DU HAMSTER OU RAT DE BLÉ
On trouve, dans la Gazette de Littérature du 13 septembre 1774, un extrait des observations faites sur le hamster, et tirées d’un ouvrage allemand deM. Sulzer, que j’ai cru devoir donner ici.
« Le rat de blé, en allemand hamster, ne pouvait être mieux décrit ni « plus commodément qu’à Gotha, où dans une seule année on en a livré « onze mille cinq cent soixante-quatorze peaux à l’hôtel de ville ; dans une « une autre cinquante-quatre mille quatre cent vingt-neuf, et une troisième « fois quatre-vingt mille cent trente-neuf. Cet animal habite en général les « pays tempérés; quand il est irrité, le cœur lui bat jusqu’à cent quatre- « vingts fois par minute; le poids du cerveau est à celui de tout le corps « comme 1 est à 1 93.
« Ces rats se font des magasins où ils placent jusqu’à douze livres de « grains. En hiver la femelle s’enfonce fort avant dans la terre. Cet animal « est courageux, il se défend contre les chiens, contre les chats, contre les « hommes : il est naturellement querelleur, ne s’accorde pas avec son « espèce, et tue quelquefois dans sa furie sa propre famille. Il dévore ses « semblables lorsqu’ils sont plus faibles, aussi bien que les souris et les « oiseaux, et il vit avec cela de toutes sortes d’herbes, de fruits et de grains. « Il boit peu, la femelle sort plus tard que le male de sa retraite d’hiver; « elle porte quatre semaines et fait jusqu’à six petits. Il ne faut que quel- « ques mois pour que les petites femelles deviennent fécondes. L’espèce de « rat qu’on nomme iltis ® tue le hamster.
« Quand l’animal est dans son engourdissement, on n’y observe ni respi- « ration ni aucune sorte de sentiment. Le cœur bat néanmoins environ « quinze fois par minute, comme on s’en aperçoit en ouvrant la poitrine;
a. L’iltis désigne le putois et non pas un rat, comme le dit ici l’auteur. ♦ Voyez la nomenclature de la page 452 du Ill« volume.
ADDITIONS
« le sang demeure fluide, les intestins immobiles ne sont pas irritables; le « coup électrique même ne réveille pas l’animal, tout est froid en lui : au « grand air il ne s’engourdit Jamais. » M. Sulzer rapporte par quels degrés il passe pour sortir de son engourdissement.
« Cet animal n’a guère d’autre utilité que celle de détruire les souris; « mais il fait bien plus de mal qu’elles “. »
Nous eussions désiré que M. Sulzer eût indiqué précisément le degré de froid ou de manque d’air auquel ces animaux s’engourdissent, car nous répétons ici affirmativement ce que nous avons dit : que dans une chambre sans feu où il gelait assez fort pour y glacer l’eau, un hamster, qui y était dans une cage, ne s’engourdit pas pendant l’hiver 1763. On va voir la pleine confirmation de ce fait dans les additions que M. Allamand a fait imprimer à la suile de mon ouvrage et que je viens de recevoir.
LE HAMSTER*' [suité).
« Le hamster est un quadrupède du genre des souris, qui passe l’hiver à « dormir, comme les marmottes. Il a les Jambes basses, le cou court , la « tête un peu grosse, la bouche garnie de moustaches des deux côtés, les « oreilles grandes et presque sans poil, la queue courte et à demi nue, les « yeux ronds et sortant de la tête, le poil mêlé de roux, de Jaune, de blanc « et de noir ; tout cela ne lui donne pas la figure fort revenante. Ses mœurs « ne le rendent pas plus recommandable. Il n’aime que son propre indi- « vidu, et n’a pas une seule qualité sociable. Il attaque et dévore tous les « autres animaux dont il peut se rendre maître, sans excepter ceux de sa « propre race. L’instinct même qui le porte vers l’autre sexe ne dure que « quelques Jours, au bout desquels sa femelle n’éprouverait pas un meil- « leur sort, si elle ne prenait pas la précaution d’éviter la rencontre de « son ingrat, ou de le prévenir et de le tuer la première. A ces qualités « odieuses la nature a néanmoins su en allier d’autres qui, sans rendre cet « animal plus aimable, lui font mériter une place distinguée dans l’histoire « naturelle des animaux. Il est du petit nombre de ceux qui passent l’hiver « dans un état d’engourdissement, et le seul en Europe qui soit pourvu de « bajoues. Son adresse à se pratiquer une demeure sous terre, et l’industrie « avec laquelle il fait ses provisions d’hiver, ne méritent pas moins l’atten- « tion des curieux.
