LE PHILANDRE DE SURINAM
Cet animal est du même climat et d’une espèce voisine de celles du sarigue, de la marmose, du cayopollin et du phalanger. Sibylle Mérian est le premier auteur qui en ail donné la figure avec une courte indication Ensuite Séba a donné pour la femelle la figure même de Mérian , et pour le mâle une nouvelle figure avec une espèce de description ; cet animal, dit-il, a les yeux très-brillants et environnés d’un cercle de poil brun foncé; le corps couvert d’un poil doux, ou plutôt d’une espèce de laine d’un jaune roux ou rouge, clair sur le dos; le front, le museau, le ventre et les pieds sont d’un jaune blanchâtre ; les oreilles sont nues et assez raides ; il y a de longs poils en forme de moustaches sur la lèvre supérieure et aussi au-dessus des yeux ; ses dents sont, comme celles du loir, pointues et piquantes ; sur la queue, qui est nue et d’une couleur pâle, il y a dans le mâle des taches d’un rouge obscur qui ne se remarquent pas sur la queue de la femelle; les pieds ressemblent aux mains d’un singe : ceux de devant ont les quatre doigts et le pouce garnis d’ongles courts et obtus, au lieu que, des cinq doigts des pieds de derrière, il n’y a que le pouce qui ait un ongle plat et obtus, les quatre autres sont armés de petits ongles aigus. Les petits de ces animaux ont un grognement assez semblable à celui d’un petit cochon de lait. Les mamelles de la mère ressemblent à celles de la marmose. Séba remarque avec raison que, dans la figure donnée par Mérian, les pieds et les doigts sont mal représentés \ Ces pliilandres produisent cinq ou six petits, ils ont la queue très-longue et prenante comme celle des sapajous; les petits montent sur le dos de leur mère et s’y tiennent en accrochant leur queue à la sienne; dans cette situation, qui leur est familière, elle les porte et transporte avec autant de sûreté que de légèreté.
a. « Hic genus gliris sylvcsti’is depictum est qui catulos quorum vulgo quinque vel sex una V l'œtura enitiluv in dorso sccum portai; ex flavo fusci coloris, at subucula ejus alba est : cùm a aiitra exeunt alimenti causa, à catulis circum curruntur qui jam saturi vel inolestias suspi- « cantes , illico matris dorsum ascendant, et caudas suas parentum caudis invol vunt, qui illos « statiin in antra apportant. » Mar. Sibyl. Mérian. Insect. Surinam. Amst., p. 66 fig. tab. lxvi.
b. Séba. Volume I, page 49, tab. xxi, fig. 4.
* Didelphis caijopollin, did. philander et did. dorsigera (Linn.). — Voyez la nomenclature de la page 171 du 111“ volume.
DE LA MARMOSE.
DE LA MARMOSE.*
On sait qu’en général les sarigues, marmoses et cayopolins portent également leurs petits dans une poche sous le ventre, et que ces petits sont attachés à la mamelle longtemps avant d’avoir pris leur accroissement entier; ce fait, l’un des plus singuliers de la nature, me faisait désirer des éclaircissements au sujet de la génération de ces animaux, qui ne naissent pas à terme comme les autres. Yoici ce que M. Roume de Saint-Laurent m’en a écrit en m’envoyant le catalogue du Cabinet d’histoire naturelle qu’il a fait à l’île de la Grenade :
« Des personnes dignes de croyance , dit M. de Saint-Laurent, m’ont « assuré avoir trouvé des femelles de manicou (marmose), dont les petits « n’étaient point encore formés; on voyait au bout des mamelons de petites « bosses claires dans lesquelles on trouvait l’embryon ébauché : tout extra- « ordinaire que ce fait doive paraître, je ne puis le révoquer en doute, et «je vais ajouter ici la dissection que je fis d’un de ces animaux en 1767, « qui peut donner quelques lumières sur la façon dont la génération s’ef- « fectue dans cette espèce.
