LE TAGUAN OU GRAND ECUREUIL VOLANT
Mahé,mais aux îles Philippines, et vraisemblablement dans plusieurs antres endroits des Indes méridionales; celui-ci a été pris dans les terres voisines delà côte du Malabar; c’est un géant en comparaison du polatouche de Russie et même de celui d’Amérique ; car communément ceux-ci n’ont que quatre pouces et demi ou cinq pouces tout au plus. Néanmoins le taguan ressemble pour la forme au polatouche dont il a les principaux caractères, tel que le prolongement de la peau qui est tout à fait conforme; mais comme il en diffère excessivement par la grandeur et assez évidemment par d’autres caractères que je vais indiquer, on doit en faire une espèce séparée de celle du polatouche, et c’est par cette raison que nous l’avons indiqué par le nom de taguan qu’il porte aux îles Philippines, selon le témoignage de quelques voyageurs.
Le taguan diffère donc du polatouche : 1° par la grandeur, ayant vingttrois pouces de long, tandis que le polatouche n’en a pas cinq; 2“ par la queue qui a près de vingt-un pouces, tandis que celle du polatouche n’a guère que trois pouces et demi; d’ailleurs la queue n’est point aplatie comme celle du polatouche, mais de forme ronde, assez semblable à celle du chat, et couverte de longs poils bru ns-noirâtres; 3" il paraît que les yeux et les oreilles de ce grand écureuil volant sont placés et enfoncés comme ceux du polatouche, et que les moustaches noires sont relativement les mêmes ; mais la tête de ce grand écureuil volant est moins grosse à proportion du corps que celle du polatouche; i° la face est toute noire; les côtés de la tête et des joues sont mêlés de poils noirâtres et de poils blancs; le dessus du nez et le tour des yeux sont couverts des mêmes poils noirs , roux et blancs; derrière les oreilles sont de grands poils brun-musc ou minime qui couvrent les côtés du cou, ce qui ne se voit point sur le polatouche. Le dessus de la tête et de tout le corps, jusque auprès de la queue, est jaspé de poils noirs et blancs où le noir domine, car le poil blanc est noirâtre à son origine, et ne devient blanc qu’à un tiers de distance de son extrémité. Le dessous du corps est d’un blanc gris terne, et cette couleur s’étend jusque sous le ventre; 5<> le prolongement de la peau est couvert au-dessus de poils d’un brun musc , et en dessous de poils cendrés et jaunâtres : les jambes sont d’un roux noir qui se réunit au-dessus delà queue, et rend la partie supérieure de la queue brune; cette nuance de brun augmente imperceptiblement jusqu’au noir, qui est la couleur de l’extrémité de la queue; 6" les pieds de ce grand écureuil volant ont le même nombre de doigts que ceux du polatouche, mais ces doigts sont couverts de poils noirs, tandis que ceux du polatouche le sont de poils blancs. Les ongles sont courbes et assez minces , et leur empâtement est large et crochu à l’extrémité, comme dans les chats; ces rapports et celui de la ressemblance de la queue ont fait donner à cet animal la dénomination de chat volant par ceux qui l’avaient apporté. Au reste, le plus grand ongle des pieds de devant
ADDITIONS
avait cinq lignes et demie de longueur, et le plus grand ongle des pieds de derrière cinq lignes seulement, quoiqu’il soit d’une forme plus allongée que ceux de devant.
Nous avons donné à eet animal le nom de taguan, en conséquence d’un passage ;ue nous avons trouvé dans les voyageurs, et que je dois rapporter ici :
« Les îles Philippines sont le seul endroit où l’on voit une espèce de « chat volant de la grandeur des lièvres et de la couleur des renards , aux- « quels les insulaires donnent le nom de taguan. Ils ont des ailes comme « les chauves-souris, mais couvertes de poil, dont ils se servent pour sauter « d’un arbre sur l’autre, à la distance de trente palmes®. »
Après avoir rédigé cet article, l’ouvrage de M. Wosmaër, qui contient la description de quelques animaux quadrupèdes et de quelques oiseaux, m’est tombé entre les mains; j’y ai vu avec plaisir la description de ee grand écureuil volant, et quelques notices au sujet du polatouche, ou petit écureuil volant.
M. Wosmaër dit qu’il a vu deux petits polatouches vivants, mais qu’ils n’ont pas vécu longtemps à la ménagerie de S. A. S. Ms' le prince d’Orange.
« Ils dormaient, dit-il, presque toute la journée; quand on les poussait « vivement, ils faisaient bien un petit saut comme pour voler, mais ils s’es- « quivaient d’abord avec frayeur, car ils sont peureux; ils aiment beaucoup « la chaleur, et si on les découvrait, ils se fourraient au plus vite sous de « la laine qu’on leur donnait pour se coucher; leur nourriture était du pain « trempé, des fruits, etc., qu’ils mangeaient, de la même façon que les « écureuils, avec leurs pattes de devant et assis sur leur derrière. A l’apte proche de la nuit on les voyait plus en mouvement : la différence du « climat inilue certainement beaucoup dans le changement de nature de « ces petits animaux , qui paraissent fort délicats ^ »
Ce que je viens de citer, d’après M. Wosmaër, est très-conforme à ce que j’ai vu moi-même sur plusieurs de ces petits animaux; j’en ai encore actuellement un ( 17 mars 1775) vivant dans une cage, au fond de laquelle est une petite cabane faite exprès; il se tient tout le jour fourré dans du coton, et n’en sort guère que le soir pour prendre sa nourriture; il a un très-petit cri, comme une souris, qu’il ne fait entendre que quand on le force à sortir de son coton ; il mord même assez serré, quoique ses dents soient très-petites; son poil est de la plus grande finesse au toucher; on a de la peine à lui faire étendre ses membranes, il faut pour cela le jucher haut et l’obliger à tomber, sans quoi il ne les développe pas. Ce qu’il y a de plus singulier dans cet animal, c’est qu’il paraît extrêmement frileux, et je ne conçois pas comment il peut se garantir du froid pendant l’iiiver dans
a. Histoire générale des voyages, t. X, p. 410.
b. Description d’un écureuil volant, par M. Wosmaër, p. 9. Amsterdam, 1767.