« Le hamster n’habite pas indifféremment dans toutes sortes de climats « ou de terrains. On ne le trouve ni dans les pays trop chauds, ni dans les « pays trop froids. Comme il vit de grains et qu’il demeure sous terre, une
a. Observations sur le rat de blé, par M. Sulzer. Gazette de Littérature, 13 septembre 1774. h. Cet article est d’un auteur anonyme, et se trouve t. XIII, p. 69 de l’Histoire naturelle, édition de Hollande.
LE HAMSTER
« terre pierreuse, sablonneuse, argileuse, lui convient aussi peu que les « prés, les forêts et les endroits bourbeux. Il lui faut un terroir aisé à creu- « ser, qui néanmoins soit assez ferme pour ne point s’écrouler. Il choisit « encore des contrées fertiles en toutes sortes de graines, pour n’être pas « obligé de chercher sa nourriture au loin , étant peu propre à faire de « longues courses. Les terres de Thuringe réunissant toutes ces qua- « lités , les hamsters s’y trouvent en plus grand nombre que partout « ailleurs,
« Le terrier que le hamster se creuse à trois ou quatre pieds sous terre « consiste, pour l’ordinaire, en plus ou moins de chambres, selon l’âge de « l’animal qui l’habite. La principale est tapissée de paille et sert de loge- « ment, les autres sont destinées pour y conserver les provisions , qu’il « ramasse en grande quantité dans le temps des moissons. Chaque terrier « a deux trous ou ouvertures , dont celle par laquelle l’animal est arrivé « sous terre descend obliquement. L’autre, qui a été pratiquée du dedans « en dehors, est perpendiculaire et sert pour entrer et sortir,
« Les terriers des femelles, qui ne demeurent jamais avec les mâles, dif- « fèrent des autres en plusieurs points. Dans ceux où elles mettent bas, on « voit rarement plus qu’une chambre de provision, parce que le peu de « temps que les petits demeurent avec la mère n’exige pas qu’elle amasse « beaucoup de nourriture ; mais au lieu d’un seul trou perpendiculaire, « il y en a jusqu’à sept ou huit qui servent à donner une entrée et une «sortie libre aux petits. Quelquefois la mère, ayant chassé ses petits, « reste dans ce terrier; mais pour l’ordinaire elle s’en pratique un autre, « qu’elle remplit d’autant de provisions que la saison lui permet d’en « ramasser.
« Les hamsters s’accouplent la première fois vers la fin du mois d’avril , « où les mâles se rendent dans les terriers des femelles, avec lesquelles ils « ne restent cependant que peu de jours. S’il arrive que deux mâles , cher- « chant femelle, se rencontrent dans le même trou, il s’élève un combat « furieux entre eux, qui pour l’ordinaire finit par la mort du plus faible, « Le vainqueur s’empare de sa femelle, et l’un et l’autre, qui dans tout « autre temps se persécutent et s’entre-tuent, déposent leur férocité natu- « relie pendant le peu de jours que durent leurs amours. Ils se défendent « même réciproquement contre les agresseurs. Quand on ouvre un terrier « dans ce temps-là, et que la femelle s’aperçoit qu’on veut lui enlever son « mari, elle s’élance sur le ravisseur, et lui fait souvent sentir la fureur de « sa vengeance par des morsures profondes et douloureuses.
« Les femelles mettent bas deux ou trois fois par an. Leur portée n’est «jamais au-dessous de six, et le plus souvent de seize à dix-huit petits. Le « cru de ces animaux est fort prompt. A l’âge de quinze jours ils essaient « déjà à creuser la terre : peu après la mère les oblige de sortir du terrier.
