‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 73 sur 392 · Voyez, ci-dessus, la note · texte numérisé non relu

Voyez, ci-dessus, la note

4. Les sarigues ne représentent pas les makis : les sarigues et les makis diffèrent par un caractère profond, celui du mode de génération. (Voyez, dans le volume III®, mes notes sur es sarigues. )

DE LA DÉGÉNÉRATION DES ANIMAUX

philandres, c’est-à-dire par les sarigues, marmoses et autres quadrumanes à museau pointu, qui se trouvent en grand nombre dans le nouveau continent, et nulle part dans l’ancien': seulement il faut observer qu’il y a beaucoup plus de différence entre la nature et la forme des makis et de ces quadrumanes américains qu’entre celle des guenons et des sapajous ; et qu'il y a si loin d’un sarigue, d’une marmose, ou d’un pbalanger à un maki, qu’on ne peut pas supposer qu’ils viennent les uns des autres, sans supposer en même temps que la dégénération peut produire des effets égaux à ceux d’une nature nouvelle, car la plupart de ces quadrumanes de l’Amérique ont une poche sous le ventre ; la plupart ont dix dents à la mâchoire supérieure et dix ,à l’inférieure j la plupart ont la queue préhensile, tandis que les makis ont la queue lâche, n’ont point de poches sous le ventre, et n’ont que quatre dents incisives à la mâchoire supérieure, et six à l’inferieure : ainsi, quoique ces animaux aient les mains et les doigts conformés de la même manière, et qu’ils se ressemblent aussi par l’allongement du museau , leurs espèces et même leurs genres sont si différents, si éloignés, qu’on ne peut pas imaginer qu’ils soient issus les uns des autres, ni que des disparités aussi grandes et aussi générales aient jamais été produites par la dégénération.

Au contraire, les tigres d’Amérique que nous avons indiqués sous les noms de jaguars, couguars, ocelots et margais, quoique d’espèces différentes de la panthère, du léopard, de l’once, du guépard et du serval de l’ancien continent, sont cependant bien certainement du même genre; tous ces animaux se ressemblent beaucoup tant à l’extérieur qu’à l’intérieur; ils ont aussi le même naturel, la même férocité, la même véhémence de goût pour le sang; et ce qui les rapproche encore de plus près pour le genre, c’est qu’en les comparant, on trouve que ceux du même continent diffèrent autant et plus les uns des autres que de ceux de l’autre continent : par exemple, la panthère de l’Afrique diffère moins du jaguar du Brésil, que celui-ci ne diffère du couguar, qui cependant est du même pays ; de même le serval de l’Asie et le margai de la Guiane sont moins différents entre eux qu’ils ne le sont de tous ceux de leur propre continent; on pourrait donc croire avec assez de fondement que ces animaux ont eu une origine commune', et supposer qu’ayant autrefois passé d’un continent à l’autre, leurs différences actuelles ne sont venues que de la longue influence de leur nouvelle situation. t

Les raoulfetles ou puants d’Amérique, et le putois d’Europe, paraissent être du même genre. En général, lorsqu’un genre est commun aux deux continents, les espèces qui le composent sont plus nombreuses dans l’ancien que dans le nouveau : ici c’est tout le contraire , on y trouve quatre

1. Poiut du tout. Tous ces animaux sont des espèces propres. L'origine commune n’est qu’une hypothèse. (Voyez la note 2 de la page 138. )

U'2 DE LA DEGENÊRATÎON DES ANIMAUX

OU cinq espèces de putois, tandis que nous n’en avons qu’un , dont la nature paraît même inférieure ou moins exaltée que celle de tous les autres; en sorte qu’à son tour le Nouveau-Monde paraît avoir des représentants dans l’ancien; et si l’on ne jugeait que par le fait, on croirait que ces animaux ont fait la route contraire, et ont autrefois passé d’Amérique en Europe. Il en est de même de quelques autres espèces : les chevreuils et les daims, aussi bien que les mouffettes, sont plus nombreux tant pour les variétés que pour les espèces, et en même temps plus grands et plus forts dans le nouveau continent que dans l’ancien ; on pourrait donc imaginer qu’ils en sont originaires; mais comme nous ne devons pas douter que tous les animaux en général n’aient été créés dans l’ancien continent*, il faut nécessairement admettre leur migration de ce continent à l’autre, et supposer en même temps qu’au lieu d’avoir, comme tous les autres, dégénéré dans ce nouveau monde, ils s’y sont au contraire perfectionnés , et que par la convenance et la faveur du climat, ils ont surpassé leur première nature.

Les fourmilliers, qui sont des animaux très-singuliers et dont il y a trois ou quatre espèces dans le Nouveau-Monde, paraissent aussi avoir leurs représentants dans l’ancien; le pangolin et le pbatagin leur ressemblent par le caractère unique de n’avoir point de dents, et d’être forcés comme eux à tirer la langue et vivre de fourmis; mais si l’on veut leur supposer une origine commune, il est assez étrange qu’au lieu d’écailles qu’ils portent en Asie, ils se soient couverts de poils en Amérique.

A l’égard des agoutis, des pacas et des autres du septième genre des animaux particuliers au nouveau continent, on ne peut les comparer qu’au lièvre et au lapin, desquels cependant ils diffèrent tous par l’espèce; et ce qui peut faire douter qu’il y ait rien de commun dans leur origine, c’est que le lièvre s’est répandu dans presque tous les climats de l'ancien continent, sans que sa nature se soit altérée et sans qu’il ait subi d’autres changements que dans la couleur de son poil; on ne peut donc pas imaginer avec fondement que le climat d’Amérique ait fait ce que tous les autres climats n’ont pu faire, et qu’il eût changé la nature de nos lièvres au point d’en faire ou des tapelis et des apéréa, qui n’ont point de queue, ou des agoutis à museau pointu, à oreilles courtes et rondes, ou des pacas à grosse tête, à oreilles courtes, à poil ras et rude, avec des bandes blanches.

Enfin les coatis, les tatous et les paresseux sont si différents, non-seulement pour l’espèce, mais aussi pour le genre, de tous les animaux de l’ancien continent, qu’on ne peut les comparer à aucun , et qu’il n’est pas possible de leur supposer rien de commun dans leur origine, ni d’attribuer aux elfets de la dégénération les prodigieuses différences qui se trou-

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