‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 273 sur 392 · LE COCHON DE SIAM OU DE LA CHINE · texte numérisé non relu

LE COCHON DE SIAM OU DE LA CHINE

L’espèce du cochon est, comme nous l’avons dit, l’une des plus universellement répandues : MM. Cook et Forster l’ont trouvée aux îles de la Société, aux Marquises, aux îles des Amis , aux nouvelles Hébrides. « Il « n’y a, disent-ils, dans toutes ces îles de la mer du Sud que deux espèces K d’animaux domestiques, le cochon et le chien. La race des cochons est « celle de la Chine (ou de Siam) 5 ils ont le corps et les jambes courtes, le « ventre pendant jusqu’à terre, les oreilles droites, et très-peu de soies. Je « n’en ai jamais mangé , dit M. Forster, qui fût aussi succulente, et la « graisse d’un goût aussi agréable; cette qualité ne peut être attribuée qu’à « l’excellente nourriture qu’ils prennent : ils se nourrissent surtout de « fruits à pain, frais, ou de la pâte aigrie de ce fruit, d’ignames, etc. Il y « en a une grande quantité aux îles de la Société ; on en voit autour de

« presque toutes les cabanes Ils sont abondants aussi aux Marquises,

« et à Amsterdam, l’une des îles des Amis; mais ils sont plus rares aux îles « occidentales des nouvelles Hébrides »

LE COCHON DE GUINÉE

Quoique cet animal diffère du cochon ordinaire par quelques caractères assez marqués, je présume néanmoins qu’il est de la même espèce, et que ces dilférences ne sont que des variétés produites par l’influence du climat: nous en avons l’exemple dans le cochon de Siam , qui diffère aussi du coclion d’Europe, et qui cependant est certainement de la même espèce, puisqu’ils se mêlent et produisent ensemble. Le cochon de Guinée est à peu près de la même figure que notre cochon , et de la même grosseur que le cochon de Siam, c’est-à-dire plus petit que notre sanglier ou que notre cochon ; il est originaire de Guinée et a été transporté au Brésil , où il s’est multiplié comme dans son pays natal ; il y est domestique et tout à fait

a. Lettre de M. Collinson à M. de Buffon. Londres, 30 janvier 1767.

b. Forster, Observations à la suite du second Voyage de Cook, p. 172.

* Voyez la nomenclature de la page 460 du II® volume.

•* Voyez la note de la page 25 du III® volume.

ADDITIONS

privé; il a le poil court, roux et brillant; il n’a point de soies, pas même sur le dos : le cou seulement et la croupe, près de l’origine de la queue, sont couverts de poils un peu plus longs que ceux du reste du corps; il n’a pas la tête si grosse que le cochon d’Europe, et il en diffère encore par la forme des oreilles, qu’il a très-longues, très-pointues et couchées en arrière le long du cou; sa queue est aussi beaucoup plus longue, elle touche presque à terre, et elle est sans poil jusqu’à son extrémité®. Au reste, cette race de cochon qui, selon Marcgrave, est originaire de Guinée, se trouve aussi en Asie et particulièrement dans l’île de Java^ d’où il paraît qu’elle a été transportée au cap de Bonne-Espérance par les Hollandais

LE SANGLIER DU CAP VERT.'

Il y a, dans les terres voisines du cap Vert, un autre cochon ou sanglier qui, par le nombre des dents et par l’énormité des deux défenses de la mâchoire supérieure, nous paraît être d’une race et peut-être même d’une espèce différente de tous les autres cochons, et s’approcher un peu du hahiroussa : ces défenses du dessus ressemblent plus à des cornes d’ivoire qu’à des dents; elles ont un demi-pied de longueur et cinq pouces de circonférence à la base; elles sont courbées et recourbées à peu près comme les cornes d’un taureau ; ce caractère seul ne suffirait pas pour qu’on dût regarder ce sanglier comme une espèce particulière; mais ce qui semble fonder cette présomplion, c’est qu’il diffère encore de tous les autres cochons par la longue ouverture de ses narines, par la grande largeur et la forme de ses mâchoires, et par le nombre et la figure des dents mâchelières : cependant nous avons vu les défenses d’un sanglier, tué dans nos bois de Bourgogne, qui approchaient un peu de celles de ce sanglier du cap Vert;

a. Marcgrav. Ilisl. nat. Brasil. , page 230, lîg. 16.

b. Leurs porcs (à File de Java) n’ont point de poil, et sont si gras que leur ventre traîne à terre. Voyage de Manclelslo , t. II, p. 349.

c. Les cochons qui ont été apportés de Java au cap de Bonne-Espérance , ont les jamhes fort courtes, et sont noirs et sans soies ; leur ventre qui est fort gros pend presque jusqu’à terre ; il s’en faut de beaucoup que leur graisse ait la consistance qu’a celle des cochons d’Europe... La chair en est très-bonne à manger. Description du cap de Bonne-Espérance , par Kolbe, t. III, p. 48.

