‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 244 sur 392 · Voyez la note de la page 601 du II® volume · texte numérisé non relu

Voyez la note de la page 601 du II® volume

* Cœlogenus suhniger (Fréd. Cuv.). — Voyez la nomenclature et le nota de la page 153 du 111® volume.

DU PACA.

arrivé un de ces animaux vivant qui était déjà plus grand que celui que nous avons décrit, je l’ai fait nourrir dans ma maison, et depuis le mois d’août dernier 1774, jusqu’à ce jour 28 mai 1775, il n’a cessé de grandir assez considérablement. J’ai donc cru devoir donner les observations que l’on a faites sur sa manière de vivre : le sieur Trécourt les a rédigées avec exactitude, et je vais en donner ici l’extrait.

On a fait construire pour cet animal une petite loge en bois, dans laquelle il demeurait assez tranquille pendant le jour, surtout lorsqu’on ne le laissait pas manquer de nourriture. Il semble même affectionner sa retraite tant que le jour dure, car il s’y retire de lui-même après avoir mangé; mais dès que la nuit vient, il marque le désir violent qu’il a de sortir en s’agitant continuellement, et en déchirant avec les dents les barreaux de sa prison; chose qui ne lui arrive jamais pendant le jour, à moins que ce ne soit pour faire ses besoins, car non-seulement il ne fait jamais, mais même il ne peut souffrir aucune ordure dans sa petite demeure; il va pour faire les siennes au plus loin qu’il peut. Il jette souvent la paille qui lui sert de litière dès qu’elle a pris de l’odeur, comme pour en demander de nouvelle; il pousse cette vieille paille dehors avec son museau, et va chercher du linge et du papier pour la remplacer. Sa loge n’était pas le seul endroit qui parût lui plaire, tous les recoins obscurs semblaient lui convenir, il établissait souvent un nouveau gîte dans les armoires qu’il trouvait ouvertes, ou bien sous les fourneaux de l’office et de la cuisine; mais auparavant il s’y préparait un lit, et quand il s’était une fois donné la peine de s’y établir, on ne pouvait que par force le faire sortir de ce nouveau domicile; la propreté semble être si naturelle à cet animal, qui était femelle, que lui ayant donné un gros lapin mâle, dans le temps qu’elle était en chaleur, pour tenter leur union, elle le prit en aversion au moment qu’il fit ses ordures dans leur cage commune : auparavant elle l’avait assez bien reçu pour en espérer quelque chose, elle lui faisait même des avances très-marquées en lui léchant le nez, les oreilles et le corps; elle lui laissait même presque toute la nourriture, sans chercher à la partager; mais dès que le lapin eut infecté la cage, elle se retira sur-le-champ dans le fond d'une vieille armoire, oû elle se fit un lit de papier et de linge, et ne revint à sa loge que quand elle la vit nette et libre de l’hôte malpropre qu’on lui avait donné.

Le paca s’accoutume aisément à la vie domestique : il est doux et traitable tant qu’on ne cherche point à l’irriter; il aime qu’on le flatte, et lèche les mains des personnes qui le caressent; il connaît fort bien ceux qui prennent soin de lui , et sait parfaitement distinguer leur voix. Lorsqu’on le gratte sur le dos, il s’étend et se couche sur le ventre; quelquefois même il s’exprime par un petit cri de reconnaissance, etsemble demander que l’on continue. Néanmoins il n’aime pas qu’on le saisisse pour le transporter, et il fait des efforts très-vifs et très-réitérés pour s’échapper.

ADDITIONS

Il a les muscles très-forts et le corps massif; cependant il a la peau si sensible que le plus léger attouchement suffit pour lui causer une vive émoi-ion. Cette grande sensibilité, quoique ordinairement accompagnée de douceur, produit quelquefois des accès de colère, lorsqu’on le contrarie trop fort ou qu’il se présente un objet déplaisant; la seule vue d’un chien qu’il ne connaît pas, le met de mauvaise humeur. On l’a vu, renfermé dans jSa loge, en mordre la porte et faire en sorte de l’ouvrir, parce qu’il venait ' d’entrer un chien étranger dans la chambre; on crut d’abord qu’il ne voulait sortir que pour faire ses besoins, mais on fut assez surpris, lorsque étant mis en liberté, il s’élança tout d’un coup sur le chien qui ne lui faisait aucun mal, et le mordit assez fort pour le faire crier; néanmoins il s’est accoutumé en peu de jours avec ce même chien. Il traite de même les gens qu’il ne connaît pas et qui le contrarient, mais il ne mord jamais ceux qui ont soin de lui; il n’aime pas les enfants, et il les poursuit assez volontiers. Il manifeste sa colère par une espèce de claquement de dents, et par un grognement qui précède toujours sa petite fureur.