« La mère avait dans son sac sept petits, au bout d’autant de mamelons, « auxquels ils étaient fortement fixés, sans qu’ils y adhérassent; ils avaient « environ trois lignes de longueur, et une ligne et demie de grosseur; la « tête était fort grosse à proportion du corps , dont la partie antérieure « était plus formée que la postérieure; la queue était moins avancée que «tout le reste; ces petits n’avaient point de poil; leur peau, très-fine, « paraissait sanguinolente; les yeux ne se distinguaient que par deux petits « filets en cercles ; les cornes de la matrice étaient gonflées, fort longues, « formant un tour et se portant ensuite vers les ovaires; elles contenaient « un mucus blanc, épais et parsemé de globules d’air nombreux; l’extré- « mité des cornes se terminait par des filets gros comme de forts crins , « d'une substance à peu près semblable à celle des trompes de Fallope, « mais plus blanche et plus solide; on suivait ces filets jusque dans le corps « glanduleux des mamelles, où ils aboutissaient chacun à des mamelons, « sans que l’on put en distinguer la fin, parce qu’elle se confondait dans la « substance des mamelles; ces filets paraissaient être creux et remplis du « même mucus qui était contenu dans les cornes : peut-être les petits « embryons, produits dans la matrice, passent-ils dans ces canaux pour se « rendre aux mamelons contenus dans le sac. »
Cette observation de M. de Saint-Laurent mérite assurément beaucoup d’attention; mais elle nous paraît si singulière qu’il serait bon de la répéter
‘Voyez la nomenclature de la page 170 du III« volume.
ADDITIONS
plus d’une fois et de s’assurer de cette marche très-extraordinaire des fœtus, et de leur passage immédiat de la matrice aux mamelles, et du temps où se fait ce passage après la conception ; il faudrait pour cela élever et nourrir un certain nombre de ces animaux, et disséquer les femelles peu de temps après leur avoir donné le mâle à un jour, deux jours, trois jours, quatre jours après l’accouplement ; on pourrait saisir le progrès de leur développement, et reconnaître le temps et la manière dont ils passent réellement de la matrice aux mamelles qui sont renfermées dans la poche de la mère
LE TOTJAN.
Un petit animal nous a été envoyé de Cayenne par M. de la Borde, sous le nom de touan; nous ne pouvons en rapporter l’espèce qu’au genre de la belette. Dans la courte notice que M. de la Borde nous a laissée de cet animal, il est dit seulement qu’il était adulte, qu’il se tient dans les troncs d’arbres, et qu’il se nourrit de vers et d’insectes. La femelle produit deux petits qu’elle porte sur le dos.
Ce touan adulte n’a que cinq pouces neuf lignes de longueur, depuis le bout du museau jusqu’à l’origine de la queue; il est plus petit que la belette d’Europe qui a communément six pouces six lignes de long, mais il lui ressemble par la forme de la tête et par celle de son corps allongé sur de petites jambes, et il en diffère par les couleurs du poil : la tête n’a qu’un pouce de longueur; la queue a deux pouces trois lignes, au lieu que la queue de notre belette d’Europe n’est longue que de quinze lignes, et n’est pas comme celle du touan, grosse et épaisse h sa naissance et très-mince à son extrémité. Le touan a cinq doigts armés d’ongles à chaque pied : le dessus du museau, de la tête et du corps jusque auprès de la queue, est couvert d’un poil noirâtre; les flancs du corps sont d’un roux vif, le dessous du cou et du corps entier d’un beau blanc; les côtés de la tête, ainsi que le dessus des quatre jambes, sont d’un roux moins vif que celui des flancs. La queue est couverte, depuis son origine jusqu’à un tiers de sa longueur, d’un poil semblable à celui qui couvre les jambes, et dans le reste de la longueur, elle est sans poil; l’intérieur des jambes est blanc comme le dessous du corps : tout le poil de ce petit animal est doux au toucher.
1 , Voyez les notes 1 et 2 de la page 166 du llle volume.
* Didelphis brachyura (Pall.). — Didelphis tricolor (Geoff.),