Voyez la note 2 de la page
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dont chacune des espèces est réellement si voisine des autres et dont les individus se ressemblent si fort, surtout par la conformation intérieure et par les parties de la génération, qu’on a peine à concevoir pourquoi ces animaux ne produisent point ensemble; il m’a paru, par les expériences que j’ai faites sur le mélange du chien avec le loup et avec le renard, que la répugnance à l’accouplement venait du loup et du renard plutôt que du chien, c’est-à-dire de l’animal sauvage, et non pas de l’animal domestique; car les chiennes que j’ai mises à l’épreuve auraient volontiers souffert le renard et le loup, au lieu que la louve et la femelle renard n’ont jamais voulu souffrir les approches du chien ; l’état de domesticité semble rendre les animaux plus libertins, c’est-à-dire moins fidèles à leur espèce; il les rend aussi plus chauds et plus féconds, car la chienne peut produire et produit même assez ordinairement deux fois par an, au lieu que la louv* et la femelle renard ne portent qu’une fois dans une année; et il est à présumer que les chiens sauvages, c’est-à-dire les chiens qui ont été abandonnés dans des pays déserts et qui se sont multipliés dans l’île de Juan- Fernandès, dans les montagnes de Saint-Domingue, etc. , ne produisent qu’une fois par an comme le renard et le loup; ce fait, s’il était constaté, confirmerait pleinement l’unité du genre de ces trois animaux, qui se ressemblent si fort par la conformation qu’on ne doit attribuer qu’à quelques circonstances extérieures leur répugnance à se joindre.
Le chien paraît être l’espèce moyenne et commune entre celles du renard et du loup ; les anciens nous ont transmis, comme deux faits certains, que le chien, dans quelques pays et dans quelques circonstances, produit avec le loup et avec le renard “. J’ai voulu le vérifier, et quoique je n’aie pas réussi dans les épreuves que j’ai faites à ce sujet, on n’en doit pas conclure que cela soit impossible; car je n’ai pu faire ces essais que sur des animaux captifs, et l’on sait que dans la plupart d’entre eux la captivité seule suffit pour éteindre le désir et pour les dégoûter de l’accouplement , même avec leurs semblables; à plus forte raison cet état forcé doit les empêcher de s’unir avec des individus d’une espèce étrangère ; mais je suis persuadé que dans l’état de liberté et de célibat, c’est-à-dire de privation de sa femelle, le chien peut en effet s’unir au loup et au renard, surtout si devenu sauvage, il a perdu son odeur de domesticité, et s’est en même temps rapproché des mœurs et des habitudes naturelles de ces animaux. Il n’en est pas de même de l’union du renard avec le loup, je ne la crois guère possible : du moins, dans la nature actuelle, le contraire paraît démontré par
a. « In Gyrenensi agro lupi cum canibiis coeunt, et laconici canes ex vulpe et cane gene- 0 rantur. » Aristot. , Hist. anim. , lib. viii, cap. xxviii... « Coeunt animalia generis ejusdem « secundùm naturam , sed ea etiam quorum genus diversum quidem, sed natura non multum « distat; si modô par magnitudo sit et tempera æquent graviditatis , rarô id fit, sed tamen id « fieri et in canibus et in vulpibus et in lupis certum est. » Idem, De générât, anim. , lib. ii, cap. V.
