‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 221 sur 392 · DE LA MARMOTTE · texte numérisé non relu

DE LA MARMOTTE

Un dessin de l’animal que nous avons indiqué sous le nom de monax, marmotte de Canada, nous a été envoyé par M. Collinson, mais sans aucune description. Cette espèce de marmotte me paraît différer des autres

* Arctomys monax (Gmel.). — Le monax ou marmotle du Canada (Cuv.). — Voyez la note 2 de la page 638 du IR volume, et la note 3 de la page 455 du IIR.

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marmottes en ce qu’elle n’a que quatre doigts aux pieds de devant, tandis que la marmotte des Alpes et le bobak , ou marmotte de Pologne , en ont cinq, comme aux pieds de derrière. Il y a aussi quelque différence dans la forme de la tête, qui est beaucoup moins couverte de poil. La queue est plus longue et moins fournie dans le monax que dans notre marmotte : en sorte qu’on doit regarder cet animal du Canada comme une espèce voisine , plutôt que comme une simple variété de la marmotte des Alpes. Je présume qu’on peut rapporter à cette espèce l’animal dont parle le baron de la Hontan “, et qu’il nomme siffleur ; il dit qu’il se trouve dans les pays septentrionaux du Canada , qu’il approche du lièvre pour la grosseur, mais qu’il est plus court de corps; que la peau en est fort estimée, et qu’on ne recherche cet animal que pour cela, parce que la chair n’en est pas bonne à manger ; il ajoute que les Canadiens appellent ces animaux siffleurs, parce qu’ils sifflent en effet à l’entrée de leurs tanières lorsque le temps est beau. Il dit avoir entendu lui-même ce sifflet à diverses reprises. On sait que nos marmottes des Alpes sifflent de même et d’un ton très-aigu.

LE SOUSLIK. *

On trouve à Casan et dans les provinces qu’arrose le Volga, et jusque dans l’Autriche, un petit animal appelé souslik en langue russe, dont on fait d’assez jolies fourrures; il ressemble beaucoup au campagnol par la figure, et il a comme lui la queue courte; mais ce qui le distingue du campagnol et de tous les autres rats, c’est que sa robe, qui est d’un gris fauve, est semée partout de petites taches d’un blanc vif et lustré; ces petites taches n’ont guère qu’une ligne de diamètre, et sont à deux ou trois lignes de distance les unes des autres ; elles sont plus apparentes et mieux terminées sur les lombes de l’animal que sur les épaules et la tête. M. Pennant*, gentilhomme anglais, très-versé dans l’histoire naturelle, et qui connaît très-bien les animaux, a eu la bonté de me donner un de ces sousliks qu’on lui avait envoyé d’Autriche comme un animal inconnu des naturalistes, et qui n’avait point de nom dans ce pays; je le reconnus pour être le même que celui dont j’avais une fourrure, et dont M. Sanchez' m’avait fourni la notice suivante : « Les rats que l’on appelle sousliks se prennent en grand

a. Voyage du baron de la Hontan, 1. 1 , page 95.

b. Thomas Pennant, Esq. at Downing in Fliutshire.

c. R. Sanchez , ci-devant premier médecin à la cour de Russie.

* Mus citillus (Linn.). — Arctomys citillus (Desm.) . — Le souslik ou zizel (Guv.). — Voyez la note 1 de la page 450 du IIP volume.

LE SOUSLIK.

« nombre sur les barques chargées de sel dans la rivière de Kama , qui « descend de Solikamskie, où sont les salines, et vient tomber dans le Volga, «au-dessus de la ville de Casan, au confluent de Teluschin ; le Volga, « depuis Simbuski jusqu’à Somtof, est couvert de ces bateaux de sel, et « c’est dans les terres voisines de ces rivières, aussi bien que sur les « bateaux, qu’on prend ces animaux. On leur a donné le nom de souslik, « qui veut dire friand, parce qu’ils sont très-avides de sel. »

DU SOUSLIK [suite).

M. le prince Galitzin a eu la bonté de demander, à la prière de M. de Buffon, huit souliks, et de donner tous les ordres nécessaires pour les faire arriver vivants jusqu’en France ; il s’adressa pour cela à M. le général Belzki, qui les envoya à M. le marquis de Beausset, alors ambassadeur de France à la cour de Pétersbourg. Ces huit petits animaux arrivèrent vivants à Pétersbourg après un long voyage depuis la Sibérie , mais ils ont péri dans la traversée depuis Pétersbourg en France , quoiqu’on eût eu les plus grandes attentions, tant pour leur nourriture que pour les autres soins nécessaires à leur conservation. On avait recommandé de Sibérie de ne leur donner à manger que du blé ou du chènevis, de les laisser à l’air autant qu’on pourrait, d’empêcher seulement que l’eau des grandes pluies ne les inondât dans leur caisse ; de leur mettre dans cette même caisse une forte épaisseur de sable assez lié pour ne pouvoir s’ébouler, parce que dans leur état de nature ils font leurs trous dans les terres légères.

