Voyez la note 1 de la page 291 du III® volume
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011 doit le regarder non-seulement comme étant d’une espèce particulière, mais même d’un genre singulier et différent de tous les autres.
Ainsi le tapir n’appartient ni de près ni de loin à aucune espèce de l’ancien continent, et à peine porte-t-il quelques caractères qui l’approchent des animaux auxquels nous venons de le comparer. Le cabiai se refuse de même à toute comparaison; il ne ressemble à l’extérieur à aucun autre animal, et ce n’est que par les parties intérieures qu’il approche du cochon d’Inde, qui est de son même continent, et tous deux sont d’espèces absolument différentes de toutes celles de l’ancien continent.
Le lama et la vigogne paraissent avoir des signes plus significatifs de leur ancienne parenté, le premier avec le chameau, et le second avec la brebis. Le lama a, comme le chameau, les jambes hautes, le cou fort long, la tête légère, la lèvre supérieure fendue; il lui ressemble aussi par la douceur du naturel, par l’esprit de servitude*, par la sobriété, par l’aptitude au travail; c’était chez les Américains le premier et le plus utile de leurs animaux domestiques , ils s’en servaient comme les Arabes se servent du chameau pour porter des fardeaux : voilà bien des convenances dans la nature de ces deux animaux, et l’on peut encore y ajouter celles des stigmates du travail, car quoique le dos du lama ne soit pas déformé par des bosses comme celui du chameau, il a néanmoins des callosités naturelles sur la poitrine, parce qu’il a la même habitude de se reposer sur cette partie de son corps. Malgré tous ces rapports, le lama est d’une espèce très-distincte et très-différente de celle du chameau ; d’abord il est beaucoup plus petit et n’a pas plus du quart ou du tiers du volume du chameau; la forme de son corps, la qualité et la couleur de son poil, sont aussi fort différentes; le tempérament l’est encore plus; c’est un animal pituiteux, et qui ne se plaît que dans les montagnes, tandis que le chameau est d’un tempérament sec, et habite volontiers dans les sables brillants : en tout, il y a peut-être plus de différences spécifiques entre le chameau et le lama , qu’entre le chameau et la girafe : ces trois animaux ont plusieurs caractères communs par lesquels on pourrait les réunir au même genre; mais en même temps ils diffèrent à tant d’autres égards, qu’on ne serait pas fondé à supposer qu’ils sont issus les uns des autres; ils sont voisins et ne sont pas parents. La girafe a près du double de la hauteur du chameau, et le chameau le double du lama ; les deux premiers sont de l’ancien continent et forment des espèces séparées : à plus forte raison le lama, qui ne se trouve que dans le Nouveau-Monde, est-il d’une espèce éloignée de tous les deux.
Il n’en est pas de même du pécari : quoiqu’il soit d’une espèce différente de celle du cochon, il est cependant du même genre; il ressemble au
1. h’es^rit de servitude du lama! C’est pousser un peu loin l’emploi des termes élégants.
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cochon par la forme et par tous les rapports apparents ; il n’en diffère que par quelques petits caractères, tels que l’ouverture qu’il a sur le dos, la forme de l’estomac et des intestins , etc. On pourrait donc croire que cet animal serait issu de la même souche que le cochon , et qu’autrefois il aurait passé de l’ancien monde dans le nouveau, où, par l’influence de la terre, il aura dégénéré au point de former aujourd’hui une espèce distincte et différente de celle dont il est originaire
Et à l’égard de la vigogne ou paco quoiqu’elle ait quelques rapports avec la brebis par la laine et par l’habitude du corps, elle en diffère à tant d’autres égards qu’on ne peut regarder ces espèces ni comme voisines, ni comme alliées; la vigogne est plutôt une espèce de petit lama, et il ne paraît par aucun indice qu’elle ait jamais passé d’un continent à l’autre. Ainsi des quatre espèces isolées qui sont particulières au Nouveau -Monde, trois, savoir le tapir, le cabiai et le lama, avec la vigogne, paraissent appartenir en propre et de tout temps à ce continent; au lieu que le pécari, qui fait la quatrième, semble n’être qu’une espèce dégénérée du genre des cochons, et avoir autrefois tiré son origine de l’ancien continents En examinant et comparant dans la même vue les dix genres auxquels nous avons réduit les autres animaux particuliers à l’Amérique méridionale, nous trouverons de même, non-seulement des rapports singuliers dans leur nature, mais des indices de leur ancienne origine et des signes de leur dégénération : les sapajous et les sagouins ressemblent assez aux guenons ou singes à longue queue pour qu’on leur ait donné le nom commun de singe; cependant nous avons prouvé que leurs espèces et même leurs genres sont différents; et d’ailleurs il serait bien difficile de concevoir comment les guenons de l’ancien continent ont pu prendre en Amérique une forme de face différente, une queue musclée et préhensile, une large cloison entre les narines, et les autres caractères, tant spécifiques que génériques, par lesquels nous les avons distinguées et séparées des sapajous; cependant comme les singes, les babouins et les guenons ne se trouvent que dans l’ancien continent, on doit regarder les sapajous et les sagouins comme leurs représentants dans le nouveau; car ces animaux ont à peu près la même forme, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, et ils ont aussi beaucoup de choses communes dans leurs habitudes naturelles : il en est de même des makis, dont aucune espèce ne s’est trouvée en Amérique, et qui néanmoins paraissent y être remplacés ou représentés^ parles
1. Le pécari ne vient pas plus du cochon que le lama ne vient du chameau ouïe tapir de Yâne. (Voyez les pages 138 et 139.) — Le pécari est une espèce propre.