‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 170 sur 392 · Page 495 du II® volume · texte numérisé non relu

Page 495 du II® volume

ADDITIONS

« qu’ils nous vendirent, les vieux ne voulurent rien manger, mais les jeunes « s’accoutumèrent à nos provisions

« A la Nouvelle-Zélande, disent les mêmes voyageurs, et suivant les rela- « lions des premiers voyages aux îles tropiques de la mer du Sud , les « chiens sont les animaux les plus stupides et les plus tristes du monde; ils « ne paraissent pas avoir plus de sagacité que nos moutons; et comme à « la Nouvelle-Zélande on ne les nourrit que de poisson, et seulement de « végétaux dans les îles de la mer du Sud, ces aliments peuvent avoir coni( tribué à changer leur instinct*’. »

M. Forster ajoute « que la race des chiens des îles de la mer du Sud « ressemble beaucoup aux chiens de berger; mais leur tête est, dit-il, pro- « digieusement grosse; ils ont des yeux d’une petitesse remarquable, des <( oreilles pointues, le poil long, et une queue courte et touffue; ils se nour- « rissent surtout de fruits aux îles de la Société; mais sur les îles basses, « et à la Nouvelle-Zélande, ils ne mangent que du poisson. Leur stupidité « est extrême; ils aboient rarement ou presque jamais, mais ils hurlent de c( temps en temps; ils ont l’odorat très-faible, et ils sont excessivement « paresseux. Les naturels les engraissent pour leur chair, qu’ils aiment «passionnément, et qu’ils préfèrent à celle du cochon; ils fabriquent « d’ailleurs avec leurs poils des ornements; ils en font des franges, des « cuirasses aux îles de la Société, et ils en garnissent leurs vêlements à la « Nouvelle-Zélande'’. »

On trouve également les chiens comme indigènes dans l’Amérique méridionale, où on les a nommés chiens des bois, parce qu’on ne les a pas encore réduits, comme nos chiens, en domesticité constante.

d’un chien turc et gredin.

Je donne encore ici la description d’une petite chienne , âgée de treize ans; elle avait eu pour mère une gredine toute noire, plus grosse que celle-ci, qui n’avait qu’un pied de longueur depuis le bout du nez jusqu’à l’origine de la queue, sept pouces de hauteur aux jambes de devant, et sept pouces neuf lignes au train de derrière. La tête est très-grosse à l’occiput , et forme un enfoncement à la hauteur des yeux ; le museau est court et menu, le dessus du nez noir, ainsi que l’extrémité et les naseaux ; les mâchoires d’un brun noirâtre , le globe des yeux fort gros, l’œil noir et les paupières bien marquées; la tête et le corps d’un gris d’ardoise clair, mêlé de couleur de chair à quelques endroits; les

a. Second Voyaqe de Cook, t. I, page 2S6.

b. Ibidem, page 275.

c. Observations M. Forster à la suite du second Voyage de Cook , t. V, p. 172.

VARIÉTÉS DANS LES CHIENS

oreilles droites et longues de deux pouces dix lignes sur quinze lignes de diamètre à la base ; elles sont lisses et sans poil en dedans, et de couleur de chair, surtout à leur base; elles finissent en une pointe arrondie, et sont couvertes à l’extérieur de poils blanchâtres assez clair -semés. Ces poils sont longs, surtout à la base de l’oreille, où ils ont seize lignes de longueur; et comme tout le tour de l’oreille est garni de longs poils blancs, il semble qu’elle soit bordée d’hermine. Le corps, au contraire, est antérieurement nu, sans aucun poil ni duvet. La peau forme des rides sur le cou, le dos et le ventre, où l’on voit six petites mamelles. Il y a de longs poils en forme de soies blanches autour du cou et de la poitrine, ainsi qu’autour de la tête. Ces poils sont clair-semés sur le cou jusqu’aux épaules, mais ils sont comme collés sur le front et les joues, ce qui rend le tour de la face blanchâtre. La queue, qui a trois pouces onze lignes de longueur, est plus grosse à son origine qu’à son extrémité, et sans poils comme le reste du corps. Les jambes sont de la couleur du corps, nues et sans poil; les ongles sont fort longs, crochus et d’un noir grisâtre en dessus.

Ou voit, que cette petite chienne, née d’une gredine noire et d’un père inconnu, ressemble au chien turc par la nudité et la couleur de son corps. Elle est, à la vérité, un peu plus basse que le chien turc; elle a aussi la tête plus grosse, surtout à l’occiput, ce qui lui donne par cette partie plus de rapport avec le petit danois. Mais ce qui semble former un caractère particulier dans cette petite chienne, ce sont ces grandes oreilles toujours droites qui ont quelques rapports avec les oreilles du rat, ainsi que la queue qui ne se relève pas, et qui est horizontalement droite ou pendante entre les jambes; cependant cette queue n’est point écailleuse comme celle du rat, elle est seulement nue et comme noueuse en quelques endroits. Cette petite chienne ne tenait donc rien de sa mère, excepté le peu de poil aux endroits que nous avons indiqués; et il y a apparence que le père était un chien turc de petite taille. Elle avait l’habitude de tirer la langue et de la laisser pendante hors de sa gueule souvent de plus d’un pouce et demi de longueur, et l’on nous assura que celte habitude lui était naturelle, et qu’elle tirait ainsi la langue dès le temps de sa naissance. Au reste, sa mère n’avait produit de cette portée qu’un chien mort assez gros, et ensuite cette petite chienne si singulière qu’on ne peut la rapporter à aucune des races connues dans l’espèce du chien.

Page 1