Ces animaux habitent ordinairement les déserts, se font des tanières sur les pentes des montagnes, pourvu que le fond de la terre soit noir. Leurs tanières ne sont pas égales en profondeur, elles sont de sept ou huit pieds de longueur, jamais droites, mais tortueuses, ayant deux, trois, quatre et cinq sorties; leur distance est aussi inégale, ayant depuis deux jusqu’à sept pieds de séparation. Ils pratiquent dans ces tanières différents endroits où, en temps d’été, ils font leurs provisions pour l’hiver. Dans les terres labourées ils ramassent, pendant le temps de la moisson , les épis de froment, de même que la graine des pois, du lin et du chanvre, qu’ils mettent séparément l’un de l’autre dans les endroits préparés exprès et d’avance à l’intérieur de leurs tanières. Dans les endroits incultes, ils ramassent des graines de différentes herbes. En été ils se nourrissent de grains, d’herbes, de racines et de jeunes souris; pour peu qu’elles soient grosses, le souslik ne peut en faire sa proie. Indépendamment des magasins où ces animaux gardent leurs provisions d’hiver, ils se pratiquent encore dans leurs tanières des endroits pour reposer, et qui en sont distants de quelques pieds;

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ils rejettent leurs ordures hors de leurs retraites. Les femelles portent depuis deux jusqu’à cinq petits ; ils naissent aveugles et sans poil, et ne commencent à voir que quand le poil paraît. On ne sait pas au juste le temps de la gestation des femelles.

LE ZIZEL. *

Quelques auteurs , et entre autres M. Linnæus, ont douté si le zizel ou ziesel'^ [citillus), était un animal différent du hamster [cricetus] : il est vrai qu’ils se ressemblent à plusieurs égards, et qu’ils sont à peu près du même pays^; mais ils diffèrent néanmoins par un assez grand nombre de caractères, pour que nous soyons convaincus qu’ils sont d’espèces réellement différentes. Le zizel est plus petit que le hamster, il a le corps long et menu comme la belette, au lieu que le hamster a le corps assez gros et ramassé comme le rat; il n’a point d’oreilles extérieures, mais seulement des trous auditifs cachés sous le poil; le hamster, à la vérité, a les oreilles courtes, mais elles sont très-apparentes et fort larges. Le zizel est d’un gris plus ou moins cendré et d’une couleur uniforme; le hamster est marqué de chaque côté sur l’avant du corps de trois grandes taches blanches ; ces différences, jointes à ce que ces deux animaux, quoique habitants des mêmes terres, ne se mêlent pas, et que les espèces subsistent séparées, suffisent pour qu’on ne puisse douter que ce soient en effet deux espèces dilférentes, et, quoiqu’ils se ressemblent, en ce qu’ils ont tous deux la queue courte, les jambes basses, les dents semblables à celles des rats, et les mêmes habitudes naturelles, comme celle de se creuser des retraites, d’y faire des magasins, de dévaster les blés, etc. D’ailleurs, ce qui n’aurait dû laisser aucun doute à des naturalistes un peu instruits, quand même ils n’auraient pas vu ces deux animaux, c’est qu’Agricola, auteur exact et judicieux, dans son petit traité sur les animaux souterrains, donne la description de l’un et de l’autre, et

a. « Mus noricus, quem citillum appellant, iu terræ cavernis habitat : ei corpus ut mustelæ « (lomesticæ longum et tenue, cauda admodum brevis, color pilis ut cuniculorum quorumdain « pilis, cinereus, sed obscurior. Sicut talpa caret auribus sed non caret foraminibus quibus « sonum ut avis recipit. Dentes habet mûris dentium similes ; ex liujus etiam pellibus quan- « quam non sint preciosæ vestes soient confici. » Georg. Agricolæ De animantibus subterraneis Brasil., 15G1 , p. 488.

Citellus, Mus noricus Agricolæ ein Zeisel. Schwenfeld, Theriotropheum Silesiæ. Lignicii , 1604, page 86.

3Ius noricus vel citellus, Gessner. Ilist. quad., page 737.

b. Le hamster se trouve en Misnie, en Thuringe, dans le pays d’Hanovre. Le zizel, en Hongrie, en Autriche et en Pologne, où on l’appelle suset.

* Le meme animal qire le souslilc.

LE ZIZEL.

les distingue si clairement qu’il n’est pas possible de les confondre®. Ainsi nous pouvons donner pour certain que le hamster et le zizel sont deux animaux différents, et peut-être d’espèces aussi éloignées que celle de la belette l’est de celle du rat.

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