DU CHAT
« plein jour, c’est dans le fort de la chaleur, et surtout lors de la proxi- « mité des orages. »
M. de Leslrée, négociant de Châlons en Champagne, qui faisait coucher souvent des chats avec lui, a remarqué :
« 1° Que dans le temps que ces animaux font une espèce de ronflement, « lorsqu’ils sont tranquilles ou qu’ils semblent dormir, ils font quelquefois « une inspiration un peu longue, et aussitôt une forte expiration, et que « dans ce moment ils exhalent par la bouche une odeur qui ressemble « beaucoup à l’odeur du musc ou de la fouine;
« 2° Quand ils aperçoivent quelque chose qui les surprend , comme un « chien ou un autre objet qui les frappe inopinément, ils font une sorte de « sifflement faux qui répand encore la même odeur. Celte remarque n’est « pas particulière aux mâles, car j’ai fait la même observation sur des « chattes comme sur des chats de différentes couleurs et de différents « âges. »
De ces faits, M. de Lestrée semblerait croire que le chat aurait dans la poitrine ou l’estomac quelques vésicules remplies d’une odeur parfumée qui se répand au dehors par la bouche; mais l’anatomie ne nous démontre rien de semblable.
Nous avons dit, volume II, page 503, qu’il y avait à la Chine des chats à oreilles pendantes; cette variété ne se trouve nulle part ailleurs, et fait peut-être une espèce différente de celle du chat, car îes voyageurs parlant d’un animal appelé sumxu, qui est tout à fait domestique à la Chine, disent qu'on ne peut mieux le comparer qu’au chat, avec lequel il a beaucoup de rapport. Sa couleur est noire ou jaune, et son poil extrêmement luisant. Les Chinois mettent à ces animaux des colliers d’argent au cou, et les rendent extrêmement familiers. Comme ils ne sont pas communs , on les achète fort cher, tant à cause de leur beauté, que parce qu’ils font aux rats la plus cruelle guerre “.
11 y a aussi à Madagascar des chats sauvages rendus domestiques, dont la plupart ont la queue tortillée : on les appelle saca; mais ces chats sauvages sont de la même espèce que les chats domestiques de ce pays, car ils s’accouplent et produisent ensemble
Une autre variété que nous avons observée, c’est que dans notre climat il naît quelquefois des chats avec des pinceaux à l’extrémité des oreilles. M. de Sève, que j’ai déjà plusieurs fois cité, m’écrit (16 novembre 1773) qu’il est né dans sa maison, à Paris , une petite chatte de la race que nous avons appelée chat d'Espagne, avec des pinceaux au bout des oreilles, quoique le père et la mère eussent les oreilles comme tous les autres chats, c’est-à-dire sans pinceaux; et quelques mois après, les pinceaux de cette
a. Journal des Savants, t. Ier iu-40^ page 261.
b. Voyage de Flacourt , page 152.
ADDITIONS
jeune chatte étaient aussi grands, à proportion de sa taille, que ceux du lynx de Canada.
On m’a envoyé récemment de Cayenne la peau d’un animal qui ressemble beaucoup à celle de notre chat sauvage. On appelle cet animal haïra dans la Guiane, où l’on en mange la chair, qui est blanche et de bon goût : cela seul suffit pour faire présumer que le haïra, quoique fort ressemblant au chat, est néanmoins d’une espèce différente; mais il se peut que le nom haïra soit mal appliqué ici, car je présume que ce nom est le même que taira, et il n’appartient pas à un chat, mais à une petite fouine dont nous avons parlé page 285.