Voyez la note 3 de la page
LE PAPION
races encore plus grandes et d’autres beaucoup plus petites. Le babouin que nous avons fait représenter est de la petite espèce, nous l’avons soigneusement comparé au grand babouin ou papion, et nous n’avons remarqué d’autres différences entre eux que celle de la grandeur, et cette différence ne venait pas de celle de l’âge, car le petit babouin ‘ nous a paru adulte comme le grand. Les femelles sont sujettes, comme les femmes, à un écoulement périodique.
LE MANDRILL.
Ce babouin est d’une laideur désagréable et dégoûtante : indépendamment de son nez tout plat ou plutôt de deux naseaux dont découle continuellement une morve qu’il recueille avec la langue; indépendamment de son très-gros et long museau, de son corps trapu, de ses fesses couleur de sang et de son anus apparent, et placé pour ainsi dire dans les lombes, il a encore la face violette et sillonnée des deux côtés de rides profondes et longitudinales qui en augmentent beaucoup la tristesse et la difformité; il est aussi plus grand et peut-être plus fort que le papion, mais il est en même temps plus tranquille et moins féroce : le mâle et la femelle que nous avons vus vivants, soit qu’ils eussent été mieux éduqués, ou que naturellement ils soient plus doux que le papion , nous ont paru plus traitables et moins impudents sans être moins désagréables.
Cette espèce de babouin se trouve à la côte d’Or et dans les autres pro-
a. Mandrill, nom que les Anglais qui fréquentent la côte de Guinée ont donné à cet animal, et que nous avons adopté. — Espèce singulière , que les blancs de ce pays de Guinée appellent mandrill. Je ne saurais rien dire de l’origine de ce nom, que je n’avais jamais entendu auparavant; ceux même qui le nomment ainsi n’en peuvent indiquer la raison, à moins que ce ne soit à cause de la ressemblance de cet animal avec l’homme , pendant qu’il n’en a point du tout avec le singe. (Man, en anglais, veut dire homme.) Nouveau Voyage de Guinee, par Smith. Paris, 1781, 1. 1, p. 104. — Cercopithecus cynocephalus parte corporis anleriore longis pilis obsita naso violaceo nudo, le magot ou tartarin. Brisson, Règne animal, p. 214. — Nota. Il me parait que M. Brisson s’est trompé : 1® en donnant à ce singe le nom de magot ou de tartarin, qu'il aurait dû appliquer à son singe cynocéphale; 2® en rapportant cet animal au cynocephalus ie Gessner, Icon., fig. p. 93, au cynocephalus secundus ie Jonston, p. 100, tab. LU, et au cynocephalus de Clusius, Exotic, p. 370; car les figures de ces trois auteurs ne ressemblent point au babouin dont il est ici question, qu’il est cependant aisé de distinguer de tous les autres par les sillons longitudinaux qu’il a sur la face, et que M. Brisson indique luimême dans les termes suivants : « Son nez, dit-il, est fort gros, dénué de poils, cannelé selon « sa longueur, et d’une couleur violette. » Or, ces caractères ne conviennent point au cynocéphale de Clusius, de Gessner et de Jonston.
1. Le babouin ou petit papion de Buffon (simia cynocephalus) est une espèce distincte de son grand papion (simia sphynx). — Il a la queue plus courte, le pelage plus verdâtre , etc. (Voyez Cuvier : Règne animal, t. I, p. 97.)
Simia maimon et mormon (Linn.). — Le mandrill (Cuv. ). — Ordre des Quadrumanes ; famille des Singes proprement dits; genre Mandrills (Cuv.).
LE MANDRILL.
vinces méridionales de l’Afrique, où les Nègres l’appellent boggo et les Européens mandrill ;i\ paraît qu’après l’orang-outang c’est le plus grand de tous les singes et de tous les babouins. Smith® raconte qu’on lui fit présent d’une femelle mandrill, qui n’était âgée que de six mois, et qui était déjà aussi grande à cet âge qu’un babouin adulte : il dit aussi que ces mandrills marchent toujours sur deux pieds, qu’ils pleurent et qu’ils gémissent comme des hommes; qu’ils ont une violente passion pour les femmes, et qu’ils ne manquent pas de les attaquer avec succès lorsqu’ils les trouvent à l’écart.
Caractères distinctifs de cette espèce.