ADDITIONS
<i (le sorte qu’à l’âge d’environ trois semaines ils sont abandonnés à leur « propre conduite. Cette mère montre en général fort peu de tendresse « maternelle pour ses petits; elle qui, dans le temps de ses amours, défend « si courageusement son mari , ne connaît que la fuite quand sa famille est (( menacée d’un danger : son unique soin est de pourvoir à sa propre contt servation. Dans cette vue, dès qu’elle se sent poursuivie, elle s’enfonce tt en creusant plus avant dans la terre, ce qu’elle exécute avec une célérité tt surprenante. Les petits ont beau la suivre, elle est sourde à leurs cris, « et elle bouche même la retraite qu’elle s’est pratiquée.
« Le hamster se nourrit de toutes sortes d’herbes, de racines et de « grains, que les ditférentes saisons lui fournissent. Il s’accommode même « très-volontiers de la chair des autres animaux dont il devient le maître, tt Comme il n’est pas fait pour les longues courses, il fait le premier fonds tt de son magasin par ce que lui présentent les champs voisins de son éta- « blissement, ce qui est la raison pourquoi l’on voit souvent quelques-unes tt de ses chambres remplies d’une seule sorte de grains. Quand les champs tt sont moissonnés, il va chercher plus loin ses provisions, et prend ce qu’il tt trouve dans son chemin pour le porter dans son habitation et l’y déposer « sans distinction. Pour lui faciliter le transport de sa nourriture, la nature tt l’a pourvu de bajoues de chaque côté de l’intérieur de la bouche. Ce sont tt deux poches membraneuses, lisses et luisantes en dehors, et parsemées tt d’un grand nombre de glandes en dedans, qui distillent sans cesse une tt certaine humidité, pour les tenir souples et les rendre capables de résister tt aux accidents que des grains souvent raides et pointus pourraient causer, tt Chacune de ses bajoues peut contenir une once et demie de grains, que tt cet animal, de retour dans sa demeure, vide moyennant ses deux pieds « de devant, qu’il presse extérieurement contre ses joues pour en faire « sortir les grains. Quand on rencontre un hamster ses poches remplies de « provisions, on peut le prendre avec la main sans risquer d’être mordu , « parce que dans cet état il n’a pas le mouvement des mâchoires libre. Mais tt pour peu qu’on lui laisse du temps , il vide promptement ses poches et « se met en défense. La quantité de provisions qu’on trouve dans les ter- « riers varie suivant l’âge et le sexe de l’animal qui les habite. Les vieux tt hamsters amassent jusqu’à cent livres de grains, mais les jeunes et les « femelles se contentent de beaucoup moins. Les uns et les autres s’en « servent, non pour s’en nourrir pendant l’hiver, temps qu’ils passent à tt dormir et sans manger, mais pour avoir de quoi vivre après leur réveil « au printemps, et pendant l’espace de temps qui précède leur engour- « dissement.
« A l’approche de l’hiver, les hamsters se retirent dans leurs habitatt tions souterraines, dont ils bouchent l’entrée avec soin. Ils y restent « tranquilles et vivent de leurs provisions, jusqu’à ce que le froid étant
LE HAMSTER
« devenu plus sensible, ils tombent dans un état d’engourdissement sem- « blable au sommeil le plus profond. Quand après ce temps-là on ouvre un « terrier, qu’on reconnaît par un monceau de terre qui se trouve auprès du « conduit oblique dont nous avons parlé, on y voit le hamster mollement « couché sur un lit de paille menue et très-douce. Il a la tête retirée sous « le ventre, entre les deux jambes de devant : celles de derrière sont « appuyées contre le museau. Les yeux sont fermés, et quand on veut « écarter les paupières elles se referment dans l’instant. Les membres sont « raides comme ceux d’un animal mort, et tout le corps est froid au toute