‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 33 sur 392 · LE PITHÈQUE · texte numérisé non relu

LE PITHÈQUE

« s’apprivoise facilement et devient familier. Lorsqu’il a été élevé jeune il « mord rarement, quelque mauvais traitement qu’on lui fasse subir. Il est « naturellement craintif, et il sait distinguer avec une adresse étonnante « ceux qui lui veulent du mal. Il se rappelle les mauvais traitements, et « lorsqu’on lui en a souvent fait essuyer il faut du temps et des soins « assidus pour lui en faire perdre le souvenir. En revanche, il reconnaît « ceux qui lui font du bien; il les caresse, les appelle, les flatte par des « cris et par des gestes très-expressifs ; il leur donne même des signes « d’attachement et de fidélité; il les suit comme un chien sans jamais les « abandonner. La frayeur se peint sur le visage du pithèque; j’ai souvent vu « ces animaux changer sensiblement de couleur lorsqu’ils étaient saisis « d’effroi. Ils annoncent leur joie, leur crainte, leurs désirs, leur ennui « même par des accents différents et faciles à distinguer. Ils sont très-mal- « propres et lâchent leurs ordures partout où ils se trouvent; ils se plaisent « à mal faire et brisent tout ce qui se rencontre sous leur main sans qu’on « puisse les en corriger, quelque châtiment qu’on leur inflige. Les Arabes « mangent la chair du pithèque et la regardent comme un bon mets. »

Je dois ajouter à ces remarques de M. Desfontaines les observations que j’ai faites moi-même sur les habitudes naturelles, et même sur les habitudes acquises de ce singe, que l’on nourrit depuis plus d’un an dans ma maison; c’est un mâle, mais qui ne paraît point avoir, comme les autres singes, aucune ardeur bien décidée pour les femmes. Son attitude de mouvement la plus ordinaire est de marcher sur ses quatre pieds, et ce n’est jamais que pendant quelques minutes qu’il marche quelquefois debout sur ses deux pieds, le corps un peu en avant et les genoux un peu pliés. En général, il se balance en marchant; il est très-vif et presque toujours en mouvement; son plus grand plaisir est de sauter, grimper et s’accrocher à tout ce qui est à sa portée. Il paraît s’ennuyer lorsqu’il est seul, car alors il fait entendre un cri plaintif; il aime la compagnie, et lorsqu’il est en gaieté il le marque par un grand nombre de culbutes et de petits sauts. Au reste, il est d’un naturel fort doux et ressemble par là aux orangs-outangs; malgré sa grande vivacité, il mord très-rarement et toujours faiblement.

Cet individu avait, au mois d’avril 1787 deux pieds cinq pouces de hauteur, lorsqu’il se tenait debout sur ses pieds. Il était âgé de prés de deux ans ; il avait cru de près de six pouces en dix mois, et avait dans le même temps pris en proportion plus de grosseur et d’épaisseur de corps; son poil avait bruni, surtout à la racine. De tous les animaux de ce genre, le patas à bandeau blanc est celui auquel il ressemble le plus parla forme de la tête, qui est un peu allongée et aplatie au sommet; le front est assez court et couvert de poils presque aussi longs que ceux de la tête; il a les yeux enfoncés et l’iris d’un jaune rougeâtre; l’os frontal au-dessus de l’orbite des yeux est saillant, et l’on ne voit autour de cette partie aucun poil disposé en forme de

ADDITIONS

sourcils; il a des cils aux deux paupières; son nez est aplati et forme gouttière entre les deux narines qui sont posées obliquement et s’inclinent en dedans : toute la face est de couleur de chair pâle, avec des poils noirâtres très-clair-semés, mais en plus grand nombre autour de la bouche et sur le menton, au-dessous duquel des poils encore nombreux et d’un blanc sale forment une espèce de petite barbe. Il a trente dents* et deux alvéoles vides, d'où il en était tombé deux autres; l’oreille est grande, ronde et large en bas, mince, sans rebord et presque sans poils ; elle a vingt-trois lignes de longueur sur quinze lignes à sa plus grande largeur. Chaque poil est noirâtre, tant à sa racine qu’à son extrémité, et d’un jaune doré dans son milieu ; ce qui présente à l’œil une couleur générale d’un brun jaunâtre sur la tête et sur tout le dessus du corps et des membres. Le ventre et la face intérieure des cuisses et des jambes sont d’un blanc sale, et les poils y sont plus courts et moins touffus; la plus grande partie de la peau de cette face intérieure et du ventre est d’un beau bleu; la peau du dessous des mains et des pieds est douce, brunâtre et sans poils; les ongles sont arrondis et presque noirs; l’appendice de peau qui est à la place de la queue est souple et n’a que six lignes de longueur.

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