‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 352 sur 392 · DE LA GAZELLE ANTILOPE · texte numérisé non relu

DE LA GAZELLE ANTILOPE

« avec les axis ou daims mouchetés ; ils vivent en paix et y élèvent égale- « ment leurs petits.

c( Le premier mâle était déjà vieux lors de son arrivée, et la femelle était « adulte; ce mâle est mort en 1766, mais la femelle était encore vivante « alors, et quoiqu’elle fût âgée de plus de dix ans, elle avait mis bas Tance née précédente 1765; le mâle, qui était très-sauvage, ne s’est jamais cc apprivoisé ; la femelle, au contraire, est très-familière; on la fait aiséc( ment approcher et suivre en lui présentant du pain ; elle se lève, comme les « axis, sur les pieds de derrière pour y atteindre lorsqu’on le lui présente « trop haut; cependant elle se fâche aisément dès qu’on la tourmente, elle donne même des coups de tête comme un bélier; on voit alors sa peau c( et son poil frémir; les jeunes, à l’exemple du père, sont sauvages et «fuient lorsqu’on veut les approcher; ils vont en troupes marchant d’a- « bord assez doucement, ensuite par petits sauts, et quand ils précipitent « leur fuite, ils bondissent et font des sauts qu’on ne peut comparer qu’à « ceux du cerf ou du chamois. Je n’ai jamais entendu leur voix, cependant « les gardes de la ménagerie déposent que, dans le temps du rut, les mâles « ont une espèce de hennissement. On les nourrit comme les autres ani- « maux ruminants, et ils supportent assez bien nos hivers; ils aiment la « propreté, car la troupe entière choisit un terrain pour aller faire ses « ordures. Le temps de la chaleur des femelles n’est pas fixe; elles sont « quelquefois pleines deux mois après avoir mis bas; les mâles en usent en « toutes saisons, ils ne s’en abstiennent que quand elles sont pleines; Tac- « couplement ne dure que très-peu de temps; la femelle porte près de neuf « mois, ne produit qu’un petit qu’elle allaite, sans se refuser à en allaiter « d’autres; les petits restent couchés pendant huit jours après leur nais- « sance, après quoi ils accompagnent la troupe. Les jeunes femelles suivent

« les mères lorsqu’elles se séparent de la troupe Ces animaux croissent

« pendant trois ans, et ce n’est guère qu’à cet âge que les mâles sont en état « d’engendrer; les femelles sont mûres de meilleure heure et peuvent pro- « duire à deux ans d’âge. Dans les six premières années il y a peu de ditîé- « rence entre les mâles et les femelles; mais ensuite les femelles se distin- « guent aisément par une bande blanche sur les flancs, près du dos, et par « un caractère encore moins équivoque, c’est qu’il ne leur vient jamais de « cornes sur la tête, tandis que dans le mâle on peut apercevoir les rudi- « ments des cornes dès Tâge de sept mois, et ces cornes forment deux tours « de vis, avec dix ou douze rides à Tâge de trois ans; c’est alors aussi que « les bandes blanches du dos et de la tête commencent à s’évanouir, la « couleur des épaules et du dos noircit, et le dessus du cou devient jaune ; « ces mêmes couleurs prennent une teinte plus foncée à mesure que Tani- « mal avance en âge... Les cornes croissent bien lentement... Ces animaux, « surtout après leur mort, ont une légère odeur qui n’est pas désagréable.

ADDITIONS

« et qui est pareille à celle que les cerfs et les daims exhalent aussi après « leur mort... Au reste, cet animal approche de l’espèce que M. de Buffon « a appelée la gazelle, par la couleur noire des côtés du cou et du corps, « par les touffes de poil au-dessous des genoux, dans les jambes de devant; « elle approche du tzeïran et de la grimme de M. de Buffon, parce que les « femelles n’ont de cornes dans aucune de ces trois espèces; mais elle dif- « fère en général de toutes les autres gazelles, en ce qu’il n’y a aucune « espèce où le mâle et la femelle, devenus adultes, soient de couleurs aussi « différentes que dans celle-ci.

M. Pallas donne en même temps les figures du mâle et de la femelle en deux planches séparées qui m’ont paru très-bonnes ; je les ai fait copier et graver*. Yoici encore quelques remarques de M. Pallas sur les parties extérieures de cet animal.

« Il est à peu près de la même figure de notre daim d’Europe; cependant « il en diffère par la forme de la tête et il lui cède en grandeur; les narines « sont ouvertes, la cloison qui les sépare est épaisse, nue et noire... Les « poils du menton sont blancs, et le tour de la bouche brun ; la langue est « plane et arrondie; les dents de devant sont au nombre de huit, celles du « milieu sont fort larges et bien tranchantes, et celles des côtés plus aiguës... « Les yeux sont environnés d’une aire blanche, et l’iris est d’un brun jau- « nâtre; il y a une raie blanche au devant des yeux au commencement de « laquelle se trouvent les narines; les oreilles sont assez grandes, nues en « dedans, bordées de poils blancs et couvertes en dehors d’un poil de la « même couleur que celui de la tête... Les jambes sont longues et menues, « mais celles de derrière sont un peu plus hautes que celles de devant; les « sabots sont noirs, pointus et assez serrés l’un contre l’autre; la queue est « plate et nue par-dessous vers son origine; la verge du mâle est appliquée « longitudinalement sous le ventre ; le scrotum est si serré entre les cuisses « que l’un des testicules est devant et l’autre derrière; le poil est très-fort « et très-raide au-dessus du cou et au commencement du dos ; il est blanc « comme neige sur le ventre et au dedans des cuisses et des jambes, ainsi « qu’au bout de la queue. »

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