‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 277 sur 392 · Voyez la nomenclature de la page · texte numérisé non relu

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ADDITIONS

« de ce dernier était plus petite et le museau moins large. Il lui manquait « les deux lambeaux sous les yeux; cependant on y voyait de petites émi- « nences qui en paraissaient être les bases ou principes; mais il n’y avait U point ces protubérances rondes et pointues, qui sont placées, en ligne « droite , entre ces lambeaux des yeux et le museau ; en revanche les « défenses sont beaucoup plus grandes ; les supérieures, qui ont des deux « côtés une profonde fossette ou cannelure, et qui se terminent en pointes « aiguës, sortant de plus de six pouces et demi des côtés du museau, et les « inférieures de deux pouces et demi; celles-ci par leur frottement contre « les premières, sont obliquement usées et par là fort aiguës. La gran- « deur des défenses du dernier sujet montre assez que cette peau ne peut « être d’un jeune animal. Au reste, je n’ai trouvé aucune différence aux « pieds. »

M. AYosmaër termine ainsi cette description, et soupçonne que ces différences qu’il vient d’indiquer peuvent provenir de la différence du sexe. Pour moi je ne suis pas encore convaincu que ce sanglier d’Afrique, malgré la première répugnance qu’il a marquée pour la truie qui lui a été présentée, ne soit une simple variété de notre cochon d’Europe. Nous voyons sous nos yeux cette même espèce varier beaucoup en Asie, à Siam et à la Chine; et les grosses défenses que j’ai trouvées sur une tête énorme d’un sanglier, tué dans mes propres bois il y a environ trente ans, défenses qui étaient presque aussi grosses que celles du sanglier du Cap, me laissent toujours dans l’incertitude si ce sont en etfet deux espèces différentes ou deux variétés de la même espèce produites par la seule influence du climat et de la nourriture.

Au reste, je trouve une note de M. Commerson, dans laquelle il est dit que l’on voit à Madagascar des cochons sauvages dont la tête, dépuis les oreilles jusqu’aux yeux, est de la figure ordinaire, mais qu’au-dessous des yeux est un renfort qui va en diminuant jusqu’au bout du groin , de manière qu’il semble que ce soit deux têtes, dont la moitié de l’une est enchâssée dans l’autre; qu’au reste, la chair de ce cochon est glaireuse et a peu de goût. Cette notice me fait croire que l’animal que j’ai d’abord indiqué sous le nom de sanglier du cap Vert, parce que la tête nous avait été envoyée des terres voisines de ce cap , qu’ensuite je nomme sanglier d’Afrique, parce qu’il existe dans les terres du cap de Bonne-Espérance, se trouve aussi dans file de Madagascar'.

Dans le temps même que je revoyais la feuille précédente et que j’en corrigeais l’épreuve pour l’impression, il m’est arrivé de Hollande une nouvelle édition de mon ouvrage sur l’histoire naturelle, et j’ai trouvé dans le quinzième volume de cette édition des additions très-importantes

1. Le sanglier de l’ile de Madagascar est le sanglier à masque [sus larvatus, Fréd. Guv.). (Voyez la note 2 de la page 404 du 111® volume.)

DU SANGLIER DU CAP VERT

faites par M. Allamand , dont je viens de parler. Quoique ce quinzième volume soit imprimé à Amsterdam en 1771, je n’en ai eu connaissance qu’aujourd’hui 23 juillet 1775, et j’avoue que c’est avec la plus grande satisfaction que j’ai parcouru l’édition entière, qui est bien soignée à tous égards; j’ai trouvé les notes et les additions de M. Allamand si judicieuses et si bien écrites que je me fais un grand plaisir de les adopter : je les insérerai donc à la suite des articles auxquels ces observations ont rapport. Je me serais dispensé de copier ce que l’on vient de lire; j’aurais même évité quelques recherches pénibles et plusieurs discussions que j’ai été contraint de faire, si j’avais eu plus tôt connaissance de ce travail de M. Allamand. Je crois que l’on en sera aussi satisfait que moi, et je vais commencer par donner ici ce que ce savant homme a dit au sujet du sanglier d’Afrique.

LE SANGLIER d’aFRIQUE.*

(Par M. le professeur Allamand.)

« Dans l’histoire que M. de Butfon nous a donnée du cochon il a dé- « montré que cet animal échappe à toutes les méthodes de ceux qui veulent c( réduire les productions de la nature en classes et en genres qu’ils distin- « guent par des caractères tirés de quelques-unes de leurs parties. Quoique « les raisons par lesquelles il appuie ce qu’il avance soient sans réplique, « elles auraient acquis un nouveau degré de force, s’il avait connu l’animal « que nous allons décrire.

« C’est un sanglier qui a été envoyé en 1765 du cap de Bonne-Espérance « à la ménagerie du prince d’ Orange, et qui jusqu’alors a été inconnu de « tous les naturalistes. Outre toutes les singularités qui font de notre « cochon d’Europe un animal d’une espèce isolée, celui-ci nous offre de « nouvelles anomalies qui le distinguent de tous les autres du même genre; « car non-seulement il a la tête différemment figurée, mais encore il n’a « point de dents incisives , d’où la plupart des nomenclaleurs ont tiré les « caractères distinctifs de cette sorte d’animaux, quoique leur nombre ne « soit point constant dans nos cochons domestiques.

« M. Tulbagh, gouverneur du Cap de Bonne-Espérance, qui ne perd « aucune occasion de rassembler et d’envoyer en Europe tout ce que la « contrée où il habite fournit de curieux, est celui à qui l’on est redevable « de ce sanglier; dans la lettre dont il l’accompagna, il marquait qu’il avait « été pris fort avant dans les terres, à environ deux cents lieues du Cap, et

* c’est toujours le sanglier , nommé aujourd’hui sanglier d’Éthiopie.

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