‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 198 sur 392 · CHAT SAUVAGE DE LA N O ÜVEL LE - E S P A G N E · texte numérisé non relu

CHAT SAUVAGE DE LA N O ÜVEL LE - E S P A G N E

On m’a envoyé d’Espagne un dessin colorié d’un chat tigre ou chat des bois, avec la notice suivante.

« Chat tigre, chat des bois, ou chat sauvage de la Nouvelle-Espagne : sa « hauteur est de près de trois pieds, sa longueur, depuis le bout du nez «jusqu’à la naissance delà queue, de plus de quatre pieds; il a les yeux « petits et la queue assez courte; le poil d’un gris cendré bleuâtre, mou- « cheté de noirâtre. Ce poil est assez rude pour qu’on en puisse faire des « pinceaux à pointe fixe et ferme. »

Ce chat tigre, ou chat des bois de la Nouvelle-Espagne, me paraît être le même que le serval.

DU LYNX ET DU CARACAL

Nous donnons ici la description d’un lynx de Canada* qui est au cabinet du Roi : il n’a que deux pieds trois pouces de long, depuis le bout du nez jusqu’à l’extrémité du corps, qui n’est élevée que de douze à treize pouces; le corps est couvert de longs poils grisâtres, mêlés de poils blancs , moucheté et rayé de fauve, les taches plus ou moins noires, la tête grisâtre, mêlée de poils blancs et de fauve clair, et comme rayée de noir en quelques endroits. Le bout du nez est noir ainsi que le bord de la mâchoire inférieure; les poils des moustaches sont blancs, longs d’environ trois pouces; les oreilles ont deux pouces trois lignes de hauteur, et sont garnies de grands poils blancs en dedans, et de poils un peu fauves sur les

* Felis mexicana (Desm.). — Espèce douteuse.

’* Voyez les nomenclatures des pages 78 et 84 du Ille volume.

1. Felis canadensis [Geoiï.). — Felis borealis (Temm.). — Le lynx du Canada (Cuv.).

DU LYNX ET DU CARACAL

rebords; le dessus des oreilles est couvert de poil gris-de-souris, et les bords extérieurs sont noirs ; à l’extrémité des oreilles, il y a de grands poils noirs qui se réunissent et forment un pinceau très-menu de sept lignes de hauteur; la queue, qui est grosse, courte et bien fournie de poils, n’a que trois pouces neuf lignes de longueur; elle est noire depuis l’extrémité jusqu’à moitié, et ensuite d’un blanc roussâtre. Le dessous du ventre, les jambes de derrière, l’intérieur des jambes de devant et les pattes, sont d’un blanc sale; les ongles sont blancs et ont six lignes de longueur. Ce lynx a beaucoup de ressemblance, par les taches et par la nature de son poil, avec celui qui est décrit t. III, p. 78 ; mais il en diffère par la longueur de la queue et par les pinceaux qu’il a sur les oreilles; on peut donc regarder cet animal du Canada comme une variété assez distincte du lynx ou loupcervier de l’ancien continent. On pourrait même dire qu’il s’approche un peu de l’espèce du caracal par les pinceaux de poils qu’il a sur les oreilles; néanmoins il en diffère, encore plus que du lynx, par la longueur de la queue et par les couleurs du poil. D’ailleurs, les caracals ne se trouvent que dans les climats les plus chauds, au lieu que les lynx ou loups-cerviers préfèrent les pays froids. Le pinceau de poils au bout des oreilles, qui paraît faire un caractère distinctif, parce qu’il est fort apparent , n’est cependant qu’une chose accidentelle et qui se trouve dans les animaux de cette espèce et même dans les chats domestiques et sauvages. Nous en avons donné un exemple dans l’addition à l’article du chat. Ainsi nous persistons à croire que le lynx ou loup-cervier d’Amérique ne doit être regardé que comme une variété du loup-cervier d’Europe.

Le lynx deNorwége, décrit par Pontoppidan, est blanc ou d’un gris clair semé de taches foncées. Ses griffes, ainsi que celles des autres lynx, sont comme celles des chats; il voûte son dos et saute, comme eux, avec beaucoup de vitesse sur sa proie. Lorsqu’il est attaqué par un chien , il se renverse sur le dos et se défend avec ses griffes, au point de le rebuter bien vite. Cet auteur ajoute qu’il y en a quatre espèces en Norwége, que les uns approchent de la figure du loup, les autres de celle du renard, d’autres de celle du chat, et enfin d’autres qui ont la tête formée comme celle d’un poulain : ce dernier fait, que je crois faux, me fait douter des précédents. L’auteur ajoute des choses plus probables.

