Voyez la note 2 de la page 455 du II® volume
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premier est le grand mulet ou mulet simplement dit, qui provient de la jonction de l’âne à la jument; le second est le petit mulet provenant du cheval et de l’ânesse, que nous appellerons bardeau pour le distinguer de l’autre. Les anciens les connaissaient et les distinguaient comme nous par deux noms ditrérents; ils appelaient miilus le mulet provenant de l’âne et de la jument, et ils donnaient les noms de ytwoç, hinnus, burdo au mulet provenant du cheval et de l’ânesse ; ils ont assuré que le mulet, mulus “, produit avec la jument un animal auquel ils donnaient aussi le nom de ginnus ou hinnus’^; ils ont assuré de même que la mule, mula, conçoit assez aisément, mais qu’elle ne peut que rarement perfectionner son fruit; et ils ajoutent que quoiqu’il y ait des exemples assez fréquents de mules qui ont mis has, il faut néanmoins regarder cette production comme un prodige.
Mais qu’est-ce qu’un prodige dans la nature, sinon un effet plus rare que les autres? Le mulet peut donc engendrer, et la mule peut concevoir, porter et mettre bas dans de certaines circonstances; ainsi il ne s’agirait que de faire des expériences pour savoir quelles sont ces circonstances, et ! pour acquérir de nouveaux faits dont on pourrait tirer de grandes lumières sur la dégénération des espèces par le mélange, et par conséquent sur l’unité ou la diversité de chaque genre; il faudrait, pour réussir à ces expériences, donner le mulet à la mule, à la jument et à l’ânesse, faire la même chose avec le bardeau, et voir ce qui résulterait de ces six accou- ! plements différents; il faudrait aussi donner le cheval et l’âne à la mule, et faire la même chose pour la petite mule ou femelle du bardeau : ces épreuves, quoique assez simples, n’ont jamais été tentées dans la vue d’en ; tirer des lumières; et je regrette de n’être pas à portée de les exécuter, je suis persuadé qu’il en résulterait des connaissances que je ne fais qu’entrevoir, et que je ne puis donner que comme des présomptions. Je crois, par exemple, que de tous ces accouplements, celui du mulet et de la femelle |
bardeau, et celui du bardeau et de la mule, pourraient bien manquer abso- |
lument; que celui du mulet et de la mule, et celui du bardeau et de la j.
femelle, pourraient peut-être réussir, quoique bien rarement; mais, en i
même temps, je présume que le mulet produirait avec la jument plus cer- i
lainement qu’avec l’ânesse et le bardeau, plus certainement avec l’ânesse |
qu’avec la jument ; qu’enfm le cheval et l’âne pourraient peut-être produire avec les deux mules, mais l’âne plus sûrement que le cheval : il faudrait
a. « Mulus equâ conjunctus mulum procreavit... Mula quoque jam facta gravida est, sed uon « quoad perfîceret atque ederet prolem. » Arist., Hist. anim. , lib. vi, cap. xxiv... « Est ia auna- « libus nostris mulas peperisse sæpe; veium prodigü loco habitum. » Plin. , Hist. nat., lib. VIII , cap. XLiv.
b. Nota. Le mot ginnus a été employé par Aristote en deux sens : le premier pour désigner généralement un animal imparfait, un avorton, un mulet-nain, provenant quelquefois du cheval avec l’ànesse, ou de Tàne avec la jument ; et le second pour signifier le produit particuliei du mulet et de la jument.
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faire ces épreuves dans un pays aussi chaud, pour le moins, que l’est notre Provence, et prendre des mulets de sept ans, des chevaux de cinq et des ânes de quatre ans, parce qu’il y a cette différence dans ces trois animaux pour les âges de la pleine puberté.
Voici les raisons d’analogie sur lesquelles sont fondées les présomptions que je viens d’indiquer. Dans l’ordonnance commune de la nature, ce ne sont pas les mâles, mais les femelles, qui constituent l’unité des espèces; nous savons par l’exemple de la brehis, qui peut servir à deux mâles différents et produire également du bouc et du bélier', que la femelle influe beaucoup plus que le mâle sur le spécifique du produit, puisque de ces deux mâles différents il ne naît que des agneaux, c’est-à-dire des individus spécifiquement ressemblants à la mère; aussi le mulet ressemble-t-il plus à la jument qu’à l’âne, et le bardeau plus à l’ânesse qu’au cheval ; dès lors le mulet doit produire plus sûrement avec la jument qu’avec l’ânesse, et le bardeau plus sûrement avec l’ânesse qu’avec la jument : de même le cheval et l’âne pourraient peut-être produire avec les deux mules, parce qu’étant femelles elles ont, quoique viciées, retenu chacune plus de propriétés spécifiques que les mulets mâles; mais l’âne doit produire avec elles plus certainement que le cheval, parce qu’on a remarqué que l’âne a plus de puissance pour engendrer, même avec la jument, que n’en a le cheval, car il corrompt et détruit la génération de celui-ci^ : on peut s’en assurer en déridant d’abord le cheval étalon à des juments, et en leur donnant le lendemain, ou même quelques jours après, l’âne au lieu du cheval ; ces juments produiront presque toujours des mulets, et non pas des chevaux. Cette observation, qui mériterait bien d’être constatée ^ dans toutes ses circonstances, paraît indiquer que la souche ou tige principale de cette famille pourrait bien être l’âne, et non pas le cheval, puisque l’âne le domine dans la puissance d’engendrer, même avec sa femelle ; d’autant que le contraire n’arrive pas, lorsqu’on donne l’âne en premier et le cheval en second à la jument; celui-ci ne corrompt pas la génération de l’âne, car le produit est presque toujours un mulet; d’autre côté, la même chose n’arrive pas quand on donne l’âne en premier et le cheval en second à l’ânesse, car celui-ci ne corrompt ni ne détruit la génération de l’âne. Et à l’égard des accouplements des mulets entre eux, je les ai présumés stériles, parce que de deux natures déjà lésées pour la génération , et qui par leur mélange ne pourraient manquer de se léser davantage, on ne doit attendre qu’un produit tout à fait vicié ou absolument nul.
Par le mélange du mulet avec la jument, du bardeau avec l’ânesse, et par celui du cheval et de l’âne avec les mules, on obtiendrait des individus