‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 262 sur 392 · Voyez la note de la page 229 du III« volume · texte numérisé non relu

Voyez la note de la page 229 du III« volume

* Hijrax capensis (Herm.). — Le daman (Cuv.). — Ordre des Pachydermes ; genre Damans (Cuv.).

Placé longtemps parmi les rongeurs à cause de sa très-petite taille , le daman est un vrai pachyderme. « C’est, dit Cuvier, un rhinocéros en miniature. »

« 11 n’est point de quadrupède, dit encore Cuvier, qui prouve mieux que le daman la nécessité de recourir à l’anatomie pour déterminer les véritables rapports des animaux.

« Les colons hollandais du cap de Bonne-Espérance l’ont nommé blaireau des rochers [klip- « daassie); Kolbe, premier auteur qui en ait parlé, a préféré le nom de marmotte, adopté « depuis par Wosmaër et par Buffon, qui consacra ensuite celui de daman. M. Blumenbach, « qui est cependant un naturaliste rigoureux, l’a encore laissé récemment parmi les rongeurs. « M. Pallas, qui l’a décrit le premier méthodiquement, l’a placé dans le genre Cavia établi « par Klein pour les agoutis, les cochons d'Inde, etc. , tout en remarquant qu’il s’en distingue « àl’intériem’ par des différences insignes : insigniler differt. Jean Hermann proposa ensuite « pour le daman l’établissement d’un genre particulier qu’il nomma hyrax, et qui fut adopté « par Schreber et par Gmelin, mais qui resta toujours dans l’ordre des rongeurs, même dans « mon Tableau élémentaire des animaux. Mon objet est de prouver en détail la proposition que

« j’ai avancée le premier que le daman est un vrai pachyderme, qu’on doit même, malgré

« la petitesse de sa taille, le considérer comme intermédiaire entre les rhinocéros et les tapirs. » (Rech. sur les oss. foss., t. III, p. 246. — 1834.)

450 additions.

Nous n’avons pas profité de cette offre très-obligeante de M. Allemand, parce que nous avons été informés peu de temps après qu’il était arrivé en Hollande un ou deux de ces animaux vivants, et que nous espérions que quelque naturaliste en ferait une bonne description. En effet, MM. Pallas et Wosmaër ont tous deux décrit cet animal, et je vais donner ici l’extrait de leurs observations.

« Cet animal, dit M. Wosmaër, est connu au cap de Bonne-Espérance « sous le nom de blaireau des rochers, vraisemblablement parce qu’il fait « son séjour entre les rochers et dans la terre, comme le blaireau, auquel « néanmoins il ne ressemble point. Il ressemble plus à la marmotte, et « cependant il en diffère... C’est Kolbe qui le premier a parlé de cet animal, « et a dit qu’il ressemble mieux à une marmotte qu’à un blaireau. »

Nous adopterons donc la dénomination de marmotte du Cap, et nous la préférerons à celle de cavia du Cap, parce que l’animal dont il est ici question est très-différent du cavia ou cabiai : 1“ par le climat, le cavia ou cabiai étant de l’Amérique méridionale, tandis que celui-ci ne se trouve qu’en Afrique; 2" parce que le nom de cavia est un mot brésilien qui ne doit point être transporté en Afrique, puisqu’il appartient au cavia qui est le vrai cabiai, et au cavia-cobaïa qui est le cochon d’Inde; 3“ enfin, parce que le cabiai est un animal qui n’habite que le bord des eaux, qui a des membranes entre les doigts des pieds, tandis que la marmotte du Cap n’habite que les rochers et les terres les plus sèches qu’elle peut creuser avec ses ongles.

« Le premier animal de cette espèce, dit M. Wosmaër, qui ait paru en « Europe a été envoyé à M. le prince d’Orange par M. Tulbagh, et on en « conserve la dépouille dans le Cabinet de ce prince. La couleur de ce pre- « mier animal diffère beaucoup de celle d’un autre qui est arrivé depuis; « il était aussi fort jeune et très-petit; celui que je vais décrire était un « mâle, et il m’a été envoyé par M. Berg-meyer d’Amsterdam... Le genre « de vie de ces animaux, suivant les informations qui m’en ont été données, « est fort triste, dormant souvent pendant la journée. Leur mouvement est « lent et s’exécute par bonds. Mais dans leur état de nature, peut-être est-il « aussi vif que celui des lapins; ils poussent fréquemment des cris de « courte durée, mais aigus et perçants. »

Je remarquerai, en passant, que ce caractère rapproche encore cet animal de la marmotte; car on sait que nos marmottes des Alpes font souvent entendre un sifflet fort aigu.

« On nourrissait en Hollande cette marmotte du Cap, continue M. Wos- « maër , avec du pain et diverses sortes d’herbes potagères. Il est fort « vraisemblable que ces animaux ne portent pas longtemps leurs petits , M qu’ils mettent bas souvent et en grand nombre. La forme de leurs pieds «paraît aussi dénoter qu’ils sont propres à fouir la terre; cet animal

DE LA MARMOTTE DU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE. Æoî

« étant mort à Amsterdam , je le donnai à M. Pallas pour le disséquer.

« Il ressemble beaucoup pour la taille au lapin commun, mais il est plus « gros et plus ramassé : le ventre est surtout fort gros ; les yeux sont beaux « et médiocrement grands; les paupières ont en dessous et en dessus quel- « ques petits poils courts et noirs, au-dessus desquels on en voit cinq ou « six aussi noirs, mais longs, qui sortent à peu près du coin de la paupière « antérieure, et retournent en arrière vers la tête. Il y a de pareilles mous- « taches sur la lèvre supérieure vers le milieu du museau.