Le mandrill a des abajoues et des callosités sur les fesses; il a la queue très-courte, et seulement de deux ou trois pouces de long; les dents canines beaucoup plus grosses et plus longues à proportion que celles de l’homme; le museau très-gros et très-long, et sillonné des deux côtés de rides longitudinales profondes et très-marquées; la face nue et de couleur bleuâtre, les oreilles nues aussi bien que le dedans des mains et des pieds; le poil long, d’un brun roussâtre sur le corps, et gris sur la poitrine et le ventre; il marche sur deux pieds plus souvent que sur quatre; il a quatre ou quatre pieds et demi de hauteur lorsqu’il est debout; il paraît même qu’il y en a d’encore plus grands. Les femelles sont sujettes, comme les femmes, à l’écoulement périodique.
a. Le corps du mandilll , lorsqu’il a pris sa croissance , est aussi gros en circonférence quo celui d’un homme ordinaire ; les jamhes sont beaucoup plus courtes et les pieds plus longs ; les bras et les mains sont dans la même proportion ; la tête est d’une grosseur monstrueuse ; la face large et plate , sans autres poils qu’aux sourcils ; le nez est fort petit, la bouche large et les lèvres sont très-minces; la face, qui est couverte d’une peau blanche, est d’une laideur effroyable et toute ridée ; les dents sont larges et fort jaunes ; les mains sont sans poil ; tout le reste du corps , à l’exception du visage et des mains, est couvert de poil long et noir comme celui de l’ours; ces animaux ne marchent jamais sur les quatre pattes comme les guenons; quand on les tourmente , ils crient précisément comme les enfants ; on prétend que les mâles cherchent souvent à violer les femmes blanches, quand ils les rencontrent seules dans les bois ; ils ont presque toujours le nez morveux, et se plaisent à faire entrer la morve dans la
bouche On me lit présent à Skerbro d’un de ces mandrills : les gens du pays les appellent
booffoc ; c’était une femelle qui n’avait que six mois, mais elle était déjà plus grosse qu’un babouin, etc. Nouveau voyage en Guinée, par Smith, traduit de l’anglais. Paris, 1751,
I, p. 104. — Nota. Dans le même pays, l’on appelle donc boogoc ou boggo et mandrill, l’animal dont il est ici question, et l’on aussi pongo et drill, l’orang-outang; ces
noms se ressemblent, et sont vraisemblablement dérivés les uns des autres; et en effet le pongo et le boggo, ou, si l’on veut, le drill et le mandrill, ont plusieurs caractères communs ; nrais le premier est un singe sans queue et presque sans poil, qui a la face aplatie et ovale, au lieu que le second est un babouin avec une queue , de longs poils, et le museau gros et long. Le mot man, dans les langues allemande, anglaise , etc. , signifie l’homme en général;. et le mot drill , dans le jargon de quelques-unes de nos provinces de France, comme en Bourgogne, signifie un homme vigoureux et libertin : les paysans disent, c’est un bon drill, c’est un. mailre drill.
L’OUANDEROÜ ET LE LOWANDO.
L’OUANDEROU“* Eï LE LOWANDO.^**
Quoique ces deux animaux nous paraissent être d’une seule et même espèce, nous n’avons pas laissé de leur conserver à chacun le nom qu’ils portent dans leur pays natal, à Ceylan, parce qu’ils forment au moins deux races distinctes et constantes ; l’ouanderou a le corps couvert de poils bruns et noirs, avec une large chevelure et une grande barbe blanches; au contraire, le lowando a le corps couvert de poils blanchâtres, avec la chevelure et la barbe noires; il y a encore dans le même pays une troisième race ou variété qui pourrait bien être la tige commune des deux autres, parce qu’elle est d’une couleur uniforme et entièrement blanche, corps, chevelure et barbe : ces trois animaux ne sont pas des singes, mais des babouins; ils en ont tous les caractères, tant pour la figure que pour le naturel ; ils sont farouches et même un peu féroces; ils ont le museau allongé , la queue courte , et sont h peu près de la même grandeur et de la même force que les papions; ils ont seulement le corps moins ramassé, et paraissent plus faibles des parties de l’arrière du corps : celui que nous avons vu nous avait été présenté sous une fausse dénomination , tant pour le nom que pour le climat. Les gens auxquels il appartenait nous dirent qu’il venait du continent de l’Amérique méridionale, et qu’on l’appelait cayouvassou. Je reconnus bientôt que ce mot cayouvassou est un terme brésilien, qui se prononce sajououassou, et qui signifie sapajou, et que par conséquent ce nom avait été mal appliqué , puisque tous les sapajous ont de très-longues queues, au lieu que l’animal dont il est ici question est un babouin à queue très-courte; d’ailleurs, non-seulement cette espèce, mais même aucune espèce de babouin, ne se trouve en Amérique, et par conséquent on s’était aussi trompé sur l’indication du climat; et cela arrive assez ordinairement, surtout à ces montreurs d’ours et de singes, qui, lorsqu’ils ignorent le climat et le nom d’un animal, ne manquent pas de lui appliquer une dénomination étrangère, laquelle, vraie ou fausse, est également bonne pour l’usage qu’ils en font. Au reste, ces babouins-ouanderous, lorsqu’ils ne sont pas domptés, sont si méchants qu’on est obligé de les tenir dans une cage de fer, où souvent ils s’agitent avec fureur; mais lorsqu’on les
a. Ouanderou, ivanderu, nom de cet animal à Ceylan, et que nous avons adopté.