cher comme la glace. On ne remarque pas la moindre respiration ni autre « signe de vie. Ce n’est qu’en le disséquant dans cet état d’engourdissement « qu’on voit le cœur se contracter et se dilater; mais ce mouvement est si «lent, qu'on peut compter à peine quinze pulsations dans une minute, « au lieu qu’il y en a au moins cent cinquante dans le même espace de « temps lorsque l’animal est éveillé ; la graisse est comme figée : les intes- « tins n’ont pas plus de chaleur que l’extérieur du corps, et sont insen- « sibles à l’action de l’esprit-de-vin et même à l’huile de vitriol qu’on y « verse, et ne marquent pas la moindre irritabilité. Quelque douloureuse « que soit toute cette opération, l’animal ne paraît pas la sentir beaucoup : « il ouvre quelquefois la bouche comme pour respirer, mais son engour- « dissement est trop fort pour s’éveiller entièrement,
« On a cru que la cause de cet engourdissement dépendait uniquement « d’un certain degré de froid en hiver. Cela peut être vrai à l’égard des « loirs, deslérots, des chauves-souris; mais pour mettre le hamster dans « cet état, l’expérience prouve qu’il faut encore que l’air extérieur n’ait « aucun accès à l’endroit où il s’est retiré. On peut s’en convaincre en enfer- « mant un hamster dans une caisse remplie de terre et de paille, on aura « beau l’exposer au froid le plus sensible de l’hiver et assez fort pour glacer « l’eau, on ne parviendra jamais à le faire dormir; mais dès qu’on met « cette caisse à quatre ou cinq pieds sous terre, qu’il faut avoir soin de bien « battre, pour empêcher l’air extérieur d’y pénétrer, on le trouvera au « bout de huit ou dix jours engourdi comme dans son terrier. Si l’on retire « cette caisse de la terre , le hamster se réveillera au bout de quelques « heures, et se rendormira de nouveau quand on le remet sous terre. On « peut répéter cette expérience avec le même succès, aussi longtemps que « le froid durera, pourvu qu’on observe d’y mettre l’intervalle de temps « nécessaire. Ce qui prouve encore que l’absence de l’air extérieur est une « des causes de l’engourdissement du hamster, c’est que retiré de son ter- « rier au plus gros de l’hiver, il se réveille immanquablement au bout de « quelques heures, quand on l’expose à l’air. Qu’on fasse cette expérience « de jour ou de nuit, cela est indifférent, de sorte que la lumière n’y a « aucune part.
ADDITIONS
c( C’est un spectacle curieux de voir passer un hamster de l’engourdisse- « ment au réveil. D’abord il perd la raideur des membres; ensuite il respire « profondément, mais par de longs intervalles: on remarque du mouvement « dans les jambes ; il ouvre la bouche, comme pour bâiller, et fait entendre « des sons désagréables et semblables au râlement. Quand ce jeu a duré « pendant quelque temps, il ouvre enfin les yeux et tâche de se mettre sur « les pieds; mais tous ces mouvements sont encore peu assurés et chance- « lants, comme ceux d’un homme ivre. Il réitère cependant ses essais, « jusqu’à ce qu’il parvienne à se tenir sur ses jambes. Dans cette attitude « il reste tranquille, comme pour se reconnaître et se reposer de ses fati- « gués ; mais peu à peu il commence à marcher, à manger et à agir, comme « il faisait avant le temps de son sommeil. Ce passage de l’engourdissement « au réveil demande plus ou moins de temps, selon la température de l’en- « droit où se trouve l’animal. Si on l’expose à un air sensiblement froid, il « faut quelquefois plus de deux heures pour le faire éveiller, et dans un « lieu plus tempéré cela se fait en moins d’une heure. Il est vraisemblable « que dans les terriers cette catastrophe arrive imperceptiblement, et que « l’animal ne sent aucune des incommodités qui accompagnent un réveil « forcé et subit.
