LA GRANDE TAUPE DU CAP
MM. Gordon et Allamand nous ont donné la description et la figure, sous la dénomination de grande taupe du Cap ou taupe des Dunes, d’une espèce de taupe qui est en effet si grande et si grosse , en comparaison de toutes les autres, qu’on n’a pas besoin de lui donner un autre nom que celui de grande taupe, pour en distinguer et reconnaître aisément l’espèce.
« L’animal, dit M. Allamand, que nous avons fait représenter a été «jusqu’à présent inconnu à tous les naturalistes, et vraisemblablement « il l’aurait été encore longtemps sans les soins toujours actifs de M. le « capitaine Gordon , qui ne néglige aucune occasion d’enrichir l’histoire «naturelle par de nouvelles découvertes; c’est lui qui m’en a envoyé le « dessin. Je nommé cet animal, avec les habitants du Cap, la taupe des « Dunes, et c’est un peu malgré moi, je n’aime pas ces noms composés, et « d’ailleurs celui de taupe lui convient encore moins qu’à la taupe du Cap, « que je décris ci-après; j’aurais souhaité de pouvoir lui donner le nom « par lequel les Hottentots le désignent, mais il est lui-même composé et « fort dur à l’oreille ; c’est celui de kauw hoivba, qui signifie taupe hippo- « potame. Les Hottentots l’appellent ainsi à cause de je ne sais quelle res- « semblance qu’ils lui trouvent avec ce gros animal ; peut-être faut-il la « chercher dans ses dents incisives, qui sont très-remarquables par leur « longueur. Quoi qu’il en soit, s’il diffère de la taupe à quelques égards, « il a aussi diverses affinités avec elle, et il n’y a point d’autre animal dont «le nom lui convienne mieux,
’ Mus maritimus (Gmel.). — Bathieruus mariiimus (Desm.R — Voryctère des dunes (Cuv.). — Ordre des Rongeurs; genre Oryctères (Cuv.).
1. Voyez, dans l'édition in-4® de l’Imprimerie royale, le volume VI des Suppléments , pl. IXXYIII.
ADDITIONS
« Ces taupes habitent dans les dunes qui sont aux environs du cap de « Bonne-Espérance et près de la mer; on n’en trouve point dans l’inté- « rieur du pays; celle dont je parle ici était un mâle dont la longueur, « depuis le museau jusqu’à la queue, en suivant la courbure du corps, « était d’un pied ; sa circonférence, prise derrière les jambes de devant, « était de dix pouces, et de neuf devant les jambes de derrière; la partie « supérieure de son corps était blanchâtre, avec une légère teinte de « jaune , qui se changeait en couleur grise sur les côtés et sous le « ventre.
« Sa tête n’était pas ronde comme celle de la taupe du Cap, elle était « allongée et elle se terminait par un museau plat de couleur de chair, « assez semblable au boutoir d’un cochon ; ses yeux étaient fort petits, et « ses oreilles n’étaient marquées que par l’ouverture du canal auditif, « placée au milieu d’une tache ronde, plus blanche que le reste du corps; « elle avait à chaque mâchoire deux dents incisives qui se montraient, « quoique la gueule fût fermée ; celles d’en bas étaient fort longues, celles « d’en haut étaient beaucoup plus courtes ; au premier coup d’œil il sem- « blaitqu’ily en eût quatre; elles étaient fort larges, et chacune avait par « devant un profond sillon qui la partageait en deux et la faisait paraître « double , mais par derrière elles étaient tout à fait unies ; ses dents mo- « laires étaient au nombre de huit dans chaque mâchoire : ainsi, avec les « incisives, elle avait vingt-deux dents en tout ; les inférieures avançaient « un peu au delà des supérieures; mais ce qu’elles offraient de plus singu- « lier, c’est qu’elles étaient mobiles, et que l’animal pouvait les écarter ou « les réunir à volonté, faculté qui ne se trouve dans aucun quadrupède qui « me soit connu.
« Sa queue était plate et de la longueur de deux pouces six lignes; elle « était couverte de longs poils qui, de même que ceux qui formaient ses « moustaches et ceux de dessous ses pattes, étaient raides comme des soies « de cochon.
« Il y avait à chaque pied cinq doigts munis d’ongles fort longs et blanc< châtres.
« On voit, par cette description, que si ces animaux surpassent de beau- « coup les autres taupes en grandeur et en grosseur, ils leur ressemblent « par les yeux et par les oreilles; mais il y a plus encore, ils vivent comme <( elles sous terre; ils y font des trous profonds et de longs boyaux; ils « jettent la terre, comme nos taupes, en l’accumulant en de très-gros mon- « ceaux : cela fait qu’il est dangereux d’aller à cheval dans les lieux où ils « sont, souvent il arrive que les jambes des chevaux s’enfoncent dans ces c( trous jusqu’aux genoux.
«Il faut que ces taupes multiplient beaucoup, car elles sont très-nom- « breuses ; elles vivent de plantes et d’oignons, et par conséquent elles