b. Lowando, elwandu, nom de cet animal à Ceylan, et que nous avons adopté. — Nota. i® Il nous parait n’ètre qu’une variété de l’ouanderou. — Nota, 2® Il nous paraît qu’il y a une seconde variété dans ces animaux ; l’ouanderou a le corps noir et la barbe grise , le lowando a le corps gris et la barbe noire, et il y en a d’autres de même espèce qui sont tout blancs , corps et barbe.
* Simia silenus et leonina (Linn,). — Le macaque à crinière (Cuv.). — Ordre des Quadru^ mânes; famille des Smr/es proprement dits ; genre Macaques (Cuv.).
C’est le même animal que Vouanderou.
L’OUANDEROU ET LE LOWANDO.
prend jeunes, on les apprivoise aisément , et ils paraissent même être plus susceptibles d’éducation que les autres babouins : les Indiens se plaisent à les instruire , et ils prétendent que les autres singes, c’est-à-dire les guenons, respectent beaucoup ces babouins, qui ont plus de gravité et plus d’intelligence qu’elles. Dans leur état de liberté", ils sont extrêmement sauvages et se tiennent dans les bois*. Si l’on en croit les voyageurs, ceux qui sont tout blancs sont les plus forts et les plus méchants de tous; ils sont très-ardents pour les femmes , et assez forts pour les violer lorsqu’ils les trouvent seules % et souvent ils les outragent jusqu’à les faire mourir.
Caractères distinctifs de cette espèce.
L’ouanderou a des abajoues et des callosités sur les fesses, la queue de sept ou huit pouces de long, les dents canines plus longues et plus grosses que celles de l’homme, le museau gros et allongé, la tête environnée d’une large crinière et d’une grande barbe de poils rudes, le corps assez long et assez mince par le bas; il y a dans celte espèce des races qui varient par la couleur du poil; les uns ont celui du corps noir et la barbe blanche; les autres ont le poil du corps blanchâtre et la barbe noire. Ils marchent à quatre pieds plus souvent qu’à deux, et ils ont trois pieds ou trois pieds et demi de hauteur lorsqu’ils sont debout. Les femelles sont sujettes à l’écoulement périodique.
a. On trouve au Malabar quatre espèces de singes : la première toute noire , le poil luisant , avec une barbe blanche qui lui ceint le menton, et qui a une palme et plus de longueur ; les autres singes ont tant de respect pour cette espèce, qu’ils s’humilient en sa présence comme s’ils étaient capables de reconnaître en elle quelque supériorité ; les princes et les grands estiment beaucoup ces singes à barbe , qui paraissent avoir plus de gravité et d’intelligence que les autres; on les éduque pour des cérémonies et des jeux, et ils s’en acquittent si parfaitement, que c’est xmc chose admirable. Voyage du P. Vincent Marie, ch. xiii , p. 405, traduit par M. le marquis de Montmirail.