« La vie du hamster est partagée entre les soins de satisfaire aux besoins « naturels et la fureur de se battre. Il paraît n’avoir d’autres passions que « celle de la colère, qui le porte à attaquer tout ce qui se trouve en son « chemin , sans faire attention à la supériorité des forces de l’ennemi. « Ignorant absolument l’art de sauversa vie en se retirant du combat, il se « laisse plutôt assommer de coups de bâton que de céder. S’il trouve le « moyen de saisir la main d’un homme, il faut le tuer pour se débarrasser « de lui. La grandeur du cheval l’effraie aussi peu que l’adresse du chien; « ce dernier aime à lui donner la chasse : quand le hamster l’aperçoit de « loin, il commence par vider ses poches, si par hasard il les a remplies de « grains; ensuite il les enfle si prodigieusement, que la tête et le cou sur- « passent beaucoup en grosseur le reste du corps; enfin il se redresse sur « ses jambes de derrière et s’élance dans cette attitude sur l’ennemi; s’il « l’attrape, il ne le quitte qu’après l’avoir tué ou perdu la vie; mais le « chien le prévient pour fordinaire , en cherchant à le prendre par der- « rière et à l’étrangler. Celte fureur de se battre fait que le hamster n’est « en paix avec aucun des autres animaux. Il fait même la guerre à ceux de « sa race, sans en excepter la femelle. Quand deux hamsters se rencontrent, « ils ne manquent jamais de s’attaquer réciproquement, jusqu’à ce que le « plus faible succombe sous les coups du plus fort qui le dévore. Le combat « entre un mâle et une femelle dure pour l’ordinaire plus longtemps que « celui de mâle à mâle. Ils commencent par se donner la chasse et se mor- « dre; ensuite chacun se relire d’un autre côté, comme pour prendre
LE HAMSTER
« haleine; peu après ils renouvellent le combat et continuent à se fuir et à « se battre jusqu’à ce que l’un ou l’autre succombe. Le vaincu sert toujours « de repas au vainqueur.»
RAT d’eau blanc. *
On trouve en Canada le rat d’eau d’Europe, mais avec des couleurs différentes; il n’est brun que sur le dos, le reste du corps est blanc et fauve en quelques endroits ; la tête, et le museau même, sont blancs, aussi bien que l’extrémité de la queue; le poil paraît plus doux et plus lustré que celui de notre rat d’eau ; mais, au reste, tout est semblable, et l’on ne peut pas douter que ces deux animaux ne soient de la même espèce : le blanc du poil vient du froid du climat, et l’on peut présumer qu’en recherchant les animaux dans le nord de l’Europe, on y trouvera, comme en Canada, ce rat d’eau blanc.
LE SCHERMAN OU RAT d’eAU DE STRASBOURG. **
Je donne ici la description d’une espèce de rat d’eau qui m’a été envoyé de Strasbourg par M. Hermann, le 8 octobre 1776. « Ce petit animal, m’é- « crivit-il, a échappé à vos recherches, et je l’avais pris moi-même pour « le rat d’eau commun; cependant il en diffère par quelques caractères. Il « est plus petit; il a la queue, le poil et les oreilles différents de ceux du rat « d’eau : on le connaît autour de Strasbourg sous le nom de scherman. « L’espèce en est assez commune dans les jardins et les prés qui sont « proches de l’eau. Cet animal nage et plonge fort bien: on en trouve « assez souvent dans les nasses des pêcheurs, et ils font autant de dégâts « dans les terrains cultivés. Ils creusent la terre, et il y a quelques années « que dans une de nos promenades publiques, appelée le Contade, hors de « la ville, un homme qui fait métier de prendre les hamsters en a pris un « bon nombre dans les mêmes pièges »
Par ces indications et par la description que nous allons donner de ce petit animal, il me paraît certain qu’il est d’une espèce différente, quoique voisine de celle de notre rat d’eau, mais que ses habitudes naturelles sont à peu près les mêmes. Au reste, l’individu, que M. Hermann a eu la bonté
a. Extrait d’une lettre de M. Hermann, datée de Strasbourg, le 8 octobre 1776.
* Voyez la nomenclature de la page 612 du II« volume.
** Mus terrestris (Linn.). — Le schermaus ou rat fouisseur des Alsaciens (Cuv.).
ADDITIONS
de nous envoyer pour le Cabinet, y a été placé, et il est très-bien conservé. Il ne ressemble en effet à aucun des rats dont nous avons parlé, qui tous ont les oreilles assez grandes; celui-ci les a presque aussi courtes que la taupe, et elles sont cachées sous le poil, qui est fort long. Plusieurs rats ont aussi la queue couverte de petites écailles , tandis que celui-ci l’a couverte de poil, comme le rat d’eau.