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le fait, puisque ces deux animaux se trouvent ensemble dans le même climat et dans les mêmes terres, et que se soutenant chacun dans leur espèce sans se chercher, sans se mêler, il faudrait supposer une dégénération plus ancienne que la mémoire des hommes pour les réunir à la même espèce; c’est par cette raison que j’ai dit que celle du chien était moyenne entre celles du renard et du loup, elle est aussi commune, puisqu’elle peut se mêler avec toutes deux ' ; et si quelque chose pouvait indiquer qu’originairement toutes trois sont sorties de la même souche, c’est ce rapport commun qui rapproche le renard du loup, et me paraît en réunir les espèces de plus près que tous les autres rapports de conformité dans la figure et l’organisation. Pour réduire ces deux espèces à l’unité, il faut donc remonter à un état de nature plus ancien ; mais, dans l’état actuel, on doit regarder le loup et le renard comme les tiges majeures du genre des cinq animaux que nous avons indiqués; le chien, le chacal et l’isatis n’en sont que les branches latérales, et elles sont placées entre les deux premières; le chacal participe du chien et du loup, et l’isatis du chacal et du renard : aussi paraît-il, par un assez grand nombre de témoignages, que le chacal et le chien produisent aisément ensemble^; et l’on voit par la description de l'isatis et par l’histoire de ses habitudes naturelles, qu’il ressemble presque entièrement au renard par la figure et par le tempérament; qu’il se trouve également dans les pays froids , mais qu’en même temps il tient du chacal le naturel, l’aboiement continu, la voix criarde et l’habitude d’aller toujours en troupe.
Le chien de berger, que j’ai dit être la souche première de tous les chiens, est en même temps celui qui approche le plus de la figure du renard ; il est de la même taille, il a comme lui les oreilles droites, le museau pointu, la queue droite et traînante; il approche aussi du renard par la voix, par l’intelligence et par la finesse de l’instinct; il se peut donc que ce chien soit originairement issu du renard, sinon en ligne droite, au moins en ligne collatérale^ Le chien qu'Aristote appelle canis laconicus, et qu’il assure provenir du mélange du renard et du chien , pourrait bien être le même que le chien de berger, ou du moins avoir plus de rapport avec lui qu’avec aucun autre chien : on serait porté à imaginer que l’épithète laconicus, qu’Aristote n’interprète pas, n’a été donnée à ce chien que par la raison qu’il se trouvait en Laconie, province de la Grèce, dont Lacédémone était la ville principale; mais si l’on fait attention à l’origine de ce chien laconic, que le même auteur dit venir du renard et du chien, on sentira que la race n’en était pas bornée au seul pays de Laconie, et qu’elle devait se trouver également dans tous les pays où il y avait des
1. Voyez la note 2 de la page 456 du Il« vol. — 2. Voyez la note 1 de la page 489 du II® vol-
3. Pas plus en ligne collatérale qu’en ligne droite. Le chien ne produit point avec le renard. (Voyez la note 2 de la page 456 du II® volmne.l
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renards, el c’est ce qui me fait présumer que l’épithète laconicus pourrait bien avoir été employée par Aristote dans le sens moral , c’est-à-dire pour exprimer la brièveté ou le son aigu de la voix; il aura appelé chien laconic ce chien provenant du renard, parce qu’il n’aboyait pas comme les autres chiens, et qu’il avait la voix courte et glapissante comme celle du renard : or notre chien de berger est le chien qu’on peut appeler laconic à plus juste titre; car c’est celui de tous les chiens dont la voix est la plus brève et la plus rare; d’ailleurs, les caractères que donne Aristote à son chien laconic conviennent assez au chien de berger, et c’est ce qui a achevé de me persuader que c’était le même chien : j’ai cru devoir rapporter les passages d’Aristote en entier, afin qu’on juge si ma conjecture est fondée