b. A Ccylan, il se trouve des singes aussi grands que nos épagneuls , qui ont le poil gris, le
visage noir avec une grande barbe blanche d’une oreille à l’autre On en voit d’autres de la
même grosseur, mais d’une couleur différente: ils ont le corps, le visage et la barbe d’une blancheur éclatante; cette différence de couleur ne paraissant pas changer l’espèce, on les appelle également ouanderous; ils causent peu de mal aux terres cultivées , et se tiennent ordinairement dans les bois où ils no vivent que de feuilles et de bourgeons , mais quand on les prend,
ils mangent de tout. Pelalion de Knox, t. I, p. 107 et 111 Histoire générale des voyages,
t. VIII, p. 545.
c. Les singes blancs, qui sont quelquefois aussi grands et aussi méchants que les plus gros dogues d’Angleterre , sont plus dangereux que les noirs, ils en veulent principalement aux femmes, et souvent, après leur avoir fait cent outrages, ils finissent parles étrangler. Quelquefois ils viennent jusqu’aux habitations, mais les Macaçarois, qui sont très-jaloux de leurs femmes, n’ont garde de permettre l’entrée de leurs maisons à de si méchants galants : ils les cliassent à coups de bilon. Description de Macaçar, p. 50.
LE MAIMON.
LE MAIMON.
Les singes, les babouins et les guenons forment trois troupes, qui laissent entre elles deux intervalles ; le premier est rempli par le magot, et le second par le maimon ; celui-ci fait la nuance entre les babouins et les guenons, comme le magot la fait entre les singes et les babouins; en effet, le maimon ressemble encore aux babouins par son gros et large museau, par sa queue courte et arquée; mais il en diffère et s’approche des guenons par sa taille qui est fort au-dessous de celle des babouins, et par la douceur de son naturel. M. Edwards nous a donné la figure et la description de cet animal sous la dénomination de singe à queue de cochon; ce caractère particulier suffit pour le faire reconnaître, car il est le seul de tous les babouins et guenons qui ait la queue nue, menue et tournée comme celle du cochon. 11 est à peu près de la grandeur du magot, et ressemble si fort au macaque qu’on pourrait le prendre pour une variété de celte espèce, si sa queue n’était pas tout à fait différente; il a la face nue et basanée, les yeux châtains, les paupières noires, le nez plat, les lèvres minces, avec quelques poils raides, mais trop courts pour faire une moustache apparente. Il n’a pas, comme les singes et les babouins, les bourses à l’extérieur et la verge saillante; le tout est caché sous la peau; aussi le maimon, quoique très-vif et plein de feu, n’a rien de la pétulance impudente des babouins; il est doux, traitable et même caressant; on le trouve à Sumatra , et vraisemblablement dans les autres provinces de l’Inde méridionale; aussi souffre-t-il avec peine le froid de notre climat : celui que nous avons vu à Paris n’a vécu que peu de temps, et M. Edwards dit n’avoir gardé qu’un an à Londres celui qu’il a décrit
Caractères distinctifs de cette espèce.
Le maimon a des abajoues et des callosités sur les fesses, la queue nue, recoquillée et longue de cinq ou six pouces; les dents canines pas plus
a. Maimon, maimonet , nom que l’on a donné dans les derniers siècles aux singes à queue courte , et que nous avons appliqué à celui-ci en attendant qu’on soit informé du nom qu’il porte dans son pays natal, à Sumatra et dans les autres provinces de l’Inde méridionale.
b. Le singe à queue de cochon de l’ile de Sumatra dans la mer des Indes fut apporté en
Angleterre en 1752 Il était extrêmement vif et plein d’action ; il était approchant de la
grosseur d’un chat domestique ordinaire c’était un mâle il a vécu iman entre mes mains ;
je rencontrai une femelle de la même espèce qu’on montrait par curiosité à Londres , elle était la moitié plus grande que mon mâle ; ils parurent fort charmés de se voir ensemhle, quoique ce fût leur première entrevue. Glanures d’Edwards, p. 8 et 9.
* Simia nemestrina (Linn.). — Le maimon (Cuv.). — Ordre des Çnadrwmanes; famille dos Smÿei proprement dits; genre Macaques (Cuv.).
LE MAIMÜN.
longues à proportion que celles de l’homme; le museau très-large, les orbites des yeux fort saillantes au-dessus, la face, les oreilles, les mains et les pieds nus et de couleur de chair; le poil d’un noir olive sur le corps et d’un jaune roussâtre sur le ventre; il marche tantôt sur deux pieds et tantôt sur quatre : il a deux pieds ou deux pieds et demi de hauteur lorsqu’il est debout. La femelle est sujette à l’écoulement périodique.