« Le nez est sans poil, noir, et comme divisé par une fine couture qui « descend jusque sur la lèvre : les narines paraissent comme un cordon « rompu au milieu ; sous le museau, vers le gosier et sur les joues on voit « quelques longs poils noirs plus ou moins longs et tous plus raides que « l’autre poil; des poils de même espèce sont semés de distance en distance « sur tout le corps... Le palais de la bouche a huit cannelures ou sillons « profonds; la langue est fort épaisse, passablement longue, garnie de petits « mamelons, et ovale à son extrémité. La mâchoire supérieure a deux dents « fort longues, saillantes au devant du museau, et écartées l’une de l’autre;. « elles ont la forme d’un triangle allongé et aplati. Les dents de la mâ- « choire inférieure sont posées au devant du museau, elles sont coupantes, « fort serrées et au nombre de quatre; elles sont assez longues, plates et « larges... Les dents molaires sont assez grosses, quatre en haut et quatre « en bas de chaque côté; on en pourrait compter une cinquième plus petite « que les autres*... Cet animal a les jambes de devant fort courtes et cachées « à moitié sous la peau du corps. Les pieds sont nus et ne présentent « qu’une peau noire. Ceux de devant ont quatre doigts, dont trois très- « apparents et celui du milieu le plus long; le quatrième, qui est au côté « extérieur, est beaucoup plus court que les autres, et comme adhérent au « troisième; le bout de ces doigts est armé d’onglets courts et ronds, atta- « chés à la peau de la même façon que nos ongles. Les pieds de derrière « ont trois doigts dont il n’y a que celui du milieu qui ait un ongle courbe ; « le doigt extérieur est un peu plus court que les autres. L’animal saute sur « ses pieds de derrière comme le lapin... Il n’y a pas le moindre indice de « queue; l’anus se montre fort long, et le prépuce en bourrelet rond « découvre un peu la verge. La couleur du poil est le gris ou le brun fauve, « comme le poil des lièvres ou des lapins de garenne. Il est plus foncé sur « la tête et sur le dos, et il est blanchâtre sur la poitrine et le ventre. Il y a « aussi une bande blanchâtre sur le cou tout près des épaules ; cette bande

1. « Le daman a les mêmes molaires que le rhinocéros (sept de chaque côté à chaque « mâchoire) ; mais sa mâchoire supérieure a deux fortes incisives recourbées vers le bas , et « dans la jeunesse deux très-petites canines, l’inférieure a quatre incisives sans canines. »■ (Cuvier.) — Les dents , nommées canines par Cuvier, sont deux molaires caduques , selon M. de Blainville. (Voyez son Ostéograjihie : article daman, p. 38.)

ADDITIONS

« ne fait point un collier, mais se termine à la hauteur des jamhes de « devant; et, en général, le poil est doux et laineux. »

Nous ne donnerons pas ici la description des parties intérieures de cet animal : on la trouvera dans l’ouvrage de M. Pallas, qui a pour titre Spicilegia zooliogica. Cet habile naturaliste l’a faite avec beaucoup de soin, et il faudrait la copier en entier pour ne rien perdre de ses observations.

DU DAMAN-ISRAEL* {sUîte).

C’est à M. le chevalier Bruce que nous devons l’exacte connaissance et la vraie description du daman, déjà bien indiqué par Prosper Alpin, et mal à propos rapporté par le docteur Shaw à la grande gerboise. Yoici ce que m’a écrit à ce sujet cet illustre voyageur :

« Le daman-Israël n’est point une gerboise; il est mal indiqué par noire « docteur Shaw, qui dit que ses pattes de devant sont courtes en comparai- « son de celles de derrière, dans la même proportion que celles des gerboises; « ce fait n’est point vrai. Il est fort commun aux environs du mont Liban, et « encore plus dans l’Arabie Pétrée ; il se trouve aussi dans les montagnes « de l’Arabie Heureuse et dans toutes les parties hautes de l’Abyssinie; il « est de la forme et de la grandeur d’un lapin, les jambes de devant un « peu plus courtes que celles de derrière, mais non pas plus que le lapin; « un caractère très-distinct, c’est qu’il n’a point du tout de queue*, et qu’il « a trois doigts à chaque patte à peu près comme ceux des singes, sans « aucun ongle, et environnés d’une chair molle d’une forme ronde; par ce « caractère et par le manque de queue, il paraît approcher du loris; les « oreilles sont petites et courtes, couvertes de poil en dedans comme en « dehors, par où il diffère encore du lapin; tout le dessous du corps est « blanc, et le dedans à peu près de la couleur de nos lapins sauvages; il lui « sort sur le dos et sur tout le dessus du corps et des cuisses de longs « poils isolés d’un noir fort luisant. Ces animaux vivent toujours dans les « cavernes des rochers et non pas dans la terre, puisqu’ils n’ont point « d’ongles. »

Il paraît, par le témoignage de M. Bruce, que le docteur Shaw s’est trompé; et ce qui le confirme encore, c’est que ne voulant pas s’en tenir à ce que Prosper Alpin avait dit du daman , que sa chair est excellente à manger, et qu’il est plus gros que notre lapin d’Europe, il a retranché ce

* Ilyrax syriacus (Gmel.). — Il u’y a, selon Cuvier, qu’un seul daman. «Nous ne trouvons « pas de différence certaine entre Yliijrax capensis et le syriacus. » (Cuvier.) — M. de Blainville en compte quatre : Vhyrax arhoreus, Vhabessinicus ou ruficeps , le capensis et le syriacus. (Voyez son Osléographie : article daman, p. 45.)

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