Cet animal se tient souvent debout, c’est-à-dire assis sur son derrière , et quelquefois il demeure assez longtemps dans cette situation ; il a l’air de se peigner la tête et la moustache avec ses pattes, qu’il lèche et humecte de salive à chaque fois; souvent il se sert de ses deux pattes à la fois pour se peigner; ensuite il se gratte le corps jusqu’aux endroits où il peut atteindre avec ces mêmes pattes de devant , et, pour achever sa petite toilette , il se sert de celles de derrière, et se gratte dans tous les autres endroits qui peuvent être souillés.

C’est cependant un animal d’une grosse corpulence et qui ne paraît ni délicat, ni leste, ni léger; il est plutôt pesant et lourd, ayant à peu près la démarche d’un petit cochon; il court rarement, lentement, et d’assez mauvaise grâce; il n’a de mouvements vifs que pour sauter, tantôt sur les meubles et tantôt sur les choses qu’il veut saisir ou emporter. Il ressemble encore au cochon par sa peau blanche, épaisse et qu’on ne peut tirer ni pincer, parce qu’elle est adhérente à la chair.

Quoiqu’il n’ait pas encore pris son entier accroissement, il a déjà dix-huit pouces de longueur dans sa situation naturelle et renflée, mais lorsqu’il s’étend il a près de deux pieds depuis le bout du museau jusqu’à l’extrémité du corps, au lieu que le paca dont nous avons donné la description, page 153 du IIP volume, n’avait que sept pouces cinq lignes : différence qui ne provient néanmoins que de celle de l’âge, car du reste ces deux animaux se ressemblent en tout.

La hauteur, prise aux jambes de devant dans celui que nous décrivons actuellement, était de sept pouces, et cette hauteur prise aux jambes de derrière était d’environ neuf pouces et demi, en sorte qu’en marchant son derrière paraît toujours bien plus haut que sa tête. Celte partie postérieure

DU PACA.

du corps, qui est la plus élevée, est aussi la plus épaisse en tous sens; elle a dix-neuf pouces et demi de circonférence, tandis que la partie antérieure du' corps n’a que quatorze pouces.

Le corps est couvert d’un poil court, rude et clair-semé, couleur de terred’ombre et plus foncé sur le dos; mais le ventre, la poitrine, le dessous du cou et les parties intérieures des jambes, sont au contraire couverts d’un poil blanc sale ; et, ce qui le rend très-remarquable, ce sont cinq espèces de bandes longitudinales formées par des taches blanches, la plupart séparées les unes des autres. Ces cinq bandes sont dirigées le long du corps de manière qu’elles tendent à se rapprocher les unes des autres à leurs extrémités.

La tête, depuis le nez jusqu’au sommet du front, a près de cinq pouces de longueur, et elle est fort convexe; les yeux sont gros, saillants et de couleur brunâtre, éloignés l’un de l’autre d’environ deux pouces; les oreilles sont arrondies et n’ont que sept à huit lignes de longueur, sur une largeur à peu près égale à leur hase; elles sont plissées en forme de fraise, et recouvertes d’un duvet très-fin presque insensible au tact et à l’œil. Le bout du nez est large, de couleur presque noire , divisé en deux comme celui des lièvres ; les narines sont fort grandes. L’animal a beaucoup de force et d’adresse dans cette partie, car nous l’avons vu souvent soulever avec son nez la porte de sa loge qui fermait à coulisse. La mâchoire inférieure est d’un pouce plus courte et moins avancée que la mâchoire supérieure, qui est beaucoup plus large et plus longue. De chaque côté et vers le bas de la mâchoire supérieure, il règne une espèce de pli longitudinal dégarni de poil dans son milieu, en sorte que l’on prendrait, au premier coup d’œil, cet endroit de la mâchoire pour la bouche de l’animal en le voyant de côté ; car sa bouche n’est apparente que quand elle est ouverte, et n’a que six ou sept lignes d’ouverture; elle n’est éloignée que de deux ou trois lignes des plis dont nous venons de parler.