La longueur du corps entier, depuis l’extrémité du nez jusqu’à l’origine de la queue, est de six pouces; la queue est longue de deux pouces trois lignes; mais il nous a paru que les dernières vertèbres y manquent; en sorte que, dans l’état de nature, elle peut avoir deux pouces neuf lignes. La couleur du poil est, en général, d’un brun noirâtre mêlé de gris et de fauve, parce que le poil, qui a quinze lignes de longueur, est d’un noir gris à la racine et fauve à son extrémité. La tête est plus courte et le museau plus épais que dans le rat domestique, et elle approche par la forme de la tête du rat d’eau ; les yeux sont petits ; l’ouverture de la bouche est bordée d’un poil blanc et court; les moustaches, dont les plus grands poils ont treize lignes de longueur, sont noires ; le dessous du ventre est d’un gris de souris. Les jambes sont courtes et couvertes d’un petit poil noirâtre, ainsi que les pieds, qui sont fort petits; il y a, comme dans plusieurs rats, quatre doigts aux pieds de devant et cinq à ceux de derrière; les ongles sont blancs et un peu courbés en gouttière. La queue est couverte de petits poils bruns et cendrés, mais moins fournis que sur la queue du rat d’eau.
DE LA GERBOISE OU GERBO. *
Nous avons donné, page 456 du IIL volume de notre ouvrage, une courte histoire des différentes espèces de gerboises, et une description particulière de la gerboise (gerbo) , tirée d’Edwards et d’Hasselquist,
Il existe dans le désert de Barca une gerboise différente de celle-là, en ce qu’elle a le corps encore plus mince, les oreilles plus longues, arrondies, et à peu près également larges du haut en bas; les ongles des quatre pieds beaucoup plus courts; et les couleurs en général moins foncées, la bande sur les cuisses moins marquée, les talons noirs, la pointe du museau beaucoup plus aplatie®. On voit que ces disconvenances sont encore assez légères, et qu’on peut les regarder comme de simples variétés.
a. Note communiquée à M. de Buffon par M. le cRevalier Bruce.
* Mus sagitta (Linn.). — Dipus sagitta (Gmel.). — Le Gerboa (Guv.). — Voyez la nomenclature de la page 456 et la note 3 de la page 457 du III» volume.
DE LA GERBOISE.
Les gerboises se trouvent dans tous les climats de l’Afrique, depuis la Barbarie jusqu’au cap de Bonne-Espérance : on en voit aussi en Arabie et dans plusieurs autres contrées de l’Asie; mais il paraît qu’il y en a de grandeur très-différente, et il est assez étonnant que dans ces animaux à longues jambes il s’en trouve de vingt et même de cent fois plus gros que les petites gerboises dont nous avons parlé. « J’ai vu, dit M. le vicomte de « Querhoënt, à la ménagerie du Cap, un animal pris dans le pays, qu’on « nomme lièvre sauteur * ; il est de la grandeur du lapin d’Europe ; il a la « tête à peu près comme lui, les oreilles au moins de la même longueur; « les pattes de devant très-courtes et très-petites; il s’en sert pour porter h « sa gueule, et je ne crois pas qu’elles lui servent beaucoup à marcher; il « les tient ordinairement ramassées dans son long poil qui les recouvre c( entièrement; les pattes de derrière sont grandes et grosses; les doigts du « pied, au nombre de quatre, sont longs et séparés; la queue est de la « longueur du corps au moins et couverte de longs poils couchés ; le poil « du corps est jaunâtre; le bout des oreilles et de la queue sont de la même « couleur ; les yeux sont noirs, grands et saillants ; on le nourrissait de « feuilles de laitue ; il aime beaucoup à ronger; on lui mettait exprès dans « sa cage de petits morceaux de bois pour l’amuser “. »
M. Forster nous a communiqué un dessin de cette grande gerboise ou lièvre sauteur du Cap. Ce dessin était accompagné de la notice suivante. « Cette gerboise, dit-il, a cinq doigts aux pieds de devant et quatre à ceux « de derrière ^ ; les ongles du devant sont noirs , longs , minces et cour- « bés; ceux des jambes de derrière sont bruns, gros, courts, de figure « conique, un peu courbés vers l’extrémité; l’œil est noir et fort gros; le c( nez et les naseaux sont d’un brun roux ; les oreilles sont grandes, lisses, « nues en dedans et couvertes en dehors d’un petit poil court qui est couci leur d’ardoise ; la tête ressemble assez à celle des petites gerboises ; « il y a des moustaches autour de la gueule et aux angles des yeux; les « jambes ou plutôt les bras de devant sont très-courts et les mains fort « petites; les jambes de derrière, au contraire, sont très-grosses et les pieds « excessivement longs; la queue, qui est aussi fort longue et fort chargée « de poil, paraît mince à sa naissance et fort grosse à son extrémité; elle « est d’un fauve foncé sur la plus grande partie de sa longueur, et d’un « brun minime vers le bout; les jambes et les pieds sont d’un fauve pâle « mêlé de gris; la couleur du corps et de la tête est d’un jaune pâle presque cc blanc; les cuisses et le dessous du corps sont plus jaunes; tout le dessus
a. Extrait du Journal du Voyage de M. le vicomte de Querlioëut.