« Le loup-cervier, dit-il, ne court pas les champs, il se cache dans les « bois et dans les cavernes; il fait sa retraite tortueuse et profonde, et on « l’en fait sortir par le feu et la fumée. Sa vue est perçante, il voit de très- « loin sa proie; il ne mange souvent d’une brebis ou d’une chèvre que la « cervelle, le foie et les intestins, et il creuse la terre sous les portes poui « entrer dans les bergeries »

a. Histoire naturelle de la Norwége, par Pontoppidan. Journal étranger ,ivLmi1ï>Q.

ADDITIONS

L’espèce en est répandue non-seulement en Europe, mais dans toutes les provinces du nord de l’Asie. On l’appelle chulon ou chelason en Tartarie". Les peaux en sont fort estimées, et quoiqu’elles soient assez communes, elles se vendent également cher en Norwége, en Russie, et jusqu’à la Chine, où l’on en fait un grand usage pour des manchons et d’autres fourrures.

Un fait qui prouve encore que les pinceaux au-dessus des oreilles ne font pas un caractère fixe, par lequel on doive séparer les espèces dans ces animaux, c’est qu’il existe dans cette partie du royaume d’Alger, qu’on appelle Constantine, une espèce de caracaU sans pinceaux au bout des oreilles, et qui par là ressemble au lynx, mais qui a la queue plus longue; son poil est d’une couleur roussâtre avec des raies longitudinales, noires depuis le cou jusqu’à la queue, et des taches séparées sur les flancs, posées dans la même direction, une demi-ceinture noire au-dessus des jambes de devant, et nne bande de poil rude sur les quatre jambes, qui s’étend depuis l’extrémité du pied jusqu’au-dessus du tarse, et ce poil est retroussé en haut au lieu de se diriger en bas comme le poil de tout le reste du corps \ J’ai dit, à l’article du caracal, que le mot gal-el-challak , signifiait chat aux oreilles noires. M. le chevalier Bruce m’a assuré qu’il signifiait chat du désert; il a vu dans la partie de la Nubie, qu’on appelait autrefois l’île de Méroé, un caracal qui a quelque dilférence avec celui de Barbarie. Le caracal du Nubie a la face plus ronde, les oreilles noires en dehors, mais semées de quelques poils argentés ; il n’a pas la croix de mulet sur le garrot comme l’ont la plupart des caracals de Barbarie. Sur la poitrine, le ventre et l’intérieur des cuisses il y a de petites taches fauves claires et non pas brunes-noirâtres comme dans le caracal de Barbarie. Ces petites différences ne sont que de légères variétés dont on peut encore augmenter le nombre, car il se trouve même en Barbarie, ou plutôt dans la Libye, aux environs de l’ancienne Capsa, un caracal à oreilles blanches, tandis que les autres les ont noires. Ces caracals à oreilles blanches ont aussi des pinceaux, mais courts, minces et noirs. Ils ont la queue blanche à l’extrémité et ceinte de quatre anneaux noirs, et quatre guêtres noires derrière les quatre jambes, comme celui de Nubie; ils sont aussi beaucoup plus petits que les autres caracals, n’étant guère que de la grosseur d’un grand chat domestique; les oreilles, qui sont fort blanches en dedans, et garnies d’un poil fort touffu, sont d’un roux vif en dehors'. Si cette différence dans la grandeur était constante, on pourrait dire qu’il y a deux espèces de caracals qui se trou-

a. Histoire générale des voyages , t. VI, page G02.

h. Note coiïimimiquée par M. le chevalier Bruce , à M. de Buffoii.

c. Note communiquée par M. le chevalier Bruce , à M. de Buffon.

1. Ou distingue aujourd’hui trois variétés dans l’espèce du caracal : le caracal d'Alger, celui de Nubie et celui du Bengale. — Le caracal d’Alger manque quelquefois de pinceaux.

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DU LYNX ET DU CARACAL. 315

vent egalement en Barbarie, l’une grande à oreilles noires et longs pinceaux, et l’autre beaucoup plus petite à oreilles blanches et à très-petits pinceaux. Il paraît aussi que ces animaux, qui varient si fort par les oreilles, varient également par la forme et la longueur de la queue, et par la hauteur des jambes; car M. Edwards nous a envoyé la figure d’un caracal de Bengale, dont la queue et les jambes sont bien plus longues que dans le caracal ordinaire.

DU UYNX * [suite).

