TAUPE DU CAP DE RONNE-ESPÉRANCE
! On trouve, au cap de Bonne-Espérance, une taupe dont la peau bourrée
I nous a été donnée par M, Sonnerat , correspondant du Cabinet. Cette taupe ressemble assez à la taupe ordinaire par la forme du corps, par les yeux,
I qu’elle a très-petits, par les oreilles, qui ne sont point apparentes, et par la
[ queue, qu’il faut chercher dans le poil, et qui est à peu près de la même
' longueur que celle de notre taupe , mais elle en diffère par la tête, qu’elle
i a plus grosse, et par le museau, qui ressemble à celui du cochon-d’Inde.
I Les pieds de devant sont aussi différents ; le poil du corps n’est pas noir,
j mais d’un brun minime avec un peu de fauve à l’extrémité de chaque poil;
! la queue est couverte de grands poils d’un jaune blanchâtre, et en général
I le poil de cette taupe du Cap est plus long que celui de la taupe d’Europe.
I Ainsi l’on doit conclure de toutes ces différences que c’est une espèce par-
I ticulière , et qui , quoique voisine de celle de la taupe , ne peut pas être
j regardée comme une simple variété.
I a. Voyage de M. l’abbd de la Caille , p. 299.
i * La même espèce que la précédente.
j ** Mus capensis (GmeL). — Bathiergus capensis (Desm.). — Voryctére à tache blanche (Cuv.).
, —Ordre id.; genre id. (Cuv.).
ADDITIONS
LA TAUPE DU CAP DE B ONN E - ESPÉRANCE [suite).
Depuis la publication de l’article précédent, j’ai reçu de M, Allamand une description plus exacte de cette taupe du Cap, avec une figure faite sur l’animal vivant, Yoici ce que cet habile naturaliste a publié cette année 1781 sur cet animal, que je n’avais guère pu qu’indiquer d’après MM. Sonnerai et de la Caille.
« M. de Buffon a donné une figure de cette taupe, faite d’après une peau « bourrée qui lui a été donnée par M. Sonnerat, et il ne lui était pas pos- « sible d’en donner nne meilleure, parce qu’un tel animal ne peut pas être « transporté vivant en Europe; mais cette figure représente si imparfaite- « ment son original , que je n’ai pas hésité d’en donner une meilleure. K M, Gordon m’en a envoyé le dessin.
« Cette taupe ressemble à la taupe ordinaire par les habitudes et par la « forme du corps, mais aussi elle en diffère en des parties si essentielles, « que M. de Butîon a eu raison de dire que c’était une espèce particulière, « qui ne pouvait pas être regardée comme une simple variété. Sa longueur « est de sept pouces, et son poil est d’un brun minime, qui devient plus « foncé et presque noir sur la tête ; vers les côtés et sous le ventre, il est « d’un blanc cendré ou bleuâtre.
« La tête de cette taupe est presque aussi haute que longue , et elle est « terminée par un museau aplati, et non pas allongé comme celui de nos « taupes ; cependant elle a ceci de commun avec ces dernières, c’est que « son museau ressemble à une espèce de boutoir de couleur de chair, où « l’on voit les ouvertures des narines, comme dans le cochon , mais qui « n’avance point au delà des dents; la gueule est environnée d’une bande « blanche de la largeur de quatre ou cinq lignes, qui passe au-dessus du « museau ; il en part quelques longs poils hlancs qui forment une espèce « de moustache; elle a à chaque mâchoire deux dents incisives fort longues, « qui paraissent même quand la gueule est fermée ; celles d’en haut sont « de la longueur de quatre lignes, et celles d’en bas de plus de six ; ses « yeux sont extrêmement petits et placés presque à égale distance du mu- « seau et des oreilles; ils occupent le centre d’une tache ovale blanche « dont ils sont environnés, ce qui fait qu’on n’a pas de peine à les trouver, a comme dans nos taupes ; ses oreilles n’ont point de conque qui paraisse « en dehors, tout ce qu’on en voit extérieurement consiste dans l’orifice M du canal auditif, qui est assez grand, et dont le rebord a un peu de saillie ; « cet orifice est aussi placé au milieu d’une tache blanche; enfin, il y a « une troisième tache de la même couleur au-dessus de la tête; et c’est à « cause de ces différentes taches qu’on la nomme au Cap blesmol ou taupe