‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 335 sur 392 · DE LA CHEVRE SAUTANTE · texte numérisé non relu

DE LA CHEVRE SAUTANTE

« maux springbok, chèvres sautantes; elles habitent les terres intérieures « de l’Afrique, et n’approchent les colonies du Cap que lorsque la grande « sécheresse ou le manque d’eau et d’herbage les force de changer de lieu; « mais c’est alors qu’on en voit des troupes, depuis dix mille jusqu’à cin- « quante mille, quoiqu’elles soient toujours accompagnées ou suivies par « les lions , les onces , les léopards, et les hyènes qu’on appelle au Cap « chiens sauvages, qui en dévorent une grande quantité. L’avant-garde de « la troupe, en s’approchant des habitations, a de l’embonpoint, le corps « d’armée est en moins bonne chair, et l’arrière-garde est fort maigre et « mourant de faim, mangeant jusqu’aux racines des plantes dans ces ter- « rains pierreux; mais en s’en retournant l’arrière-garde devient à son « tour plus grasse, parce qu’elle part la première, et l’avant-garde, qui « alors se trouve la dernière, devient plus maigre. Au reste, ces chèvres ne « sont point peureuses lorsqu’elles sont ainsi rassemblées, et ce n’est même « qu’à coups de fouet ou de bâton qu’un homme peut passer à travers leur « troupe. En les prenant jeunes elles s’apprivoisent aisément; on peut les « nourrir de lait, de pain, de blé, de feuilles de choux, etc.; les mâles sont « assez pétulants et méchants même en domesticité, et ils donnent des coups « de cornes aux personnes qu’ils ne connaissent pas; lorsqu’on leur jette « des pierres ils se mettent en posture de défense, et parent souvent le « coup de pierre avec les cornes. Une de ces chèvres sautantes, âgée de « trois ans, que nous avions prise au Cap, et qui était fort farouche, s’ap- « privoisa sur le vaisseau au point de venir prendre du pain dans la main, « et elle devint si friande de tabac qu’elle en demandait avec empressement « à ceux qui en usaient ; elle semblait le savourer et l’avaler avec avidité; « on lui donna une assez grande quantité de tabac en feuille, qu’elle mangea « de même avec les côtes et les tiges de ces feuilles; mais nous remar- « quâmes en même temps que les chèvres d’Europe qu’on avait embar- « quées sur le vaisseau pour avoir du lait mangeaient aussi très-volontiers « du tabac.

« Les chèvres sautantes ont une longue tache blanche qui commence par « une ligne au milieu du dos, et finit vers le croupion en s’élargissant; celte « tache blanche n’est pas apparente sur le dos lorsque l’animal est tran- « quille, parce qu’elle est couverte par les longs poils fauves qui l’enlou- « rent; mais lorsqu’il saute ou bondit en baissant la tête, on voit alors « celte grande tache blanche à découvert.

« Les chèvres sautantes sont de la grandeur des axis du Bengale, mais le « corps et les membres en sont plus délicats et plus déliés ; les jambes sont « plus hautes ; le pelage, en général, est d’un fauve jaunâtre ou d’une cou- « leur de cannelle vive; la partie postérieure des pieds, une partie du cou, « la poitrine, le ventre et la queue, sont d’un assez beau blanc, à l’excepte lion de l’extrémité de la queue, qui est noire; le blanc du ventre est bordé

ADDITIONS

c( par une bande d’un brun rougeâtre qui s’étend tout le long du flanc; il K y a aussi une bande de brun noirâtre qui descend depuis les yeux jus- « qu’aux coins de la bouche ; et sur le front une autre bande triangulaire « de fauve jaunâtre qui descend quelquefois jusque sur le museau, où elle « finit en pointe, et qui en remontant sur le sommet de la tète, où elle « s’élargit, se joint au fauve jaunâtre du dessus du corps ; le reste de la tête « est de couleur blanche, elle est de forme oblongue; les narines sont « étroites et en forme de croissant; leur cloison répond à la division de la « lèvre supérieure qui est fendue, et c’est là qu’on remarque un amas de « petites éminences hémisphériques, noires, dénuées de poils et toujours « humides ; les yeux sont grands, vifs et pleins de feu ; l’iris est de couleur « brune; sous l’angle antérieur de chaque œil il y a un larmier dont l’ori- « fice est presque rond; les oreilles sont à peu près aussi longues que la «tête entière; elles forment d’abord un tube assez étroit, s’élargissent « ensuite et finissent en pointe mousse; le cou est assez long, grêle et un « peu comprimé sur les côtés ; les jambes de devant paraissent moins « hautes que celles de derrière qui sont divergentes, de manière qu’en « marchant l’animal semble se balancer de côté et d’autre; les sabots des « quatre pieds sont petits, de forme triangulaiii3 et de couleur noire, de « même que les cornes, qui ont environ un pied de longueur, avec douze « anneaux, à compter depuis la base, et qui se terminent en une pointe lisse.

« Il semble que ces chèvres sautantes aient quelque pressentiment de l’ap- « proche du mauvais temps, surtout du vent du sud-est, qui, au cap de « Bonne-Espérance, est très-orageux et très-violent; c’est alors qu’elles font « des sauts et des bonds, et que la tache blanche qui est sur le dos et le « croupion paraît à découvert; les plus vieilles commencent à sauter, et « bientôt tout le reste de la troupe en fait de même. La femelle, dans cette « espèce, a des cornes ainsi que le mâle, et la corne qui est figurée dans le « tome XII de Y Histoire naturelle * est celle d’un vieux mâle. Au reste, les « cornes sont de figures si différentes dans ces animaux que, si on voulait « ranger l’ordre des gazelles par ce caractère, il y aurait des chèvres sauce tantes dans toutes les divisions. »

Après avoir comparé cette description de M. Forster et la figure que nous avons donnée ^ de cette chèvre sautante du Cap , il paraîtrait au premier coup d’œil que c’est le même animal que celui que M. Allamand appelle bontebok, et dont il donne la description et la figure dans le nouveau Supplément à mon ouvrage, imprimé à Amsterdam cette année 1781, et que j’ai fait copier ; cependant j’avoue qu’il me reste encore quelque doute sur l’identité de ces deux espèces, d’autant que la chèvre sautante est appelée sprin- (jerbok, et non pas bontebok par les Hollandais du Cap.

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