Nous donnons ici la description d’un lynx du Mississipi, dont les oreilles sont encore plus dépourvues de pinceaux que celles du lynx du Canada, et dont la queue moins grosse et moins touffue, et le poil d’une couleur plus claire, semblent le rapprocher davantage du lynx ou loup-cervier d’Europe; mais je suis persuadé que ces trois animaux, dont l’un est de l’Europe et les deux autres de l’Amérique septentrionale, ne forment néanmoins qu’une seule et même espèce. On avait envoyé celui-ci à feu M. l’abbé Aubry, curé de Saint-Louis, sous le nom de chat-tigre du Mississipi; mais il ne faut que le comparer avec le lynx dont nous avons donné la description page 78 du IIP volume et avec le lynx du Canada dont il est question dans l’article précédent, pour reconnaître évidemment qu’il ne fait qu’une variété dans l’espèce du lynx , quoiqu’il n’ait point de pinceaux et que la queue soit fort petite.

Il a, du nez à l’origine de la queue, deux pieds cinq pouces de longueur ; la queue est fort courte, n’ayant que trois pouces trois lignes, au lieu que celle du lynx d’Europe a six pouces six lignes : celle du lynx du Canada est beaucoup plus grosse et plus fournie; mais elle est tout aussi courte que celle du lynx du Mississipi, dont la robe est aussi de couleur plus uniforme et moins variée de taches que dans le lynx de l’Europe et dans celui du Canada; mais ces légères différences n’empêchent pas qu’on ne doive regarder ces trois animaux comme de simples variétés d’une seule et même espèce L

DU MAUGAY. **

Nous devons rapporter à l’article du margay le chat-tigre de Cayenne, dont M. de la Borde parle dans les termes suivants ;

« La peau du chat-tigre est, comme celle de l’once, fort tachetée; il est

* Felis montana , selon Desmarets.

1. Le lynx d’Europe [felis lynx) , celui du Canada, et celui de montagne, sont regardés aujourd'hui comme trois espèces distinctes.

** Voyez la nomenclature de la page 477 du lll® volume.

ADDITIONS

« un peu moins gros que le renard, mais il en a toutes les inclinations. On « le trouve communément à Cayenne dans les bois. Il détruit beaucoup de (( gibier, tels que les agoutis, acouchis, perdrix, faisans et autres oiseaux « qu’il prend dans leurs nids quand ils sont jeunes. Il est fort leste pour « grimper sur les arbres, où il se tient caché. Il ne court pas vite, et tou- « jours en sautant. Son air, sa marche, sa manière de se coucher, res- « semblent parfaitement à celles du chat. J’en ai vu plusieurs dans les « maisons de Cayenne qu’on tenait enchaînés; ils se laissaient un peu tou- « cher sur le dos, mais il leur reste toujours dans la figure un air féroce; « on ne leur donnait pour nourriture que du poisson et de la viande cuite « ou crue; tout autre aliment leur répugne. Ils produisent en toutes sai- « sons, soit l’été, soit l’iiiver, et font deux petits à la fois dans des creux « d’arbres pourris. »

Il y a un autre chat-tigre*, ou plutôt une espèce de chat sauvage à la Caroline, duquel feu M. Collinson m’a envoyé la notice suivante :

«Le mâle était de la grandeur d’un chat commun; il avait dix-neuf « pouces anglais du nez à la queue, qui était de quatre pouces de long, et «avait huit anneaux blancs, comme le mococo. La couleur était d’un brun « clair, mêlé de poils gris; mais ce qu’il avait de plus remarquable sont « les raies noires, assez larges, placées en forme de rayons tout le long de « son corps, sur les côtés , depuis la tête jusqu’à la queue. Le ventre est «d’une couleur claire avec des taches noires; les jambes sont minces, « tachetées de noir ; ses oreilles avaient une large ouverture, elles étaient « couvertes de poils fins. Il avait deux larges taches noires très-remar- « quables sous les yeux, de chaque côté du nez; et de la partie la plus « basse de cette tache, joignant à la lèvre, il part un bouquet de poils raides « et noirs. La femelle est de taille plus mince, elle était toute gris roussâtre, « sans aucune tache sur le dos : seulement une tache noire sur le ventre, « qui était blanc sale ®. »

DU JAGUAR ou DU LÉOTARD. *

Le dessin d’un animal de l’espèce des léopards ou des jaguars nous a été envoyé par feu M. Collinson, mais sans nom et sans aucune notice. Et comme nous ignorons s’il appartient à l’ancien ou au nouveau continent, et qu’en même temps il diffère de fonce et du léopard par la forme

a. Lettre de M. Collinson à M. de Buffon, 23 décembre 1706.

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