DE LA GAZELLE TZEÏRAN
M. Pallas remarque, avec raison, que MM. Houttuyn et Linnæus ont eu tort de nommer cervicapra cette gazelle , d’autant plus qu’ils citent en
1. Volume VI des Suppléments de l’édition de l’imprimerie royale, planches xviiietxix. * Antilope leucophæa (Gmel. ). — L’antilope bleue (Cuv.). — Vulgairement chèvre bleue. — « Nommée mal à propos tzeïran par Buffon. » (Cuvier. ) — Voyez la note 3 de la page 357 du UN volume.
DU TZEIRAN.
même temps les ligures du cervi capra de Dodard et de Jonston, qui sont très-différentes de celle de notre tzeïran ; mais M, Pallas aurait dû adopter le nom tzeïran que cette gazelle porte dans son pays natal, et l’on ne voit pas pourquoi il a préféré de lui donner celui de pygargus. Il a jugé par la grandeur des peaux que cet animal est plus grand que le daim ; la description qu’il en donne ajoute peu de chose à ce que nous en avons dit, et la signification du moi pygargus ne peut pas distinguer cette gazelle du chevreuil, ni même de quelques autres gazelles qui ont une grande tache blanche au-dessus de la queue.
MM. Forster, père et fils, m’ont donné sur cet animal les notices suivantes : « Jusqu’ici on ignore, disent-ils, s’il y a des tzeïrans en Afrique, et il paraît « qu’ils affectent le milieu de l’Asie ; on les trouve en Turquie, en Perse, M en Sibérie, dans le voisinage du lac Baïkal, en Daourie et à la Chine. « M. Pallas décrit une chasse à l’arc avec des flèches très-lourdes qu’un « grand nombre de chasseurs décochent à la fois sur ces animaux qui vont « en troupes. Quoiqu’ils passent l’eau à la nage de leur propre mouve- « ment et pour aller chercher leur pâture au delà d’une rivière, cependant « ils ne s’y jettent pas lorsqu’ils sont poursuivis et pressés par les chiens « et par les hommes j ils ne s’enfuient pas même dans les forêts voisines, « et préfèrent d’attendre leurs ennemis. Les femelles entrent en chaleur « à la fin de l’automne, et mettent bas au mois de juin. Les mâles ont «sous le ventre, aux environs du prépuce, un sac ovale qui est assez « grand et dans lequel est un orifice particulier; ces sacs ressemblent à la « poche du musc, mais ils sont vides, et ce n’est peut-être que dans la « saison des amours qu’il s’y produit quelque matière par sécrétion. Ce sont « aussi les mâles qui ont des proéminences au larynx, lesquelles grossissent « à mesure que les cornes prennent de l’accroissement. On prend quelque- « fois des faons de tzeïran, qui s’apprivoisent tellement qu’on les laisse « aller se repaître aux champs, et qu’ils reviennent régulièrement le soir à « l’étable; lorsqu’ils sont apprivoisés ils prennent en affection leur maître; « îls vont en troupes dans leur état de liberté, et quelquefois ces troupes de « tzeïrans sauvages se mêlent avec les troupeaux de bœufs et de veaux ou « d’autres animaux domestiques; mais ils prennent la fuite à la vue de « l’homme; ils sont de la grandeur et de la couleur du chevreuil, et plus « roux que fauves; les cornes sont noires, un peu comprimées en bas, « ridées d’anneaux et courbées en arrière de la longueur d’un pied; la « femelle ne porte point de cornes. »
Je vais ajouter à ces notices de MM. Forster la description du tzeïran, que M. le professeur Allamand a publiée dans l’édition faite en Hollande de mes ouvrages sur l’histoire naturelle.
« On a vu, dit ce savant naturaliste, dans l’article où j’ai parlé du pasan, « que je doutais fort que l’animal auquel j’ai donné ce nom fût celui qu’on
ADDITIONS
« appelle ainsi dans l’Orient; cependant je lui ai conservé ce nom, parce « que c’est vraisemblablement le même que le pasan de M. de Buffon. Une « semblable raison m’engage à nommer izeïran l’animal que j’ai fait c( représenter. Par un heureux hasard, mais qui ne se présente qu’à ceux « qui méritent d’en être favorisés, M. le docteur Klockner en a découvert c( la dépouille dans la boutique d’un marchand; ses cornes sont les mêmes « que celle que M. de Buffon a trouvée dans le Cabinet du Roi *, et qu’il a «jugé appartenir à une gazelle que les Turcs appellent tzeïran, et lesPer- « sans ahu. Il en a porté ce jugement à cause de sa ressemblance avec les « cornes que Kæmpfer a données à son tzeïran dans la figure qu’il en a « fait graver; mais cette figure est si mauvaise, qu’on ne peut guère se « former une idée de l’animal qu’elle doit représenter ; et d’ailleurs, comme « M. de Buffon l’a remarqué, elle ne s’accorde point avec la description « que Kæmpfer en a donnée “ ; et même dans la planche on trouve le nom « de o/n« sous la figure de l’animal qui, dans le texte, porte le nom de « pasan, et celui de pasan sous la figure du tzeïran; si le tzeïran de cet « auteur est, comme M. de Buffon paraît le supposer, le même animal que « M. Gmelin a décrit dans ses Voyages en Sibérie, et qu’il a appelé dseren'^, « et dont il a donné la figure dans les nouveaux Actes de l’Académie de « Saint-Pétersbourg * sous le nom de caprea campestris gutturosa , il est « encore plus douteux que la corne trouvée dans le Cabinet du Roi lui appar- « tienne, car elle ne ressemble aucunement à celles que porte le dseren « de M. Gmelin, si au moins on peut compter sur la figure qu’il en a X publiée, et qui le représente avec de courtes cornes de gazelle, tandis K que dans le texte il est dit qu’elles sont semblables à celles du bouquetin.
