DES SOURIS ET DES RATS
« àQ Hardenver, dans le diocèse de BergJien, et d’autres dans le diocèse « à'Aggerhum où l’on ne voit point de rats, quoiqu’il y en ait sur le bord « méridional de la rivière de Vormen, et que lorsqu’ils sont transportés de (.( l’autre côté, c’est-à-dire à la partie boréale de cette rivière, ils y périssent « en peu de temps; ditFérence qu’on ne peut attribuer qu’à des exhalaisons c( du sol contraires à ces animaux. »
Ces faits peuvent être vrais, mais nous avons souvent reconnu que Pontoppidan n’est pas un auteur qui mérite foi entière.
Dans les observations que M. le vicomte de Querhoënt a ou la bonté lie me communiquer, il dit : que les rats , transportés d’Europe à l’île de France par les vaisseaux, s’y étaient multipliés au point qu’on prétend qu’ils firent quitter File aux Hollandais; les Français en ont diminué le nombre, quoiqu’il y en ait encore une très-grande quantité. Depuis quelque temps, ajoute M. de Querhoënt, un rat de l’Inde commence à s’y établir; il a une odeur de musc des plus fortes , qui se répand aux environs des lieux qu’il habite, et l’on croit que lorsqu’il passe dans un endroit où il y a du vin, il le fait aigrir “.Il me paraît que ce rat de l’Inde, qui répand une odeur de musc, pourrait être le même rat que les Portugais ont appelé chéroso ou rat odoriférant. La Boullaye-le-Gouz en a parlé : « Il est, dit-il, extrêmement petit, « il est à peu près de la figure d’un furet, sa morsure est venimeuse; quand « il entre dans une chambre on le sent incontinent, et on l’entend crier « kric, kric, kric Ce même rat se trouve aussi à Maduré, où on le nomme rat de senteur ; les voyageurs hollandais en ont fait mention ; ils disent qu’il a le poil aussi fin que la taupe, mais seulement un peu moins noir®.
DES RATS ET DES SOURIS [sUite).
L’espèce du rat paraît exister dans toutes les contrées habitées ou fréquentées par les hommes; car, suivant le récit des voyageurs , elle a été trouvée et reconnue partout, et même dans les pays nouvellement découverts. M. Forster dit que le rat « se trouve dans les îles de la mer du Sud «et dans les terres de la Nouvelle-Zélande; qu’îl y en a une prodigieuse « quantité aux îles de la Société, et surtout à Taïti, où ils vivent des restes « d’aliments que les naturels laissent dans leurs huttes, des fleurs et des « casses de Yerythrina cor allô dendrwn, de bananes et d’autres fruits, et, à « ce défaut, d’excréments de toute sorte : leur hardiesse A^a jusqu’à mordre « quelquefois les pieds des naturels endormis. Ils sont beaucoup plus rares
a. Note communiquée par M. le vicomte de Querlioëut, àM. deBuffon.
U. Voyage de la Boullaye-le-Gouz , p. 256.
c. Recueil des voyages qui ont servi à l’établissement de la Compagnie des Indes orientales ^ t. VII, page 275,
ADDITIONS
« aux Marquises et aux îles des Amis, et on les voit rarement aux Nouvelles- « Hébrides »
Il est assez singulier qu’on ait trouvé les espèces de nos rats dans ces îles et terres de la mer du Sud, tandis que, dans toute l’étendue du continent de l’Amérique, ces mêmes espèces ne se sont pas trouvées, et que tous les rats qui existent actuellement dans ce nouveau continent y sont arrivés avec nos vaisseaux.
Suivant M. dePagès^,il y a dans les déserts d’Arabie une espèce de rat trèsdifférente de toutes celtes que nous connaissons : « Leurs yeux, dit-il, sont « vifs et grands J leurs moustaches, leur museau et le haut du front sont a blancs, ainsi que le ventre, les pattes et le bout de la queue; le reste du « corps est jaune et d’un poil assez long et très-propre; la queue est médio- « crement longue, mais elle est grosse, de couleur jaune comme le corps, « et terminée de blanc. Mes compagnons arabes mangeaient ces rats, après « les avoir tués à coups de bâton qu’ils lancent avec beaucoup d’adresse « sur le chemin du quadrupède ou de l’oiseau qu’ils veulent attraper, w
LE RAT PERCHAL. *
Ce rat, dont M. Sonnerat nous a apporté la peau sous la dénomination de rat perchai, est plus gros que nos rats ordinaires.
Pieds. Pouces. Lignes*
Sa longueur est (’e 13 2
Longueur de la tète , du bout du nez à l’occiput - » 3 5
Elle est plus allongée que celle de nos rats; les oreilles nues, sans poil, sont de la forme et de la couleur de celles de tous les rats. Les jambes sont courtes, et le pied de derrière est très-grand en comparaison de celui de devant, puisqu’il a, du talon au bout des ongles, deux pouces, et que celui de devant n’a que dix lignes du poignet à l’extrémité des ongles. La queue, qui est semblable en tout à celle de nos rats, est moins longue en proportion, quoiqu’elle n’ait que huit pouces trois lignes de longueur.
Le poil est de couleur d’un brun musc foncé sur la partie supérieure de la tête, du cou, des épaules, du dos, jusqu’à la croupe et sur la partie supérieure des flancs; le reste du corps a une couleur grise plus claire sous le ventre et le cou.
a. Voyez le Second voyage de Cook, t. V, p. 170.
b. Voyage autour du monde , manuscrit , par M. de Pages.
* Mus perchai (Linn.). — Rat perchai de Buffon (Cuv.).
LE RAT PERCHAL.
Les moustaches sont noires, et longues de deux pouces six lignes; la queue est écailleuse, comme par anneaux ; sa couleur est d’un brun grisâtre.
Les poils sur le corps ont de longueur onze lignes, et sur la croupe deux pouces; ils sont gris à leur racine et bruns dans leur longueur jusqu’à l’extrémité; ils sont mélangés d’autres poils gris en plus grande quantité sous le ventre et les flancs.
Ce rat est très-commun dans l’Inde, et l’espèce en est nombreuse; il habite dans les maisons de Pondichéry comme le rat ordinaire dans les nôtres, et les habitants de cette ville le trouvent bon à manger.