Chaque mâchoire est armée en devant de deux dents incisives fort longues, jaunes comme du safran, et assez fortes pour couper le bois. On a vu cet animal en une seule nuit faire un trou dans une des planches de sa loge, assez grand pour y passer sa tête. Sa langue est étroite, épaisse et un peu rude. Ses moustaches sont composées de poils noirs et de poils blancsplacés de chaque côté du nez; et il a de pareilles moustaches plus noires, mais moins fournies de chaque côté de la tête au-dessous des oreilles. Nous n’avons pu voir ni compter les dents mâchelières par la forte résistance de l’animal.

Chaque pied, tant de devant que de derrière, a cinq doigts, dont quatre sont armés d’ongles longs de cinq ou six lignes; les ongles sont couleur de chair, mais il ne faut pas regarder cette couleur comme un caractère constant; car dans plusieurs animaux, et particulièrement dans les lièvres, on

ADDIIIONS.

trouve souvent les ongles noirs, tandis que d’autres les ont blanchâtres ou couleur de chair. Le cinquième doigt, qui est l’interne, ne paraît qua quand l’animal a la jambe levée, et n’est qu’un petit éperon fort court. Entre les jambes de derrière, à peu de distance des parties naturelles, se trouvent deux mamelles de couleur brunâtre. Au reste, quoique la queue ne soit nullement apparente, on trouve néanmoins, en la recherchant, un petit bouton de deux ou trois lignes de longueur qui paraît en être l’indice.

Le paca domestique mange de tout ce qu’on veut lui donner, et il paraît avoir un très-grand appétit : on le nourrissait ordinairement de pain, et soit qu’on le trempât dans l’eau, dans le vin et même dans du vinaigre, il le mangeait également; mais le sucre et les fruits sont si fort de son goût, que lorsqu’on lui en présentait il en témoignait sa joie par des bonds et des sauts. Les racines et les légumes étaient aussi de son goût; il mangeait également les navets, le céleri, les oignons, et même l’ail et l’échalote. Il ne refusait pas les choux ni les herbes, même la mousse et les écorces de bois ; nous l’avons souvent vu manger aussi du bois et du charbon dans les commencements. La viande était ce qu’il paraissait aimer le moins; il n’en mangeait que rarement et en très-petite quantité. On pourrait le nourrir aisément de grain; car souvent il en cherchait dans la paille de sa litière. Il boit comme le chien, en soulevant l’eau avec la langue. Son urine est fort épaisse et d’une odeur insupportable. Sa fiente est en petites crottes, plus allongées que celles des lapins et des lièvres.

D’après les petites observations que nous venons de rapporter, nous sommes très-portés à croire qu’on pourrait naturaliser cette espèce en France; et comme la chair en est bonne à manger, et que l’animal est peu difficile à nourrir, ce serait une acquisition utile. Il ne paraît pas craindre beaucoup le froid, et d’ailleurs pouvant creuser la terre il s’en garantirait aisément pendant l’hiver : un seul paca fournirait autant de bonne chair que sept ou huit lapins.

M. de la Borde dit que le paca habite ordinairement le bord des rivières, et qu’il construit son terrier de manière qu’il peut y entrer ou en sortir par trois issues différentes. « Lorsqu’il est poursuivi il se jette à l’eau, dit-il, « dans laquelle il se plonge en levant la têle de temps en temps; mais enfin « lorsqu’il est assailli par les chiens il se défend très-vigoureusement. » Il ajoute «que la chair de cet animal est fort estimée à Cayenne, qu’on « réchaude comme un cochon de lait, et que de quelque manière qu’on la « prépare elle est excellente.

« Le paca habite seul dans son terrier, et il n’en sort ordinairement que « la nuit pour se procurer sa nourriture. Il ne sort pendant le jour que « pour faire ses besoins, car on ne trouve jamais aucune ordure dans son « terrier, et toutes les fois qu’il rentre il a soin d’en boucher les issues « avec des feuilles et de petites branches. Ces animaux ne produisent ordi-

DU PACA.

