâts dans toutes les terres cultivées.
Caractères distinctifs de cette espèce.
Le papion a des abajoues et de larges callosités sur les fesses, qui sont nues et de couleur de sang; il a la queue arquée et de sept ou huit pouces de long^; les dents canines beaucoup plus longues et plus grosses à proportion que celles de l’homme; le museau très-gros et très-long, les oreilles nues, mais point bordées, le corps massif et ramassé, les membres gros et courts, les parties génitales nues et couleur de chair; le poil long et touffu, d’un brun roussàtre et de couleur assez uniforme sur tout le corps; il marche plus souvent à quatre qu’à deux pieds; il a trois ou quatre pieds de hauteur lorsqu’il est debout; il paraît qu’il y a dans cette espèce des
a. Les babouins aiment passionnément les raisins, les pommes et en général les fruits qui
croissent dans les jardins Leurs dents et leurs griffes les rendent redoutables aux chiens, qui
ne les vainquent qu’avec peine, à moins que quelque excès de raisin ne les ait rendus raides et
engourdis J’ai vu qu’ils ne mangent ni poisson ni viande, si elle n’a été premièrement cuite
et qu’elle ne soit accommodée de la manière dont les hommes la mangent, et qu’ils avalent fort avidement de la viande ou du poisson bien apprêtés Voici la manière dont ils pillent un ver-
ger, mi jardin ou une vigne : ils font pour l’ordinaire ces expéditions en troupes; une partie entre dans l’enclos, tandis qu’une autre partie reste sur la cloison en sentinelle, pour avertir de l’approche de quelque danger; le reste de la troupe est placé au dehors du jardin, à une distance médiocre les uns des autres, et forme ainsi une ligne qui tient depuis l’endroit du pillage jusqu’à celui du rendez-vous ; tout étant ainsi disposé, les babouins commencent le pillage, et jettent à ceux aui sont sur la cloison les melons, les courges, les pommes, les poires, etc., à mesure qu’ils les cueillent; ceux qui sont sur la cloison jettent ces fruits à ceux qui sont au bas, et ainsi de. suite tout le long de la ligne, qui pour l’ordinaire finit sur quelque montagne; ils sont si adroits, et ils ont la vue si prompte et si juste, que rarement ils laissent tomber ces fruits à terre en se les jetant les uns aux autres ; tout cela se fait dans un profond silence et avec beaucoup de promptitude. Lorsque les sentinelles aperçoivent quelqu’un, elles poussent un cri; à ce signal, toute la troupe s’enfuit avec une vitesse étonnante. Description du cap de Bonne-Espérance, par Kolbe, t. III, p. 57 et suiv.