« M. Pallas nomme le tzeïran antilope py g argus % et il lui donne des « cornes pareilles à celles que M. de Buffon lui suppose, puisqu’il renvoie « à la figure qu’il en a publiée; et cependant, dans la description qu’il en « a faite, il dit que ses cornes sont recourbées en forme de lyre, et plus « petites à proportion que celles de la gazelle; or, il n’y a qu’à jeter les
a. Kæmpferi Aniœnitates exoticœ, page 404.
b. Voyez-en le t. V, page 347, et la planche ix.
c. Spicilegia zoologica, fascicul. i, page 10.
1. Voyez la note 2 de la page 3S7 du III® volume. — « Buffon a donné pour appartenir au « tzeïran ou dseren une corne , qu’il avait trouvée au Cabinet du Roi , et qui n’est ni de l’un Cl ni de l’autre, mais qui vient de V antilope bleue. Il avait peut-être été conduit à cette erreur, M parce que Aldrovande a fait représenter cette même corne à la tête de son chapitre du U bezoard , et que Kæmpfer attribue au tzeïran la production de cette fameuse pierre.
« Enfin, Allamand, ayant trouvé V antilope bleue entière. Ta décrite sous le nom de tzeï~ « ran, quoiqu’il aperçût bien qu’elle n’était pas le véritable tzeïran, et encore moins le dseren, (1 et cette figure a passé sous ce nom dans les Suppléments, t. VI, pl. xx, sans aucune obser- « vation qui puisse faire remarquer que ce n’est pas l’espèce dont elle accompagne l’histoire. » (Cuvier).
2. Le dseren et le tzeïran sont deux espèces distinctes. — Voyez les notes 3 et 5 de lap. 357 du I1I<^ volume.
DU TZEIRAN.
« yeux sur la figure qu’il cite pour se convaincre qu’elle représente une « corne très-clitférente de celles qu’il décrit.
« Je ne déciderai point si l’animal dont je vais parler est le véritable « tzeïran de Kæmpfer ou non j pour lui en conserver le nom, il me suffit « qu’il ait des cornes semblables à celles que M. de Bulfon lui attribue; l’on « n’en doutera pas si l’on compare la corne, quoique tronquée, qui est « représentée dans la planche xxxi, figure 6 du XIl“ volume’, avec celles « que porte notre tzeïran; elles sont annelées de même, et quelques-uns de « leurs anneaux se partagent en forme de fourche ; leur courbure est aussi « semblable, et leur grosseur ne paraît pas dilférer, non plus que leur lon- « gueur. Je n’oserai pas en dire autant de la corne qui est gravée dans « Aldrovande, lib. i. De Bisukis, pag. 757. Les anneaux de celle-ci me c( semblent être différents, aussi bien que sa longueur, sa grosseur et sa « courbure; cependant ce n’est pas sans raison que M. de Buffon croit que « c’est la même que celle qu’il donne au tzeïran. Cet animal est rangé par « Kæmpfer parmi ceux qui portent des bézoards, et Aldrovande a fait repré- « senter cette corne dans le chapitre où il est question de ces animaux.
« J’ai déjà remarqué que c’est à M. le docteur Klockner que l’on doit la « découverte de notre tzeïran, et c’est à lui aussi que l’on est redevable de « la description que j’en vais faire. Il en a préparé la peau avec beaucoup « de soin, et elle est actuellement un des principaux ornements du riche « Cabinet d’histoire naturelle que feu M. J.-C. Sylvius Van Lennep, con- « seiller et échevin de la ville de Harlem, a laissé par testament à la Société « hollandaise des sciences établie dans ladite ville. Celui de qui il acheta « cette peau ne put lui dire de quel endroit elle avait été envoyée; mais la « manière dont elle était empaquetée, et quelques autres circonstances, lui « firent juger qu’elle venait du Cap.
« Cet animal a la grandeur et la figure d’un cerf, mais son front avance « plus en devant; sa couleur est d’un gris blanchâtre, où se trouvent quelle ques poils tirant sur le noir; sous le ventre il est tout à fait blanc ; la tête « est d’un gris plus sombre, et au-devant des yeux il y a une large tache « d’un blanc pâle qui descend, en devenant moins large, presque jusqu’au «coin de la bouche; ses cornes forment un arc de cercle, mais dont la « courbure est plus forte que celle de la corne qui est représentée dans la « planche xxxi, figure 6, du XII® volume; elles sont noires et creuses; « elles sont environnées d’anneaux circulaires jusqu’aux trois quarts de « leur longueur, et ces anneaux sont plus éminents du côté intérieur que « du côté opposé ; le reste de ces cornes est fort lisse et se termine en une « pointe très-aiguë.
« Les oreilles sont pointues et d’une longueur remarquable, à proportion « de la tête.