a. « Laconici canes ex vulpe et cane generantur. » Hist. anim., lib. viii, cap. xxvni
« Canum généra plura sunt. Coït laconicum mense suæ ætatis octavo et crus jam circa id tem-
« pus attollentes nounulli urinam reddunt Gerunt laconicæ canes uteriim parte sextâ anni,
« boc est , sexagenis diebus aut uno vel altero, plus minusve. Catelli cæci gignuntur, nec « ante duodecimnm diem visnm accipiunt. Coeunt canes posteaquana parerunt sexto mense « nec citiùs. Sunt quæ parte quintà anni uterumferunt, boc est, duobus et septuaginta diebus, « quarum catelli duodecim diebus luce eurent: nonnullæ quartà parte anni, boc est, tribus « mensibus ferunt, quarum catelli diebus decem et septem luce eurent. Lac ante diebus « quiuque quàm pariant , babent canes magnà ex parte ; verùm nonnullis etiam septem aut c quatuor diebus anticipât : utile statim ut pepererint est; genus laconicum post coïtum diebus « triginta babere lac incipit... parit canis duodecim complurimùm , sed magnâ ex parte quinqus « aut sex. ünum etiam aliquam peperisse certum est : laconicæ magnà ex parte octo pariunt. « Coeunt quandiu vivunt et mares et fœminæ : peculiare generis laconici est ut cùm labora- « rint coire meliùs quàm per otium possint ; Yivit in boc eodem genere mas ad annos decem, « fœmina ad duodecim : cæteri canes maximà quidem ex parte ad annos quatuordecim : sed « nonnulb Yel ad Yiginti protrabunt Yitam... Laconici sanè generis fœminas, quia minus labo- « raut quàm mares , YiYaciores maribus sunt : at serô in cæteris , et si non latè admodum « constat, tamen mares YiYaciores sunt. » Idem, lib. yi, cap. xx... » Fœminam et marem natura « distinxit moribus; sunt enim fœminæ moribus mollioribus, mitescunt celeriùs et manum « faciliùs patiuntur : discunt etiam imitantoque ingeniosiùs , ut in genere canum laconico « fœminas esse sagaciores quàm mares apertum est. Moloticum etiam genus Yenaticum nibilo « a cæteris discrepat , at pecuarium longé et magnitudine et fortitudine contra belluas præstat : « insignes Yerô animo et industrià qui ex utroque moloticum dico et laconicum prodierint. » Idem, lib. ix, cap. i.
Nota. Il faut obserrer que le mot genus ne doit pas s’interpréter ici par celui à’cspèce , mais parle mot race. Aristote y distingue trois races de ebiens laconicus, moloticus et pecuarius; le TOOioïicMs, qu’il appelle aussi ueuatiews , est Yraisemblablement notre lévrier, qui dans la Grèce et l’Asie Mineure est le ebien de cbasse ordinaire; le pecuarius, qu’il dit excéder de beaucoup les autres ebiens par la grandeur et par la forme , est sans doute le mâtin , dont on se sert pour la garde et la défense du bétail contre les bêtes féroces; et le laconicus , duquel il ne désigne pas l’emploi , et qu’il dit seulement être un ebien de traYail et d’industrie , et qui est de plus petite taille que le pecuarius , ne peut être que le chien de berger, qui traYaille en effet beaucoup à ranger, contenir et conduire les moutons, et qui est plus industrieux, plus attentif et plus soigneux que tous les autres chiens ; mais ce n’est pas là ce qu’il y a de plus difficile à entendre dans ces passages d’Aristote , c’est ce qu’ü dit de la différente durée de la gestation dans les différentes races de ebiens, dont, selon lui , les uns portent deux mois , les autres portent deux mois et demi, et les autres trois mois , car tous nos chiens de quelque race qu’üs soient ne portent également que pendant enYiron neuf semaines, c’est-à-dire, soixante-un, soixante-deux ou soixante-trois jours, et je ne sache pas qu’on ait remarqué de plus grandes différences de temps que celle de ces trois ou quatre jours ; mais Aristote pouYait en saYoir sur
