‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 66 sur 392 · Voyez la note de la page 219 du III® volume · texte numérisé non relu

Voyez la note de la page 219 du III® volume

DE LA DÉGÉNÉRATION DES ANIMAUX

comprendre les espèces voisines el peu différentes entre elles : nous n’avons dans tous les animaux terrestres que quelques espèces isolées, qui, comme celle de l’homme, fassent en même temps espèce et genre; l’éléphant, le rhinocéros, l’iiippopotame, la girafe, forment des genres ou des espèces simples qui ne se propagent qu’en ligne directe et n’ont aucunes branches collatérales'; toutes lesautres paraissent former des familles dans lesquelles on remarque ordinairement une souche principale et commune, de laquelle semblent être sorties^ des tiges différentes et d’autant plus nombreuses que les individus dans chaque espèce sont plus petits et plus féconds.

Sous ce point de vue, le cheval, le zèbre et l’âne sont tous trois de la même famille; si le cheval est la souche ou le tronc principal, le zèbre et l’âne seront les tiges collatérales^ : le nombre de leurs ressemblances entre eux étant infiniment plus grand que celui de leurs différences, on peut les regarder comme ne faisant qu’un même genre, dont les principaux caractères sont clairement énoncés et communs à tous trois ; ils sont les seuls qui soient vraiment solipèdes^, c’est-à-dire qui aient la corne des pieds d’une seule pièce sans aucune apparence de doigts ou d’ongles, et quoiqu’ils forment trois espèces distinctes elles ne sont cependant pas absolument ni nettement séparées, puisque l’âne produit avec la jument, le cheval avec l’ânesse; et qu’il est probable que si l’on vient à bout d’apprivoiser le zèbre, et d’assouplir sa nature sauvage et récalcitrante, il produirait aussi avec le cheval et l’âne comme ils produisent entre eux.

Et ce mulet qu’on a regardé de tout temps comme une production viciée, comme un monstre composé de deux natures, et que par cette raison l’on a jugé incapable de se reproduire lui-même et de former lignée, n’est cependant pas aussi profondément lésé qu’on se l’imagine d’après ce préjugé, puisqu’il n’est pas réellement infécond et que sa stérilité ne dépend que de certaines circonstances extérieures et particulières. On sait que les mulets ont souvent produit dans les pays chauds, l’on en a même quelques exemples dans nos climats tempérés; mais on ignore si cette génération est jamais provenue de la simple union du mulet et de la mule®, ou plutôt si le produit n’en est pas dfi à l’union du mulet avec la jument, ou encore à celle de l’âne avec la mule. Il y a deux sortes de mulets, le

1. Nous connaissons plusieurs espèces d’éléphants et de rhinocéros (voyez les notes des pages 187 et 219 du IU« volume); on a même déjà quelques raisons de penser qu’il existe plusieurs espèces de girafes et d’hippopotames.

2. Aucune espèce n’est sortie d’une autre. Buffon appelle beaucoup mieux ailleurs les espèces :

« les seuls êtres de la nature , êtres perpétuels , aussi anciens, aussi permanents qu’elle »

(Voyez la page 414 du Ille volume.)

3. Pourquoi le cheval serait-il la souche du zèbre et de l’âne plutôt que le zèbre ou l’âne la souche du cheval? (Voyez la note précédente).

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