1. Le lièvre sauteur n’est point une gerboise. C’est le pedetes capensis d’Illiger, Vhelamys capensis de Fréd. Cuvier : il forme , à lui seul encore , un genre nouveau, le genre helamys.
2. « Ce nombre de doigts , particulier au lièvre sauteur, est l’inverse de celui qui est le plus « général parmi les rats. » (Cuv.)
ADDITIONS
« il U corps, ainsi que l’extrémité de la mâchoire, le dessus du nez, les « mains, ont une teinte de fauve; le derrière de la tête est couvert de « grands poils mêlés de noir, de gris et de fauve. « Au reste, nous pensons que cette gerboise du Cap, décrite par M. de Querhoënt et par M. Forster, est la même que celle dont M. Allamand a donné l’histoire et la figure pl. XV de Y Histoire naturelle, édition de Hollande.
Il nous paraît aussi que l’animal dont nous avons donné la description, sous le nom de tarsier, t. III, page 456, est du même genre que les gerboises *, et qu’il appartient à l’ancien continent : aucune espèce de gerboise, grandes et petites, ne se trouvant qu’en Afrique et en Asie, nous ne pouvons guère douter que le tarsier ne soit de l’une ou de l’autre de ces parlies du monde.
J’ai vu plusieurs figures de gerboises dessinées d’après des pièces antiques, et surtout d’après une ancienne médaille de Cyrène qui portait en revers une gerboise, dont la figure ne ressemble point à celle de la gerboise dont le docteur Shaw a donné la description sous le nom de daman- Israël ; car elle en diffère beaucoup par la grandeur, par la forme de la tête, par les yeux et par plusieurs autres caractères; il est aisé de démontrer que le docteur Shaw s’est trompé en rapportant le daman-Israël à cette espèce de gerboise. Celle qui est dessinée sur la médaille de Cyrène est une vraie gerboise, et n’a nul rapport avec le daman. Dans d’autres gravures tirées des marbres antiques d’Oxford, j’ai vu la figure de quelques gerboises, dont les unes avaient les pattes de devant, et surtout les oreilles, beaucoup plus longues que celle dont nous donnons ici la description; mais au reste ces gerboises gravées sur des marbres antiques ne sont pas assez bien représentées pour pouvoir les rapporter aux espèces que nous venons d’indiquer.
DE LA GERBOISE OU GERBO [suite] .
(Article de M. le professeur Allamand).
« Dans l’histoire des gerboises, M. de Buffon distingue quatre espèces « différentes de ces animaux; mais il n’en a vu qu’une qui est celle du « tarsier^, aussi est-ce la seule dont il ait donné la figure ; ce qu’il a dit des c( trois autres est tiré des auteurs qui en ont parlé avant lui; il a emprunté « entre autres la description du gerbo, qui appartient à la seconde espèce, « de MM. Edwards et Hasselquist. Cet animal est actuellement vivant à « Amsterdam, chez le docteur Klockner, qui nous a permis de le faire des-
1. Point du tout : le tarsier touche à l’ordre des quadrumanes. (Voyez la nomenclatui’e de la page 449 et la note 3 de la page 456 du IIP volume.