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Le genre des animaux cruels est l’un des plus nombreux et des plus variés; le mal semble, ici comme ailleurs, se reproduire sous toutes sortes de formes et se revêtir de plusieurs natures. Le lion et le tigre, comme espèces isolées, sont en première ligne; toutes les autres, savoir, les panthères, les onces, les léopards, les guépards, les lynx, les caracals, les jaguars, les couguars, les ocelots, les servals, les margais et les chats ne font qu’une même et méchante famille, dont les différentes branches se sont plus ou moins étendues, et ont plus ou moins varié suivant les différents climats : tous ces animaux se ressemblent par le naturel , quoiqu’ils soient très-différents pour la grandeur et par la figure; ils ont tous les yeux étincelants, le museau court et les ongles aigus, courbés et rétractibles; ils sont tous nuisibles, féroces, indomptables; le chat, qui en est la dernière et la plus petite espèce, quoique réduit en servitude, n’en est ni moins perfide ni moins volontaire ; le chat sauvage a conservé le caractère de la famille; il est aussi cruel, aussi méchant, aussi déprédateur en petit, que ses consanguins le sont en grand ; ils sont tous également carnassiers, également ennemis des autres animaux. L’homm.e, avec toutes ses forces , n’a jamais pu les détruire; on a de tout temps employé contre eux le feu , le fer, le poison, les pièges; mais comme tous les individus multiplient beaucoup, et que les espèces elles-mêmes sont fort multipliées, les efforts de l’homme se sont bornés à les faire reculer et à les resserrer dans les déserts, dont ils ne sortent jamais sans répandre la terreur et causer autant de dégât que d’effroi ; un seul tigre échappé de sa forêt suffit pour alarmer tout un peuple et le forcer à s’armer: que serait-ce si ces animaux sanguinaires arrivaient en troupe, et s’ils s’entendaient comme les chiens sauvages ou les chacals dans leurs projets de déprédation? La nature a donné cette intelligence aux animaux timides, mais heureusement les animaux fiers sont tous solitaires ; ils marchent seuls et ne consultent que leur courage, c’est-à-dire la confiance qu’ils ont en leur force. Aristote avait remarqué avant nous que de tous les animaux qui ont des griffes, c’est-à-dire des ongles crochus et rétractibles, aucun n’était social, aucun n’allait en troupe® : cette observation qui ne portait alors que sur quatre ou cinq espèces, les seules de ce genre qui fussent connues de son temps, s’est étendue et trouvée vraie sur dix ou douze autres espèces qu’on a découvertes depuis; les autres animaux carnassiers, tels que les loups, les renards, les chiens, les chacals, les isatis, qui n’ont point de griffes, mais seulement des ongles droits, vont pour la plupart en troupes, et sont tous timides et même lâches.
cela plus que nous, et si ces faits qu’il a avancés sont vrais, il en résulterait un rapprochement bien plus grand de certains chiens , avec le loup ; car les chasseurs assm'ent que la louv e porte trois mois ou trois mois et demi.
a. « Nullum animal cui ungues adunci, gregatile esse perpendimus. » Arist. , Hist. anim.. lib. I, cap. I.
DE LA DÉGÉNERATION DES ANIMAUX
En comparant ainsi tous les animaux et les rappelant chacun à leur genre , nous trouverons que les deux cents espèces dont nous avons donné l’histoire peuvent se réduire à un assez petit nombre de familles ou souches principales , desquelles il n’est pas impossible que toutes les autres soient issues*.
