‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 247 sur 392 · ÉDENTÉS · texte numérisé non relu

ÉDENTÉS

DE l’unau * ET DE l’AÏ

On connaît à Cayenne, dit M. de la Borde, deux espèces de ces animaux, l’une paresseux-honteux, l’autre mouton-paresseux : celui-ci est une

fois plus long que l’autre et de la même grosseur; il a le poil long, épais et blanchâtre, pèse environ vingt-cinq livres. Il se jette sur les hommes depuis le haut des arbres, mais d’une manière si lourde et si pesante qu’il est aisé de l’éviter. Il mange le jour comme la nuit.

« Le paresseux-honteux a des taches noires, peut peser douze livres, se « tient toujours sur les arbres, mange des feuilles de bois canon, qui sont « réputées poison. Leurs boyaux empoisonnent les chiens qui les mangent, (( et néanmoins leur chair est bonne à manger; mais ce n’est que le peuple « qui en fait usage.

« Les deux espèces ne font qu’un petit qu’ils portent tout de suite sur le « dos‘. Il y a grande apparence que les femelles mettent bas sur les arbres, « mais on n’en est pas sûr. Ils se nourrissent de feuilles de monbin et de U bois canon. Les deux espèces sont également communes, mais un peu « rares aux environs de Cayenne. Ils se pendent quelquefois par leurs griffes « à des branches d’arbres qui se trouvent sur les rivières, et alors il est aisé « de couper la branche et de les faire tomber dans l’eau ; mais ils ne « lâchent point prise et y restent fortement attachés avec leurs pattes de « devant.

« Pour monter sur un arbre, cet animal étend nonchalamment une de sc:

a. Marcgrav. Hist. nat. Brasil., page 229.

* Voyez la nomenclature de la page 441 du III® volume.

1. Ils le portent, au contraire, constamment appliqué sur leur ventre. (Voyez la note 2 de la page 446 du lll® volume. )

ADDITIONS

« pattes de devant qu’il pose le plus haut qu’il peut sur le pied de l’arbre , « il s’accroche ainsi avec sa longue griffe, lève ensuite son corps fort lour- « dement, et petit à petit pose l’autre patte, et continue de grimper ainsi. « Tous ces mouvements sont exécutés avec une lenteur et une nonchalance « inexprimable*. Si on en élève dans les maisons, ils grimpent toujours sur « quelques poteaux ou même sur les portes, et ils n’aiment pas à se tenir à « terre; si on leur présente un bâton lorsqu’ils sont à terre ils s’en saisis- « sent tout de suite et montent jusqu’à l’extrémité, où ils se tiennent forte- « ment accrochés avec les pattes de devant, et serrent avec tout le corps « l’endroit où ils se sont ainsi perchés. Ils ont un petit cri fort plaintif et « langoureux qui ne se fait pas entendre de loin “. »

On voit que le paresseux-mouton de M. de la Borde est celui que nous avons appelé mmu, et que son paresseux-honteux est Vaï, dont nous avons donné la description, page 441 du IIP volume.

M. Wosmaër, habile naturaliste et directeur des Cabinets de S. A. S. le prince d’Orange, m’a reproché deux choses que j’ai dites au sujet de ces animaux : la première, sur la manière dont ils se laissent quelquefois tomber d’un arbre. Voici les expressions de M. Wosmaër :

« On doit absolument rejeter le rapport de M. de Buffon, qui prétend que « ces animaux (l’unau et l’aï), trop lents pour descendre de l’arbre, sont tt obligés de se laisser tomber comme un bloc lorsqu’ils veulent être à « terre **. »

Cependant je n’ai avancé ce fait que sur le rapport de témoins oculaires, qui m’ont assuré avoir vu tomber cet animal quelquefois à leurs pieds, et l’on voit que le témoignage de M. de la Borde, médecin du Roi à Cayenne, s’accorde avec ceux qui m’ont raconté le fait, et que par conséquent I’om ne doit pas (comme le dit M. Wosmaër) absolument rejeter mon rapport à cet égard.

Le second reproche est mieux fondé. J’avoue très-volontiers que j’ai fait une méprise lorsque j’ai dit que l’unau et l’aï n’avaient pas de dents^, et je ne sais point du tout mauvais gré à M. Wosmaër d’avoir remarqué cette erreur, qui n’est venue que d’une inattention. J’aime autant une personne qui me relève d’une erreur, qu’une autre qui m’apprend une vérité, parce qu’en effet une erreur corrigée est une vérité.

a. Extrait des observations de M. de la Borde, médecin du Roi à Cayenne. h. Description d’un paresseux pentadactyle de Bengale, p. 5. Amsterdam, 1767

1. « M. Carliste a observé que les artères des membres commencent par se diviser en une « infinité de ramuscules qui se réunissent ensuite en un tronc d’où partent les branches ordi- « naires. Cette structure se rencontrant aussi dans les loris, dont la démarche n’est guère « moins paresseuse, il serait possible qu’elle exerçât quelque influence sur la lenteur des mou- « vements. » (Cuvier.)

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