* Sus africanus (Gmel.). — Phacochœrus africanus. — Le phacochære à incisives (Fréd. Cuvier ) .

■ — « Les individus, apportés du cap Vert {sus africanus, Ginel.), ont deux incisives en « haut et six en bas; ceux qui viennent du cap de Bonne-Espérance [sus œthiopicus, (Gmel.) « ne les montrent presque jamais; seulement on en retrouve quelquefois des vestiges sous la « gencive : peut-être cette différence tient-elle à l’àge, qui avait usé ces dents dans les derniers ; « peut-être indique-t-elle une différence d’espèce, d’autant que les têtes du Cap sont aussi un peu « plus larges et plus courtes. » (Cuvier.) — Ajoutez comme une raison de plus de faire, de ces deux sangliers, deux espèces distinctes, que celui d’Éthiopie a des lambeaux charnus audessous des yeux , et que celui d'Afrique n’en a pas.

DU SANGLIER DU CAP VERT

ces défenses avaient environ trois pouces et demi de long sur quatre pouces de circonférence à la base ; elles étaient contournées comme les cornes d’un taureau, c’est-à-dire qu’elles avaient une double courbure, au lieu (pie les défenses ordinaires n’ont qu’une simple courbure en portion de cercle; elles paraissaient être aussi d’un ivoire solide, et il est certain que ce sanglier devait avoir la mâchoire plus large que les autres; ainsi nous pouvons présumer, avec quelque fondement, que ce sanglier du cap Vert est une simple variété, une race particulière dans l’espèce du sanglier ordinaire'.

DU S.ANGLIER DU CAP VERT {suitc). *

Nous avons donné, dans l’article précédent, une notice au sujet d’un animal qui se trouve en Afrique, et que nous avons appelé sanglier du cap Vert. Nous avons dit que, par l’énormité des deux défenses de la mâchoire supérieure, il nous paraissait être d’une race et peut-être même d’une espèce différente de tous les autres cochons, desquels il diffère encore par la longue ouverture de ses narines et par la grande largeur et la forme de ses mâchoires; que néanmoins nous avions vu les défenses d’un sanglier tué dans nos bois de Bourgogne, qui approchaient un peu de celles de ce sanglier du cap Vert, puisque ces défenses avaient environ trois pouces et demi de long sur quatre pouces de circonférence à la base, etc. , ce qui nous faisait présumer, avec quelque fondement, que ce sanglier du cap Vert pouvait être une simple variété et non pas une espèce particulière dans le genre des cochons. M. Allamand, très-célèbre professeur en histoire naturelle à Leyde, eut la bonté de nous envoyer la gravure de cet animal , et ensuite il écrivit à M. Daubenton dans les termes suivants :

« Je crois avec vous. Monsieur, que le sanglier représenté dans la plan- « che que je vous ai envoyée est le même que celui que vous avez désigné « par le nom de sanglier du cap Vert. Cet animal est encore vivant ( 5 mai « 1767) dans la ménagerie de M. le prince d’Orange. Je vais de temps en «temps lui rendre visite, et cela toujours avec un nouveau plaisir. Je ne « puis me lasser d’admirer la forme singulière de sa tête. J’ai écrit au gou- « verneur du cap de Bonne-Espérance pour le prier de m’en envoyer un « autre, s’il est possible, ce que je n’ose pas espérer, parce qu’au Cap même « il a passé pour un monstre, tel que personne n’en avait jamais vu de « semblable. Si, contre toute espérance, il m’en vient un, je l’enverrai en «France, afin que M. de Buflfqn et vous le voyiez. On a cherché à accou- « pler celui que nous avons ici avec une truie, mais dès qu’elle s’est présen- « tée il s’est jeté sur elle avec fureur et l’a éventrée. »

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