DU KWAGGA OU COUAGGA
Cet animal dont je n’ai eu aucune connaissance qu’après l’impression des feuilles précédentes , où il est question de l’onagre et du zèbre , me paraît être une espèce bâtarde ou intermédiaire* entre le cheval et le zèbre, ou peut-être entre le zèbre et l’onagre. Voici ce que M. le professeur Allamand en a publié nouvellement dans un supplément à l’édition de mes ouvrages imprimée en Hollande :
«Jusqu’à présent, dit ce savant naturaliste, on ne connaissait que le « nom de cet animal, et même encore très-imparfaitement, sans savoir « quel quadrupède ce nom indiquait. Dans le journal d’un voyage entre- « pris dans l’intérieur de l’Afrique par ordre du gouverneur du cap de « Bonne-Espérance, il est dit que les voyageurs virent, entre autres ani- « maux, des chevaux sauvages, des ânes et des qmchas. La signification « de ce dernier mot m’était absolument inconnue, lorsque M. Gordon m’a « appris que le nom de quachas était celui de kwagga, que les Hottentots
* Equus quaccha (Gmel. ). — Le couagga (Cuv.).
1. Le couagga est une espèce propre et distincte. — « Cet animal diffère du zèbre par sa « taille qui est moindre, par la forme de sa tête qui est moins allongée et plus élégante, et par « ses oreilles qui sont plus courtes , de façon que le couagga approche beaucoup plus que le « zèbre de la beauté du cheval; il ne ressemble à l’âne que par sa queue, qui est aussi dégarnie
« de longs poils à sa racine Les jambes du couagga sont déliées, et ses sabots petits et
« bien faits. Les bandes transversales, qui ornent tout le pelage du zèbre, sont en grande partie « effacées dans le couagga : ce dernier tient , à cet égard , une sorte de milieu entre le zèbre et « Vâne, dans lequel on n’aperçoit plus qu’une seule de ces bandes, celle de la croix, dernier « vestige d’un ornement plus complètement accordé aux deux espèces voisines : le couagga n’a « en effet de bandes bien marquées que sur la tête et sur le cou, et des traces légères de bandes
« sur les flancs; le reste du corps en est dépourvu Son nom exprime sa voix , qui ressemble
« à l’aboiement d’un chien. » (Cuvier. ) — Lorsque la ménagerie de Versailles fut transportée à Paris, elle n’avait plus que cinq animaux étrangers ; un couagga , un bubale, un pigeon huppé de File de Banda, un rhinocéros, envoyé de l’Inde en 1771 , et un lion. Voici comment Bernardin de Saint-Pierre parle du couagga : a C’est une espèce de cheval zébré à la tête et « aux épaules : il est venu du cap de Bonne-Espérance en 1784. Il est doux. 11 se présenta de « lui-même à sa grille pour se laisser caresser, excepté aux oreilles ; particularité qui, dit-on, « lui est commune avec l’âne. »
ADDITIONS
« donnent à l’animal dont il s’agit, et que j’ai cru devoir retenir, parce que « n’ayant jamais été décrit ni même connu en Europe, il ne peut être « désigné que par le nom qu’il porte dans le pays dont il est originaire.
« Les raies dont sa peau est ornée le font d’abord regarder comme une « variété dans l’espèce du zèbre, dont il ditfère cependant à divers égards. c( Sa couleur est d’un brun foncé, et, comme le zèbre, il est rayé très-régu- « lièrement de noir, depuis le bout du museau jusque au-dessus des « épaules, et cette même couleur des raies passe sur une jolie crinière « qu’il porte sur le cou. Depuis les épaules, les raies commencent à perdre « de leur longueur, et, allant en diminuant, elles disparaissent à la région « du ventre avant d’avoir atteint les cuisses. L’entre-deux de ces raies est « d’un brun plus clair, et il est presque blanc aux oreilles. Le dessous du « corps, les cuisses et les jambes sont blanches j sa queue, qui est un peu « plate, est aussi garnie de crins ou de poils de la même couleur; la corne « des pieds est noire, sa forme ressemble beaucoup plus à celle du pied du « cheval qu'à la forme du pied du zèbre. On s’en convaincra en compa- « rant la figure que j’en donne avec celle de ce dernier animal. Ajoutez à « cela que le caractère de ces animaux est aussi fort dilférent; celui des « couaggas est plus docile, car il n’a pas encore été possible d’apprivoiser « les zèbres assez pour pouvoir les employer à des usages domestiques, au « lieu que les paysans de la colonie du Cap attellent les couaggas à leurs « charrettes, qu’ils tirent très-bien; ils sont robustes et forts, il est vrai « qu’ils sont méchants : ils mordent et ruent; quand un chien les approche « de trop près, ils le repoussent à grands coups de pied, et quelquefois ils « le saisissent avec les dents; les hyènes même, que l’on nomme loups au «Cap, n’osent pas les attaquer; ils marchent en troupes, souvent au « nombre de plus de cent, mais jamais on ne voit un zèbre parmi eux, « quoiqu’ils vivent dans les mômes endroits.