Et pour mettre de l’ordre dans cette réduction, nous séparerons d’abord les animaux des deux continents ; et nous observerons qu’on peut réduire à quinze genres et à neuf espèces isolées , non-seulement tous les animaux qui sont communs aux deux continents, mais encore tous ceux qui sont propres et particuliers à l’ancien. Ces genres"^ sont ; 1“ celui des solipèdes proprement dits, qui contient le cheval, le zèbre, l’àne, avec les mulets féconds et inféconds j 2“ celui des grands pieds-fourchus à cornes creuses, savoir, le bœuf et le buffle avec toutes leurs variétés; 3“ la grande famille des petits pieds-fourchus à cornes creuses, tels que les brebis, les chèvres, les gazelles, les chevrotains et toutes les autres espèces qui participent de leur nature ; 4° celle des pieds-fourchus à cornes pleines ou bois solides, qui tombent et qui se renouvellent tous les ans : cette famille contient l’élan, le renne, le cerf, le daim, l’axis et le chevreuil; 5° celle des piedsfourchus ambigus , qui est composée du sanglier et de toutes les variétés du cochon, telles que celui de Siam à ventre pendant, celui de Guinée à longues oreilles pointues et couchées sur le dos, celui des Canaries à grosses et longues défenses, etc. ; 6“ le genre très-étendu des fissipèdes carnassiers à griffes, c’est-à-dire à ongles crochus et rétractibles, dans lequel on doit comprendre les panthères, les léopards, les guépards, les onces, les servals et les chats, avec toutes leurs variétés; 7” celui des fissipèdes carnassiers à ongles non rétractibles, qui contient le loup, le renard, le chacal, l’isatis et le chien, avec toutes leurs variétés; 8“ celui des fissipèdes carnassiers à ongles non rétractibles, avec une poche sous la queue : ce genre est composé de l’hyène, de la civette, du zibet, de la genette, du blaireau, etc.; 9® celui des fissipèdes carnassiers à corps très-allongé, avec cinq doigts à chaque pied, et le pouce ou premier ongle séparé des autres doigts: ce genre est composé des fouines, martes, putois, furets, man-
1. Voyez la note 2 de la page 123. — Rien de plus faux , de plus radicalement faux, que l’idée que certaines espèces sont'des dégénérations des autres, qu’elles ne sont toutes qu’une dégénération de quelques-unes.
2. Après avoir donné l’histoire de deux cents espèces de quadrupèdes, Buffon se trouve amené, par l’étude, à établir, malgré ses préventions contre la méthode, une classification; et , chose vraiment remarquable , cet essai de Buffon est le premier exemple qu’on puisse citer d’une classification naturelle.
Buffon, parvenu à une vue si juste et si nette des rapports des êtres, est bien loin de Buffon écrivant cette phrase : « Ne vaut-il pas mieux faire suivre le cheval, qui est soU- « pède , par le chien qui est fissipède, et qui a coutume de le suivre en effet, que par un zèbre « qui nous est peu connu , et qui n’a peut-être d’autre rapport avec le cheval que d’être soli- « pède. » (T. I, p. 18.)
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goustes, belettes, vansires, etc.; 10° la nombreuse famille des fissipèdes qui ont deux grandes dents incisives à chaque mâchoire et point de piquants sur le corps : elle est composée des lièvres, des lapins et de toutes les espèces d’écureuils, de loirs, de marmottes et de rats; 11° celui des fissipèdes dont le corps est couvert de piquants, tels que les porcs-épics et les hérissons; 12“ celui des fissipèdes couverts d’écailles, les pangolins et les phatagins; 13“ le genre des fissipèdes amphibies, qui contient la loutre, le castor, le desman, les morses et les phoques; 14“ le genre des quadrumanes, qui contient les singes, les babouins, les guenons, les makis, les loris, etc.; 15“ enfin, celui des fissipèdes ailés, qui contient lès roussettes et les chauves-souris, avec toutes leurs variétés. Les neuf espèces isolées sont l’éléphant, le rhinocéros, l’hippopotame, la girafe, le chameau, le lion, le tigre, l’ours et la taupe, qui toutes sont aussi sujettes à un plus ou moins grand nombre de variétés L
De ces quinze genres et de ces neuf espèces isolées, deux espèces et sept genres sont communs aux deux continents; les deux espèces sont l’ours et la taupe , et les sept genres sont : 1“ celui des grands pieds-fourchus à cornes creuses; car le bœuf se retrouve en Amérique sous la forme du bison; 2° celui des pieds-fourchus à bois solides; car l’élan se trouve au Canada sous le nom d'orignal, le renne sous celui de caribou, et l’on trouve aussi dans presque toutes les provinces de l’Amérique septentrionale des cerfs, des daims et des chevreuils ; 3“ celui des fissipèdes carnassiers à ongles non rétractibles , car le loup et le renard se trouvent dans le nouveau monde comme dans l’ancien ; 4“ celui des fissipèdes à corps trèsallongé, la fouine, la marte, le putois, se trouvent en Amérique comme en Europe ; 5" l’on y trouve aussi une partie du genre des fissipèdes, qui ont deux grandes dents incisives à chaque mâchoire, les écureuils, les marmottes, les rats, etc. ; 6“ celui des fissipèdes amphibies : les morses, les phoques , les castors et les loutres existent dans le nord du nouveau continent comme dans celui de l’ancien; 7“ le genre des fissipèdes ailés y existe aussi en partie, car on y trouve des chauves-souris et des vampires, qui sont des espèces de roussettes.
