Voyez la note 2 de la page
LE PITHÈQÜE.
ADDITION
A l’article du pitiièque. *
Nous avons désigné, d’après Aristote, cet animal par tous les caractères qui le distinguent des autres singes sans queue ; et quoique nous ne l’eussions pas vu, nous ne doutions pas de son existence, que plusieurs naturalistes regardaient comme incertaine. Depuis ce temps, M. Desfontaines, savant naturaliste et professeur au Jardin du Roi, a rencontré dans le royaume d’Alger un singe qu’il a reconnu pour le pithèque que j’avais indiqué ; il l’a nourri pendant plusieurs mois en Barbarie , et à son retour en France il a bien voulu m’en faire hommage, et j’ai eu la satisfaction de pouvoir reconnaître tous ses caractères et ses habitudes naturelles, depuis plus d’un an que je l’ai vivant et sous mes yeux. Je l’ai fait dessiner dans deux attitudes de mouvements, c’est-à-dire debout sur ses deux pieds de derrière et sur ses quatre pieds; je l’ai fait aussi représenter en petit, assis, troisième attitude qu’il prend lorsqu’il est en repos. Je dois donner d’abord les observations de M. Desfontaines sur la nature et les mœurs de cet animal.
« Les singes pithèques , a dit ce savant naturaliste , se trouvent dans les « forêts de Bougie, du Côle , et de Stora dans l’ancienne Numidie , qui est « aujourd’hui la province de Constanline, du royaume d’Alger ; ils habitent « particulièrement ces contrées, et je n’ai pas ouï dire qu’on en eût observé « dans aucun autre lieu de la Barbarie. Ils vivent en troupes dans les « forêts de l’Atlas qui avoisinent la mer, et ils sont si communs à Stora, « que les arbres des environs en sont quelquefois couverts. Ils se nourris- « sent de pommes de pin, de glands doux, de figues d’Inde, de melons, de « pastèques, de légumes qu’ils enlèvent des jardins des Arabes, quelques « soins qu’ils prennent pour écarter ces animaux malfaisants. Pendant « qu’ils commettent leurs vols, il y en a deux ou trois qui montent sur la « cime des arbres et des rochers les plus élevés pour faire sentinelle; et dès « que ceux-ci aperçoivent quelqu’un, ou qu’ils entendent quelque bruit, « ils poussent un cri d’alerte, et aussitôt toute la troupe prend la fuite en « emportant tout ce qu’ils ont pu saisir.
« Le pithèque n’a guère que deux pieds de hauteur lorsqu’il est droit
* Le magot. (Voyez la nomenclature de la page 38.)
— « Le magot est le singe le plus anciennement connu, et c’est aussi le plus commun de tous « ceux qu’on amène en Europe. C’est le githecoa des anciens; mais Buffon a voulu prouver que « ce nom devait être appliqué à une seconde espèce dont il voyait le type dans un jeune singe « apporté de Barbarie par M. Desfontaines : or, ce singe, ayant vécu quelques années en France, « subit tous les changements de formes qu’on remarque dans les animamx du genre des maca- « ques, et devint, lorsqu’il fut adulte , entièrement semblable au magot. » (Fréd. Cuvier.)
ADDITIONS
« sur ses jambes; il peut marcher debout pendant quelque temps, mais il « se soutient avec difficulté dans cette attitude qui ne lui est pas naturelle. « Sa face est presque nue, une peu allongée et ridée, ce qui lui donne « toujours un air vieux. Il a vingt-huit dents* ; les canines sont courtes et « à peu près semblables à celles de l’homme. Ses abajoues ont peu de « largeur ; ses yeux sont arrondis, roussâtres et d’une grande vivacité; les « fesses sont calleuses, et à la place de la queue il y a un petit appendice « de peau, long de cinq à six lignes. Les ongles sont aplatis comme dans « l’homme , et il se sert de ses pieds et de ses mains avec beaucoup « d’adresse pour saisir les divers objets qui sont à sa portée : j’en ai vu « qui dénouaient leurs liens avec la plus grande facilité. La couleur du « pithèque varie du fauve au gris : dans tous ceux que j’ai observés une « partie de la poitrine et du ventre étaient recouverts d’une large tache « noirâtre; la verge est grêle et pendante dans le mâle; les testicules ont « peu de volume.
« Quoique ces animaux soient très-lubriques, et qu’ils s’accouplent fré- « quemment dans l’état de domesticité, comme j’ai eu occasion de l’ob- « server, il n’y a cependant pas d’exemple qu’ils aient jamais produit dans « cet état de servitude^, même en Barbarie où l’on en élève beaucoup dans « les maisons des Francs. Lorsqu’ils s’accouplent, le mâle monte sur la « femelle qui est à quatre pieds; il lui appuie ceux de derrière sur les « jambes , et il l’excite au plaisir en lui chatouillant les côtés avec les « mains : elle est sujette à un léger écoulement périodique, et je me suis « aperçu que ses parties naturelles augmentaient alors sensiblement de « volume.
« Dans l’état sauvage elle ne produit ordinairement qu’un seul petit ; « presque aussitôt qu’il est né il monte sur le dos de la mère, lui embrasse « étroitement le cou avec les bras, et elle le transporte ainsi d’un lieu dans « un autre; souvent il se cramponne à ses mamelles et s’y tient fortement « attaché.
« Celui de tous les singes avec lequel le pithèque a le plus de rapports « est le inagot, dont il diffère cependant par des caractères si tranchés qu’il « parait bien former une espèce distincte. Le magot est plus grand, ses « testicules sont très-volumineux; ceux du pithèque, au contraire, sont « fort petits. Les dents canines supérieures du magot sont allongées comme « les crocs des chiens; celles du pithèque sont courtes et à peu près sem- « blables à celles de l’homme. Le pithèque a des mœurs plus douces, plus « sociales que le magot : celui-ci conserve toujours dans l’état de dômes- « ticité un caractère méchant et même féroce; le pithèque, au contraire,
1. Parce qu’il était jeune. — (Voyez la nomenclature de la page 38.) -- Le pithèque adulte, c’est-à-dire le marjot, en a trente deux.