« Tout cela semble indiquer que ces animaux sont d’espèces différentes ; « cependant ils ne diffèrent pas plus entre eux que les mulets ne diffèrent des « chevaux ou des ânes. Les couaggas ne seraient-ils point une race bâtarde « de zèbre? 11 y a en Afrique des chevaux sauvages blancs : Léon l’Africain « et Marmol l’assurent positivement; et ce qui est plus authentique encore, « c’est le témoignage de ces voyageurs dont j’ai cité le journal; ils ont vu « de ces chevaux blancs, ils ont vu aussi des ânes sauvages. Ces animaux « ne peuvent-ils pas se mêler avec les zèbres, et produire une race qui « participera des deux espèces? J’ai rapporté ci-devant un fait qui prouve « qu’une femelle zèbre, couverte par un âne, a eu un poulain. On ne peut « guère douter que l’accouplement d’un cheval avec une zèbre ne fût aussi « prolifique. Si celui des chevaux avec des ânesses ne produit pour l’ordi- « naire que des mulets stériles, cela n’est pas constant; on a vu des mules « avoir des poulains, et il est fort naturel de supposer que les chevaux
LE KWAGGA.
« ayant plus d’affinilé avec les zèbres qu’avec les ânes, il peut résulter du « mélange de ces animaux d’autres animaux féconds , capables de faire « souche, et ceci est également applicable aux ânes, puisque les zèbres « sont une espèce mitoyenne entre les chevaux et les ânes : ainsi je suis « fort porté à croire que les couaggas ne sont qu’une race bâtarde de « zèbres qui, pour la figure et les caractères, tiennent quelque chose des « deux espèces dont ils tirent leur origine.
« Quoi qu’il en soit, on a beaucoup d’obligation à M. Gordon de nous « les avoir fait connaître, car c’est lui qui m’en a envoyé le dessin et la « description. Il en vit un jour deux troupes, l’une d’une dizaine de couag- « gas adultes, et l’autre composée uniquement de poulains qui couraient « après leurs mères; il poussa son cheval entre ces deux troupes, et un des « poulains, ayant perdu de vue celle qui précédait, suivit aussitôt de lui- « même le cheval, comme s’il eût été sa mère. Les jeunes zèbres en font « autant en pareil cas. M. Gordon était alors dans le pays des Bosjemans, « et fort éloigné de toute habitation : ainsi il fut obligé d’abandonner ce « poulain le lendemain faute de lait pour le nourrir, et il le laissa courir où « il voulut. Il en a actuellement un autre qu’il réserve pour la ménagerie (( de le prince d’Orange. N’ayant pas pu se procurer un couagga adulte, « il n’a pu m’envoyer que le dessin d’un poulain; mais il me mande qu’il « n’y a aucune différence entre un poulain et un couagga qui a fait toute « sa crue, si ce n’est dans la grandeur, qui égale celle d’un zèbre, et dans « la tête, qui est à proportion un peu plus grosse dans le couagga adulte. « La différence qu’il y a entre les mâles et les femelles est aussi très-petite.
« Depuis que le Cap est habité, ces animaux en ont quitté les environs, « et ils ne se trouvent plus que fort avant dans l’intérieur du pays. Leur « cri est une espèce d’aboiement très-précipité, où l’on distingue souvent « la répétition de la syllabe kwah, hwah. Les Hottentots trouvent leur « chair fort bonne, mais elle déplaît aux paysans hollandais par son goût « fade.
« Le poulain, que j’ai fait représenter, avait depuis le bout du museau « jusqu’à la queue trois pieds sept pouces et trois lignes; le train de devant « était haut de deux pieds et dix pouces, et celui de derrière était plus bas « d’un pouce; sa queue était longue de quatorze pouces. »
Voilà tout ce que M. Allamand a pu recueillir sur l’histoire de cet animal ; mais je ne puis m’empêcher d’observer qu’il paraît y avoir deux faits contraires dans le récit de M. Gordon : il dit en premier lieu que les paysans des terres du Cap attellent les couaggas à la charrette, et quils tirent très-bien, et ensuite il avoue qu’il n’a pu se procurer un couagga adulte pour en faire le dessin; il paraît donc que ces anîmaux sont rares dans ces mêmes terres du Cap, puisqu’il n’a pu faire dessiner qu’un poulain. Si l’espèce était réduite en domesticité , il lui aurait été facile de se procurer un
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de ces animaux adultes. Nous espérons que ce naturaliste voyageur voudra bien nous donner de plus amples informations sur cet animal, qui me paraît tenir au zèbre de plus près qu’aucun autre.