Il ne reste donc que huit genres et cinq espèces isolées qui soient propres et particuliers à l’ancien continent : ces huit genres ou familles sont : 1“ celle des solipèdes proprement dits, car on n’a trouvé ni chevaux, ni ânes, ni zèbres, ni mulets dans le Nouveau-Monde; 2° celle des petits pieds fourchus à cornes creuses; car il n’existait en Amérique ni brebis, ni chèvres, ni gazelles, ni chevrotains; 3“ la famille de cochons, car l’espèce du sanglier ne s’est point trouvée dans le Nouveau-Monde ; et quoique le pécari, avec ses variétés, doive se rapporter à cette famille, il en diffère
i. Voyez la note 1 de la page 123.
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copenJant par des caractères assez remarcpiables pour qu’on puisse l’en séparer; 4“ il en est de même de la famille des animaux carnassiers à ongles rétractibles ; on n’a trouvé en Amérique ni panthères, ni léopards, ni guépards, ni onces, ni servals; et quoique les jaguars, couguars, ocelots et margais, paraissent être de cette famille, il n’y a aucune de ces espèces du Nouveau-Monde qui se trouve dans l’ancien continent, et réciproquement aucune espèce de l’ancien continent qui se soit trouvée dans le nouveau; 5“ il en est encore de même du genre des fissipèdes dont le corps est couvert de piquants, car, quoique le coëndou et l’urson soient très-voisins de ce genre, ces espèces sont néanmoins très-différentes de celles des porcsépics et des hérissons ; 6“ le genre des fissipèdes carnassiers à ongles non rétractibles, avec une poche sous la queue, car l’hyène, les civettes et les blaireaux n’existaient point en Amérique; 7° les genres des quadrumanes, car l’on n’a trouvé en Amérique ni singes, ni babouins, ni guenons, ni makis; et les sapajous, sagouins, sarigues, marmoses, etc., quoique quadrumanes, diffèrent de tous ceux de l’ancien continent; 8“ celui des fissipèdes couverts d’écailles : le pangolin ni le phatagin ne se sont point trouvés en Amérique , et les fourmilliers, auxquels on peut les comparer, sont couverts de poil, et en diffèrent trop pour qu’on puisse les réunir à la même famille.
Des neuf espèces isolées, sept, savoir, l’éléphant, le rhinocéros, l’hippopotame, la girafe, le chameau, le lion et le tigre, ne se trouvent que dans l’ancien monde; et deux, savoir : l'ours* et la taupe sont communes aux deux continents.
Si nous faisons de même le dénombrement des animaux propres et particuliers au Nouveau-Monde, nous trouverons qu’il y en a environ cinquante espèces différentes, que l’on peut réduire à dix genres, et quatre espèces isolées : ces quatre espèces sont le tapir, le cabiai, le lama et le pécari ; encore n’y a-t-il que l’espèce du tapir qui soit absolument isolée ^ car celle du pécari a des variétés, et l’on peut réunir la vigogne au lama, et peutêtre le cochon d’Inde au cahiai. Les dix genres sont ; 1“ les sapajous, huit espèces; 2“ les sagouins, six espèces; 3“ les philandres ou sarigues, marmoses, cayopollins, phalangers, tarsiers, etc,; 4“ les jaguars, couguars, ocelots, margais, etc.; 5° les coatis, trois ou quatre espèces; 6“ les mouffettes, quatre ou cinq espèces; 7° le genre de l’agouti , dans lequel je comprends l’acouchi, le paca, l’apéréa et le tapéti; 8“ celui des tatous, qui est corn-