« nairemeiit qu’un petit, qui ne quitte la mère que quand il est adulte, et « même, si c’est un mâle, il ne s’en sépare qu’après s’être accouplé avec « elle. Au reste, on en connaît de deux ou trois espèces à Cayenne, et l’on « prétend qu’ils ne se mêlent point ensemble. Les uns pèsent depuis quart torze jusqu’à vingt livres, et les autres depuis vingt-cinq à trente livres. »

LE POUC. *

Rzaczinski fait mention d’un autre animal que les Russes appellent pouch; il est plus grand que le rat domestique ; il a le museau oblong ; il creuse la terre , se fait un terrier et dévaste aussi les jardins : il y en avait un si grand nombre auprès de Suraz en Volhynie , que les habitants furent obligés d’abandonner la culture de leurs jardins. Ce pouc pourrait bien être le même que Séba nomme rat de Norwége, et dont il donne la description et la figure

LE ZEMNl.

Il y a en Pologne et en Russie un autre animal appelé ziemni ou zemni, qui est du même genre que le zizel, mais qui est plus grand, plus fort et plus méchant ; il est un peu plus petit qu’un chat domestique; il a la tête assez grosse, le corps menu, les oreilles courtes et arrondies ; quatre grandes dents incisives qui lui sortent de la gueule, dont les deux de la mâchoire inférieure sont trois fois plus longues que les deux de la mâchoire supérieure; les pieds très-courts et couverts de poils, divisés en cinq doigts et armés d’ongles courbes ; le poil mollet, court et de couleur de gris-desoiiris, la queue médiocrement grande, les yeux aussi petits et aussi cachés que ceux de la taupe. Rzaczinski a appelé cet animal petit chien de terre [canicida subterranea) : cet auteur me paraît être le seul qui ait parlé du zemni, qui néanmoins est fort commun dans quelques provinces du Nord^

a. « Mus ex Norwegia cinereo fuscus; rostro gaudet suillo, capite longiusculo, brevibus “ latisque auriculis, promisso mystace utrinque adlatera narium rigente, dorsum ejus latiun “ et ipcurvum est, abdomen pendulum, femora grossa, pedum digiti longi acutis unguibus “ ad fodiendum adaptatis ; talparum enim instar in erutis sub terra anttis degit ; pilus ex dilute “ cinereo fuscus est. » Séba , volume II , p. 64 , fig. tab. lxiii , fig. 5.

h. « Reperitur hoc animal in Podolia, Ukraina, Yolhinia circa Suraz, Chodaki, Rienki, « Mossezenica, Sezurowoe et alibi; non raro eruitur ab agricolis ibidem vomeribus. » Rzaczinski. Auct., p. 325 et 326.

* Espèce encore indéterminée : peut-être le surmulot.

** Le zemni ou rat-taupe aveugle [mus lyphlus Pall. ) : plus probablement le zocor [mus aspalax (Gmel. ), car le zemni est absolument sans queue, et n’a pas même d’œil visible au dehors.

ADDITIONS

Son naturel et ses habitudes sont à peu près les mêmes que celles du hamster et du zizel ; il mord dangereusement , mange avidement , et dévaste les moissons et les jardins; il se fait un terrier, il vit de grains, de fruits et de légumes, dont il fait des magasins dans sa retraite, où il passe tout le temps de l’hiver.

LE TUCAN. * *

Fernandès donne le nom de tucan à un petit quadrupède de la Nouvelle- Espagne, dont la grandeur, la figure et les habitudes naturelles approchent plus de celles de la taupe que d’aucun autre animal ; il me paraît que c’est le même qu’a décrit Séba sous le nom de taupe rouge d’Amérique®', au moins les descriptions de ces deux auteurs s’accordent assez pour qu’on doive le présumer. Le tucan est peut-être un peu plus grand que notre taupe; il est , comme elle, gras et charnu, avec des jambes si courtes que le ventre touche à terre; il a la queue courte, les oreilles petites et rondes, les yeux si petits qu’ils lui sont pour ainsi dire inutiles; mais il diffère de la taupe par la couleur du poil, qui est d’un jaune roux , et par le nombre des doigts, n’en ayant que trois aux pieds de devant et quatre à ceux de derrière, au lieu que la taupe a cinq doigts à tous les pieds; il paraît en différer encore en ce que sa chair est bonne à manger, et qu’il n’a pas l’instinct de la taupe pour retrouver sa retraite lorsqu’il en est sorti ; il creuse à chaque fois un nouveau trou, en sorte que dans de certaines terres qui lui conviennent, les trous que font ces animaux* sont en si grand nombre, et si près les uns des autres, qu’on ne peut y marcher qu’avec précaution.

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