‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 377 sur 392 · DES BŒUFS · texte numérisé non relu

DES BŒUFS

« commun, se gerce dans toute sa longueur, et au moindre frottement eSle K tombe ; mais la corne subsiste, ne tombe pas en entier, et n’est pas rem- <( placée par une autre : c’est une simple exfoliation, d’où se forme cetta « espèce de bourrelet qui se trouve depuis l’âge de trois ans au bas des « cornes des taureaux, des bœufs et des vaches, et chaque année suivante « un nouveau bourrelet est formé par l’accroissement et l’addition d’une « nouvelle lame conique de cornes, formée dans l’intérieur de la corne « immédiatement sur l’os qu’elle enveloppe, et qui pousse le cône corné de « trois ans un peu plus avant. 11 semble donc que la lame mince, exfoliée « au bout de trois ans, formait l’attache de la corne à l’os frontal , et que « la production d’une nouvelle lame intérieure force la lame extérieure, « qui s’ouvre par une fissure longitudinale, et tombe au premier frotle- « ment; le premier bourrelet formé, les lames intérieures suivent d’année « en année, et poussent la corne triennale plus avant, et le bourrelet se « détache de même par le frottement; car on observe que ces animaux « aiment à frotter leurs cornes contre les arbres ou contre les bois dans « l’étable. Il y a même des gens assez soigneux de leur bétail pour planter « quelques poteaux dans leur pâturage , afin que les bœufs et les vache.s « puissent y frotter leurs cornes; sans cette précaution ils prétendent avoir « remarqué que ces animaux se battent entre eux par les cornes, et cela « parce que la démangeaison qu’ils y éprouvent les force à chercher les « moyens de la faire cesser; ce poteau sert aussi à ôter les vieux poils, qui, « poussés par les nouveaux, causent des démangeaisons à la peau de ces c< animaux. »

Ainsi les cornes du bœuf sont permanentes et ne tombent jamais en entier que par accident, et quand le bœuf se heuite avec violence contre quelque corps dur; et lorsque cela arrive, il ne reste qu’un petit moignon qui est fort sensible pendant plusieurs jours, et quoiqu’il se durcisse, il ne prend jamais d’accroissement, et l’animal est écorné pour toute la vie“.

DE l’aurochs et DU BISON.*

M. Forster m’a informé que la race des aurochs ne se trouve actuellement qu’en Moscovie, et que les aurochs qui étaient en Prusse et sur les confins de la Lithuanie ont péri pendant la dernière guerre ; mais il assure que les bisons sont encore communs dans la Moldavie. Le prince Démétrius Cantemir en parle dans sa Description de la Moldavie (partie i". chapitre vu).

a. Note communiquée par un anonyme.

* Voyez les notes du III® volume, page 246 et suivantes.

ADDITIONS

«Sur les montagnes occidentales de la Moldavie on trouve, dit-il, un « animal que l’on appelle zimhr, et qui est indigène dans cette contrée ; il « est de la grandeur d’un bœuf commun, mais il a la tête plus petite, le cou « plus long, le ventre moins replet et les jambes plus longues; ses cornes « sont minces, droites, dirigées en haut, et leurs extrémités, qui sont assez « pointues, ne sont que très-peu tournées en dehors : cet animal est d’un « naturel farouche, il est très-léger à la course ; il gravit comme les chèvres « sur les rochers escarpés, et on ne peut l’attraper qu’en le tuant ou le « blessant avec les armes à feu. C’est l’animal dont la tête fut mise dans « les armes de la Moldavie par Pragosh, le premier prince du pays ; » et comme le bison s’appelle en polonais zuhr, qui n’est pas éloigné de zimhr, on peut croire que c’est le même animal que le bison, car le prince Cantemir le distingue nettement du buffle, en disant que ce dernier arrive quelquefois sur les rives du Niester, et n’est pas naturel à ce climat, tandis qu’il assure que le zimbr se trouve dans les hautes montagnes de la partie occidentale de la Moldavie, où il le dit indigène.

Quoique les bœufs d’Europe, les bisons d’Amérique et les bœufs à bosse de l’Asie ne diffèrent pas assez les uns des autres pour en faire des espèces* séparées puisqu’ils produisent ensemble, cependant on doit les considérer comme des races distinctes qui conservent leurs caractères, à moins qu’elles ne se mêlent, et que par ce mélange ces caractères distinctifs ne s’etfacent dans la suite des générations : par exemple, tous les bœufs de Sicile, qui sont certainement de la même espèce que ceux de France, ne laissent pas d’en différer constamment par la forme des cornes, qui sont très-remarquables par leur longueur et par la régularité de leur figure; ces cornes n’ont qu’une légère courbure, et leur longueur ordinaire, mesurée en ligne droite, est ordinairement de trois pieds, et quelquefois de trois pieds et demi; elles sont toutes très-régulièrement contournées, et d’une forme absolument semblable, en sorte que tous les bœufs de cette île se ressemblent autant entre eux par ce caractère, qu’ils diffèrent en cela des autres bœufs de l’Europe.

De même la race du bison a en Amérique une variété constante. Nous donnons la figure^ d’une tête qui nous a été communiquée par un savant de rUniversité d’Edimbourg, M. Magwan, sous le nom de tête de bœuf musqué^, et c’est en effet le même animal qui a été décrit par le P. Charlevoix, et que nous avons cité page 270, volume III. On voit par la grandeur et la position des cornes de ce bœuf ou bison musqué, qu’il diffère,

1. Le hœuf à bosse de TAsie est le zébu. Le zébu n’est qu’une race ou variété de notre bœuf domestique. Notre bœuf domestique vient du thur , souche primitive, aujourd’hui perdue. Le bison d’Amérique, le bison des naturalistes actuels est une espèce propre et distincte. — Voyez, sur tous ces points , mes notes du IID volume, de la page 246 à la page 273.

2. Volume VI des Suppléments de l’édition in-4“ de l’Imprimerie royale , planche lu.

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